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Architecture : la spectaculaire transformation de Miami

En quelques années, Miami s’est imposée comme une destination culturelle et touristique majeure. Devenue une capitale hype, elle a échappé à son destin de ville provinciale en misant sur l’art et le design, mais aussi sur l’architecture, levier de sa spectaculaire transformation.

Miami a opéré une profonde métamorphose. La ville est devenue un terrain de jeux pour les promoteurs et les architectes qui se pressent pour y investir ou y laisser leur empreinte. Les chiffres donnent le tournis – 148 tours ont été construites, 102 sont actuellement en chantier –, alors que, rappelons-le, Miami compte moins d’un demi-million d’habitants. Et l’histoire se révèle contagieuse. Même le quartier de Coconut Grove, en perte de vitesse, devient à la mode ; les cabinets BIG et OMA – rien que ça ! – y construisent des tours d’habitations.

A Miami 148 tours ont été construites notamment à Coconut Grove.
A Miami 148 tours ont été construites notamment à Coconut Grove. Young-Ah Kim

Le krach immobilier et la crise financière des subprimes en 2008 paraissent bien loin tandis que les grues s’activent aux quatre coins de la ville. En pleine effervescence, Miami fait partie des villes américaines où la spéculation immobilière est la plus intense. Art Basel, en 2002, a marqué le début de cette mutation ; l’afflux de capitaux provenant des investisseurs d ’Amérique du Sud, qui y voyaient une situation culturellement proche de chez eux tout en étant plus sécurisée, l’a déclenchée. Aujourd’hui, il fait bon investir à Miami, véritable porte d’entrée de l’ Amérique latine aux Etats-Unis. L’architecture avant-gardiste, vivement encouragée afin de conforter ce statut à part, nourrit la concurrence féroce que se livrent les promoteurs.

L’architecture avant-gardiste favorise les investissements immobiliers.
L’architecture avant-gardiste favorise les investissements immobiliers. Young-Ah Kim

Miami et l’architecture, une histoire qui ne date pas d’hier. Qu’il s’agisse des beach houses colorées au bord de l’océan ou des immeubles Art déco, l’imagerie fait partie de l’inconscient collectif. Mais cette connivence historique a pris un élan considérable depuis quelques années, devenant le levier de la transformation de Miami. Parmi tous les investisseurs, s’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait Craig Robins, artisan majeur de la mue de Miami, à la tête du promoteur immobilier Dacra. ­Miaméen de naissance, collectionneur d’art et de ­design, il est l’homme clé de la résurrection de la métropole du sud. Il a largement œuvré pour faire de Miami une capitale hype et la sortir de son destin provincial. Il a d’abord signé la renaissance du Art Deco District de South Beach dans les années 90. Avec le succès qu’on connaît.

Craig Robins, collectionneur d’art et artisan majeur du « nouveau » Miami.
Craig Robins, collectionneur d’art et artisan majeur du « nouveau » Miami. DR

Il est aussi à l’origine du Design District. Faire venir Art Basel à Miami ? C’est encore lui. Une ­success-story à l’américaine qui a profondément métamorphosé la ville. Et parmi les armes de transformation massives, l’architecture figure au premier plan. Bien sûr, nombreuses sont les tours génériques sans âme qui tutoient les cieux floridiens. Cependant, le nombre de bâtiments conçus par des signatures prestigieuses y est impressionnant.

Design District.
Design District. Young-Ah Kim

Pour les promoteurs et les investisseurs, le nom de l’architecte est devenu un argument commercial pour séduire les acheteurs, au même titre que la surface d’un appartement, la luxueuse terrasse ou la piscine. Tous les architectes semblent vouloir en être. Mais ne nous y trompons pas. Derrière ces belles enveloppes, les intérieurs des appartements font parfois preuve d’une confondante banalité, afin de répondre aux exigences d’une clientèle fortunée qui veut bien s’encanailler derrière une façade spectaculaire, mais qui reste fondamentalement conservatrice.

Le Centre Commercial Palm Court transformé par Sou Fujimoto.
Le Centre Commercial Palm Court transformé par Sou Fujimoto. Young-Ah Kim

C’est plutôt du côté des équipements culturels et commerciaux qu’il faut chercher l’audace : Sou Fujimoto a apporté sa délicatesse et son inventivité au centre commercial de Palm Court, tandis que Rem Koolhaas impressionne dans le Faena District. Toutes les grandes signatures européennes se pressent à Miami, posant un nouveau regard sur la ville, important nos modes de vie et nos influences. Une façon de sortir des standards des architectures climatisées, de renouer avec le climat, l’échelle du piéton et de vivre enfin dehors. En 2001, l’extension du musée d’ Arata Isozaki, The Bass, fut un tournant, amorçant un nouveau cap vers la culture et l’architecture. Depuis, les plus grands architectes s’y investissent : Renzo Piano, BIG, Sou Fujimoto, Norman Foster, Rem Koolhaas, Rafael Moneo, Zaha Hadid, Herzog & de Meuron, Studio Gang… L’inventaire ressemble à s’y méprendre à la liste des lauréats du prix Pritzker – ou des futurs… A coup sûr, Miami ne s’y est pas trompé.


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