Ils sont français et ont décidé de faire de Magic City leur nouvelle base d’activités. Portraits de sept aventuriers aussi inspirés que stimulants.

• Elisabeth Gazay, directrice et associée de Barnes International Miami. Ils avaient décidé d’aller vivre aux Etats-Unis, mais ils hésitaient sur le choix de la ville. Quand son mari l’a appelée, alors qu’il participait à un congrès en Floride, pour lui dire que ce serait Miami, Elisabeth Gazay a d’abord douté. Mais la documentation que lui rapporte son conjoint la convainc rapidement. C’était en 2000. Passé le temps de l’acclimatation, elle s’appuie sur son expérience de directrice de la communication dans de grands groupes pour créer l’entreprise Leadvisions avec une associée. Elles proposent aux patrons européens de venir découvrir les méthodes des entreprises américaines et d’explorer de nouveaux marchés, notamment dans la Silicon Valley. L’aventure dure dix ans. En 2013, Elisabeth Gazay cherche un nouveau souffle. Elle s’est toujours intéressée à l’immobilier. Miami s’y prête bien, les prix ne sont pas prohibitifs et le marché est dynamique. Elle décide de passer sa licence, vend rapidement trois maisons et devient agent immobilier. Aujourd’hui directrice générale et associée de Barnes International, elle gère une équipe d’une vingtaine de consultants à l’image de la ville : internationale et dynamique. S. C.

Elisabeth Gazay, directrice et associée de Barnes International Miami.
Elisabeth Gazay, directrice et associée de Barnes International Miami. DR

• Patrick Rivet, président de Thema America. A la tête de Thema America, entité spécialisée dans la distribution internationale de contenus audiovisuels et filiale du groupe Canal+ depuis 2016, Patrick Rivet est chargé du développement du groupe et du rayonnement de la marque outre‑Atlantique. Une mission aussi ambitieuse que passionnante pour ce cinéphile avéré et cinéphage invétéré. Après des études en école de commerce et un diplôme en droit audiovisuel obtenu à la Sorbonne, Patrick Rivet crée dès 2000 sa première société. Il enchaîne les aventures entrepreneuriales avant de rejoindre le groupe Canal+ en 2014. Deux ans plus tard, ce quarantenaire, parisien de naissance, s’expatrie avec sa famille à Miami, à la demande de la chaîne cryptée. La conquête de l’Amérique par le géant Canal+ est aujourd’hui bien engagée avec un chiffre d’affaires qui dépasse les 10 M $. Celle de l’Amérique latine est son prochain objectif. Thema America s’est ainsi associée à l’entreprise Kanal D, premiers producteurs et distributeurs de séries turques, pour créer Kanal D Drama, une chaîne payante diffusant des séries turques doublées en espagnol. I. C.

Patrick Rivet, président de Thema America.
Patrick Rivet, président de Thema America. DR

• Nicolas Derouin, cofondateur d’Arkup. Après seize années passées au Brésil, suivies d’un tour du monde en famille, Nicolas Derouin (diplômé de l’Ecole de Centrale de Lille) retrouve Arnaud Luguet, un ami de longue date installé à Miami, également ingénieur et passionné par le sujet des énergies renouvelables. Ensemble, ils décident de lancer un projet inédit de maisons flottantes, et Miami apparaît comme le site idéal : la ville est une porte d’entrée vers les Caraïbes, et leur concept est une réponse à la montée des eaux qui la menace. Pour attirer l’attention, ils misent sur le haut de gamme et sur une architecture ultracontemporaine, en s’adjoignant l’expertise de l’architecte néerlandais Koen Olthuis. Arkup est lancé. La première maison, en cours d’achèvement, sera présentée en février lors du Miami International Boat Show. Contrairement aux habitations flottantes qui existent déjà à Vancouver ou à Seattle, celle-ci est entièrement autonome (panneaux solaires, récupération des eaux de pluie) et se propulse grâce à des batteries installées dans la coque. Légalement considérée comme bateau de plaisance, la maison peut donc être amarrée dans n’importe quelle marina et n’est pas assujettie aux taxes annuelles sur l’immobilier. Vendu 5 M $, ce produit est pour le moment réservé à une clientèle (très) aisée… S. B.

Nicolas Derouin, cofondateur d’Arkup.
Nicolas Derouin, cofondateur d’Arkup. DR

• Raphaël Bolzan, chef du service client Amériques et Asie de l’Est de Daher. Raphaël Bolzan vit à Miami depuis trente-cinq ans, mais il a gardé intact son accent toulousain. Peut-être parce qu’il ne pensait pas rester… Jeune ingénieur des Arts et Métiers, veuf avec un enfant en bas âge, il part rejoindre une partie de sa famille à Cleveland, dans l’Ohio, dans l’optique de s’y installer. Mais rien ne lui plaît, ni la ville trop polluée, ni le climat. De retour à Toulouse, il travaille pour l’équipementier aéronautique Latécoère. En dix ans, il devient responsable de la production. En 1982, Latécoère crée une filiale internationale à Miami. Il faut quelqu’un qui parle bien l’anglais pour la diriger. Ce sera Raphaël Bolzan. Il y va à reculons, en se persuadant que ça ne durera que deux ou trois ans. Mais il y connaît le succès professionnel et, surtout, il y rencontre sa seconde femme, avec qui il aura deux fils. Il quitte Latécoère après quarante ans d’une carrière pendant laquelle il est devenu vice-président chargé de l’international. Un départ à la retraite ? Non, pas encore. L’équipementier Daher le recrute pour profiter de son expertise et de sa grande connaissance du marché américain. Et tant qu’à faire, autant rester à Miami, qui est devenue une ville jeune et internationale, où il se sent bien. S. C.

