Les rutilants gratte-ciel du bord de mer donnent l’impression d’une métropole extrêmement prospère, mais le Grand Miami héberge aussi des millions d’habitants qui tirent le diable par la queue. Portrait d’une ville qui pourrait bien être un trompe-l’œil. Ou un miroir aux alouettes…

Le 6 novembre dernier, les électeurs de Miami ont voté pour la construction d’un stade de football, en disant oui à David Beckham. L’ancienne star des pelouses leur proposait, avec son associé, le milliardaire Jorge Mas, de bâtir ce stade sur un terrain de golf, propriété de la ville. Ce sera l’antre de son club de la Major League Soccer, l’Inter Miami, qui fera ses débuts en 2020.

Il faut dire que plus de la moitié des habitants du comté de Miami-Dade sont nés en Amérique latine, où la passion pour le football est ardente. Le projet Miami Freedom Park de David Beckham est aux normes locales : outre le stade, il prévoit un hôtel de 750 chambres, 100 000 m2 de commerces et de bureaux et un parc paysagé. Le tout pour un milliard de dollars. A Miami, c’est un investissement banal.

Luxe, palmiers, soleil… Les quartiers du bord de mer offrent une vision idyllique de Miami.
Luxe, palmiers, soleil… Les quartiers du bord de mer offrent une vision idyllique de Miami. Young-Ah Kim

En mai dernier, le comté a approuvé American Dream Miami, le plus grand mégamall des Etats-Unis. Financé par le groupe canadien Triple Five, il réunira un parc à thèmes de 150 000 m2 (avec piste de ski intérieure, espace Legoland, grande roue, aquarium géant, lac à explorer en sous-marin, spectacle permanent du Cirque du Soleil…), 2 000 chambres d’hôtel, 350 000 m2 de commerces, ainsi que des parkings pour garer 70 000 voitures par jour. Coût de ce projet qui transformera la région du nord-ouest de l’aéroport : 4 milliards de dollars.

Au nord de Downtown, les premiers gratte-ciel du Worldcenter, deux tours d’habitation baptisées Paramount et Caoba, ouvriront pour leur part en 2019, en attendant trois autres tours de bureaux, un centre de convention, un hôtel de 1 700 chambres et… un circuit pour compétitions de voitures électriques. Coût total : 2,7 milliards de dollars.

Depuis les années 2000, la ville se verticalise.
Depuis les années 2000, la ville se verticalise. Young-Ah Kim

Et, au sud de Downtown, Brickell City Centre a ouvert début 2017. Construit par Bouygues et financé par le hong-kongais Swire Properties, qui a déboursé un milliard de dollars, ce complexe de bureaux et de luxueux appartements comprend aussi un hôtel East et un centre commercial, dont la tête d’affiche est Saks Fifth Avenue, le tout sur 500 000 m2. Deux gratte-ciel compléteront l’ensemble vers 2023.

Autre mégaprojet : à Wynwood, le promoteur Moishe Mana, qui a fait du Meatpacking District de Manhattan le « centre du monde des arts », a obtenu un accord pour densifier un quartier surnommé « Mana Wynwood ». Il prévoit, sur un million de mètres carrés, un vaste centre pour le commerce et la finance dédié aux relations Asie-Amériques, 3 500 logements, des bureaux, des boutiques et des centres culturels, ainsi que des espaces verts.

De Brickell à South Beach, Miami voit son nombre de visiteurs augmenter chaque année, principalement originaires d’Amérique latine.
De Brickell à South Beach, Miami voit son nombre de visiteurs augmenter chaque année, principalement originaires d’Amérique latine. Young-Ah Kim

Et n’oublions pas Magic City Innovation District à Little Haiti : un projet d’un milliard de dollars qui se distingue par la limitation de la hauteur de ses immeubles à 25 étages, et le thème de son parc, où seront disposées des installations multimédias interactives. Pour le reste : 2 000 logements, un hôtel, les habituels bureaux et commerces et 6 000 places de parking.

Bétonnage intensif

Tout cela dans un comté où vivent moins de 3 millions d’habitants. A première vue, c’est trop. Mais depuis ses origines, Miami construit son avenir avec une vision unidimensionnelle : du béton, toujours du béton.

La Freedom Tower, édifiée en 1925, a longtemps représenté la porte d’entrée pour de nombreux migrants cubains. Elle abrite aujourd’hui le musée d’Art et du Design MOAD.
La Freedom Tower, édifiée en 1925, a longtemps représenté la porte d’entrée pour de nombreux migrants cubains. Elle abrite aujourd’hui le musée d’Art et du Design MOAD. Young-Ah Kim

« Le secteur du BTP, surreprésenté dans l’économie locale, emploie 63 % de salariés de plus que dans les agglomérations américaines équivalentes », explique Manuel Armada, chef de la recherche au département des ressources économiques du comté. Depuis 2000, cette frénésie de constructions a offert à la ville l’une des plus belles skylines des Etats-Unis.

Mais elle ne sert en rien le citoyen moyen, mise à part la folle addition de mètres carrés consacrés au shopping, qui étonne – ou inquiète – à l’heure où l’e-commerce ravage la distribution traditionnelle. Apparemment, les promoteurs font le pari que les Miaméens, venus nombreux de pays en développement, prendront plus lentement qu’ailleurs le virage vers Amazon. Pour le reste, le bétonnage répond à une demande qui n’émane pas de la ville.

Créée en 1896, la ville de Miami a connu plusieurs phases de développement, liées aux soubresauts de l’histoire. Pendant la grande dépression qui a fait suite à la crise de 1929, la cité floridienne reprend vie, en 1935, avec la construction de l’Art Deco District, à Miami Beach.
Créée en 1896, la ville de Miami a connu plusieurs phases de développement, liées aux soubresauts de l’histoire. Pendant la grande dépression qui a fait suite à la crise de 1929, la cité floridienne reprend vie, en 1935, avec la construction de l’Art Deco District, à Miami Beach. Young-Ah Kim

Les bureaux hébergeront des banques fonctionnant avec des capitaux étrangers, ainsi que les sièges sociaux régionaux de firmes basées ailleurs. Les gratte-ciel résidentiels serviront de pied-à-terre – ou de refuge spéculatif – à de riches Sud-Américains, ainsi qu’à quelques Européens. Quant aux hôtels et attractions, ils s’emploieront à capter les dollars des touristes.

Le développement de la région est donc financé pour l’essentiel par des étrangers, pour des étrangers au comté. Miami se définit ainsi par son ouverture vers l’extérieur. Sa population, composée à 54 % de personnes nées hors des Etats-Unis, ressemble à un cauchemar du président Trump : neuf immigrants sur dix viennent d’Amérique latine et, selon les prévisions du comté, ils continueront de débarquer au rythme de 37 000 par an jusqu’en 2040.

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour des resorts de prendre place sur le front de mer, et Lincoln Road est alors réaménagée par l’architecte américain, originaire de russie, Morris Lapidus.
Après la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour des resorts de prendre place sur le front de mer, et Lincoln Road est alors réaménagée par l’architecte américain, originaire de russie, Morris Lapidus. Young-Ah Kim

Sur le plan économique, la connexion avec l’Amérique latine contribue à l’importance du port de commerce, qui accueille 1 000 navires par an. Plus des deux tiers des conteneurs exportés partent vers le sud du continent américain. La proximité du canal de Panama incite aussi les cargos venus d’Asie vers l’Atlantique à décharger à Miami. Mais à part la Chine, neuf des principaux pays qui utilisent le port sur dix sont en Amérique latine.

« Pour garder sa part de marché, PortMiami investit énormément : après le tunnel le reliant à Downtown en 2014, puis la voie ferrée arrivant sur les quais en 2016, il va approfondir encore le chenal sud et poursuivre l’installation de grues pour accueillir les porte-conteneurs géants dits “post-Panamax” », explique Nolwenn Fouillen, chargée du développement commercial.

La connexion avec l’Amérique latine contribue à l’importance du port de commerce, qui accueille 1 000 navires par an.
La connexion avec l’Amérique latine contribue à l’importance du port de commerce, qui accueille 1 000 navires par an. Young-Ah Kim

Pour sa part, le port de croisière – le premier au monde – multiplie les inaugurations de terminaux. De même, l’aéroport de Miami se classe au troisième rang (derrière ceux de New York-JFK et Los Angeles) pour le nombre de passagers internationaux : plus de 40 % de son trafic repose sur des vols directs vers 80 destinations en Amérique latine.