Raphaël Bolzan, chef du service client Amériques et Asie de l’Est de Daher.
Raphaël Bolzan, chef du service client Amériques et Asie de l’Est de Daher. DR

• Daniel Julien, président de Teleperformance. C’est depuis Miami, sa base dès 2002, que Daniel Julien dirige Teleperformance, leader mondial de la gestion de la relation client externalisée. Et ce, même si son siège est à Paris. Un choix essentiellement pris pour des raisons géographiques : il s’y trouve moins éloigné de l’Europe que sur la côte Ouest, Miami est l’épicentre idéal pour rejoindre l’Amérique latine, et les Etats-Unis sont le premier marché du groupe. On est donc loin, très loin, d’une retraite sous le soleil pour cet homme qui a fondé l’entreprise en 1978. A près de 66 ans, ce dirigeant, qui a aussi la nationalité américaine, exécute un plan stratégique qui, d’ici à 2022, renforcera l’expertise de Teleperformance dans les domaines des technologies de l’information et des services connectés. Un plan à l’issue duquel le chiffre d’affaires devrait atteindre les 6 Mds €. Même s’il passe la majeure partie de son temps à sillonner la planète, il ne cache pas son amour pour les Etats-Unis et sa ville d’adoption : « J’aime le côté cosmopolite de Miami, le mélange de toutes les origines, les religions, les cultures et les langues. Avoir, rassemblés dans la même ville, les Etats‑Unis, l’Amérique latine et l’Europe, c’est formidable. Tout cela, avec le climat, constitue une communauté tolérante, optimiste et dynamique qui génère beaucoup d’énergie positive. » S. B.

Daniel Julien, président de Teleperformance.
Daniel Julien, président de Teleperformance. DR

• Colombe de Lastours, chef de projet pour la revitalisation du village Vizcaya. Après un master d’urbanisme à la London School of Economics, Colombe de Lastours travaille pendant plus de dix ans sur le développement de projets urbains pour des établissements publics d’aménagements (EPA) à Paris et ses alentours. Les réflexions sur l’optimisation des espaces, l’intégration de projets culturels et la transformation d’un objet urbain en lieu de vie rythment ses journées et animent sa pratique. Installée depuis deux ans à Miami, Colombe de Lastours a vécu le passage de l’ouragan Irma, en 2017. Elle se porte alors bénévole pour participer à la remise sur pied du musée Vizcaya, l’un de ses endroits préférés à Miami. De fil en aiguille, son volontariat et ses compétences professionnelles lui permettent d’y dénicher un poste. Elle se retrouve ainsi à la tête du projet de revitalisation du village de Vizcaya, un site de 5 ha situé en face de la partie muséale et de ses jardins. L’objectif est d’exploiter et de repenser tout le site pour le transformer en lieu d’accueil et de vie, avec une ouverture prévue en 2020. Au programme : des espaces de restauration et d’accueil, et l’animation d’activités orientées vers l’agriculture urbaine et l’horticulture pour les communautés locales. I. C.

Colombe de Lastours, chef de projet pour la revitalisation du village Vizcaya.
Colombe de Lastours, chef de projet pour la revitalisation du village Vizcaya. DR

• Yann Henric, cofondateur d’Ampersand Studios. C’est dans le cadre de son travail de producteur à Paris que Yann Henric a connu Miami, une destination prisée dans le milieu de la mode et de la pub. Après de nombreux allers-retours, il finit par s’y installer en 2013, et constate que la ville est en plein boom créatif. En particulier à Wynwood et dans l’A&E District, où il vient d’ouvrir (en octobre 2018) Ampersand Studios avec ses partenaires. Ce grand espace de coworking rassemble, sous un même toit, tous les services nécessaires à la production d’images : les outils, les équipements et plusieurs studios. On y vient pour une heure, un jour, un mois ou un an, pour une réunion, un shooting ou une session de montage. Déco cool, espace lounge, cuisine, cours de yoga, expositions… tout est propice à un rassemblement de cerveaux créatifs. Yann Henric possède l’expertise et les contacts. Il espère ainsi rassembler une communauté créative en allant au-delà de la simple prestation de services. Le logo d’Ampersand (esperluette, en anglais) incarne cette conjonction entre les genres et les disciplines. « Miami n’est plus seulement hispanique, explique Yann Henric. Elle s’ouvre à d’autres cultures, des artistes de partout s’y installent. Notre but est de les attirer, qu’ils soient ici pour rester ou simplement de passage. » S. B.

Yann Henric, cofondateur d’Ampersand Studios.
Yann Henric, cofondateur d’Ampersand Studios. DR

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