Notons que l’aéroport sert aussi de hub technique pour de nombreuses compagnies aériennes, et que Boeing, Airbus et ATR ont installé à Miami leur centre d’entraînement pour les pilotes du continent américain. Côté finance, l’activité est aussi tournée vers l’étranger. Le quartier de Brickell, parfois surnommé « Wall Street South », héberge 53 banques, dont BNP Paribas, le Crédit Lyonnais et le Crédit agricole. Leurs principaux clients : des Sud-Américains qui préfèrent déposer leurs actifs financiers en lieu sûr. C’est-à-dire aux Etats-Unis, dans la ville hispanique la plus agréable où posséder un pied-à-terre.

Miami a connu plusieurs vagues d’immigration, en provenance de Cuba et d’Amérique latine. La ville réussit à intégrer ces nouveaux arrivés, mais il s’agit souvent d’emplois mal payés.
Miami a connu plusieurs vagues d’immigration, en provenance de Cuba et d’Amérique latine. La ville réussit à intégrer ces nouveaux arrivés, mais il s’agit souvent d’emplois mal payés. Young-Ah Kim

Après avoir blanchi les bénéfices du trafic de drogue dans les années 80, les financiers de Miami se sont assagis : ils prospèrent au gré des crises politiques frappant les pays d’Amérique latine. Les capitaux arrivent de Colombie, du Nicaragua, d’Argentine, du Venezuela et du Brésil. Sans oublier la Russie et certaines régions des Etats-Unis moins business friendly.

L’Etat de Floride est, en effet, l’un des seuls qui ne perçoivent pas d’impôt sur les revenus personnels et sur les successions. Toutes ces banques sont aussi au service des 1 400 multinationales originaires de 54 pays représentés à Miami. Bon nombre y ont installé leur siège social régional pour l’Amérique latine. Une cinquantaine de firmes françaises font partie du lot, dont LVMH, Danone, L’Oréal et Havas Media.

Le Design District. Miami Beach acceuille la foire internationale Art Basel depuis 2002.
Le Design District. Miami Beach acceuille la foire internationale Art Basel depuis 2002. Young-Ah Kim

Des touristes ciblés

Dernier vecteur de cette capacité d’attraction à l’international : la santé du secteur touristique qui, année après année, bat des records. En 2017, près de 16 millions de visiteurs ont séjourné à Miami. Parmi eux, 7,8 millions d’étrangers, dont deux tiers de latinos. La France n’arrive qu’au neuvième rang du marché international, avec 223 000 visiteurs.

Chargé de doper le tourisme dans ce « paradis tropical », le Greater Miami Convention & Visitors Bureau (GMCVB) a adopté un marketing ciblé. « Pour les Européens, nous mettons l’accent sur le tourisme culturel à Little Haiti, Little Havana et Wynwood, et sur les foires artistiques, au premier rang desquelles Art Basel. Pour les Américains et les Canadiens, nous insistons sur la qualité des restaurants et des distractions nocturnes, sur l’accueil chaleureux de la communauté LGBTQ, et sur les festivals de musique et les événements sportifs », explique Gisela Marti, vice-présidente chargée du marketing et du tourisme au GMCVB.

La plage de South Beach et ses célèbres cabanes de sauveteurs colorées… la ville de Miami a de nombreux et très jolis atouts pour attirer touristes et businessmen.
La plage de South Beach et ses célèbres cabanes de sauveteurs colorées… la ville de Miami a de nombreux et très jolis atouts pour attirer touristes et businessmen. Young-Ah Kim

La ville a obtenu la finale du championnat de football américain (le fameux Super Bowl) en 2020, et elle espère organiser certains matchs de la Coupe du monde de football qui se tiendra en Amérique du Nord en 2026. Miami veut aussi instaurer, d’ici à 2021, des liaisons aériennes avec l’Asie. Hainan Airlines et Cathay Pacific seraient partants. Enfin, côté tourisme d’affaires, l’inauguration, fin 2018, à Miami Beach d’un nouveau centre de conventions high-tech ayant coûté 620 millions de dollars ouvre une nouvelle ère.

Cerise sur le gâteau : le vote, en novembre dernier, autorisant la construction d’un hôtel Hilton ou Hyatt de 800 chambres qui y sera intégré. « Cela va nous placer en haut de la liste des destinations mondiales sur le marché des conventions. Et la marque Miami va s’en trouver encore plus séduisante », se réjouit Barry Moskowitz, vice-président chargé des ventes à l’industrie au GMCVB.

Le chapelet magnifique et préservé des Venetian Islands.
Le chapelet magnifique et préservé des Venetian Islands. Young-Ah Kim

Les inégalités les plus fortes du pays

Si le rayonnement de Miami à l’étranger contribue à la prospérité de l’immobilier, du commerce international, de la finance et du tourisme, le reste de l’économie laisse à désirer. Les six plus gros employeurs sont, dans l’ordre, les écoles publiques, l’administration du comté, le gouvernement fédéral, le gouvernement de Floride, les hôpitaux privés gérés par Baptist Health South Florida et l’université de Miami.

En ce qui concerne les grosses entreprises, c’est le désert : American Airlines, qui transporte deux tiers des passagers à l’aéroport, se classe au septième rang, avec 11 000 salariés. Viennent ensuite Carnival Cruises (3 500 salariés), Royal Caribbean (3 000), Florida Power & Light (3 000), puis quelques hôpitaux privés, deux banques, le siège social de Burger King (1 800 salariés) … A partir de la vingtième place, les effectifs des entreprises ne se comptent plus que par centaines.

Miami est la métropole américaine où l’index Gini est le plus élevé. L’écart de niveau de vie entre les habitants du bord de mer et ceux de la plaine intérieure est immense.
Miami est la métropole américaine où l’index Gini est le plus élevé. L’écart de niveau de vie entre les habitants du bord de mer et ceux de la plaine intérieure est immense. Young-Ah Kim

La différence avec Atlanta et Houston, les deux autres métropoles du sud – qui comptent respectivement 22 et 25 entreprises de plus de 5 000 salariés –, est flagrante. Le mot « usine » semble inconnu dans le comté. « Notre économie est orientée vers des services (tourisme, commerce de détail, santé, administration…), dont les salaires moyens sont médiocres. Le revenu médian des ménages atteint 49 900 dollars, contre 96 000 dollars à San Francisco et 72 000 dollars à New York », constate Robert Hesler, qui supervise l’analyse économique au siège du comté.

Pis : à défaut de gains de productivité et du fait de la quasi- absence de syndicats, ce revenu médian est inférieur à celui de 2008. Ajoutons que Miami est la métropole américaine où l’index Gini, qui mesure les inégalités de revenus, est le plus élevé. C’est la quatrième ville américaine comptant le plus de milliardaires (31, derrière New York, San Francisco et Los Angeles), mais elle arrive en tête pour le pourcentage de ménages écrasés par le coût de leur loyer (63 % des locataires) ou de leur emprunt immobilier (41,6 % des propriétaires). Autre chiffre consternant : le salaire moyen annuel des 125 000 salariés de l’hôtellerie-restauration atteint à peine 16 330 dollars !

Après la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour des resorts de prendre place sur le front de mer, et Lincoln Road est alors réaménagée par l’architecte américain, originaire de russie, Morris Lapidus.
Après la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour des resorts de prendre place sur le front de mer, et Lincoln Road est alors réaménagée par l’architecte américain, originaire de russie, Morris Lapidus. Young-Ah Kim

Le bon côté des choses : Miami joue le rôle de machine à intégrer les immigrants, même si ceux-ci occupent des emplois mal payés. La géographie humaine de la région traduit clairement ces inégalités. D’un côté, il y a ceux qui habitent près de la mer, à Miami Beach, dans les îles de la baie de Biscayne et dans les gratte-ciel de Downtown, Brickell ou Aventura ; de l’autre, les habitants de la plaine intérieure, où se succèdent souvent des immeubles décrépis, des parkings remplis de vieilles voitures et des rangées d’échoppes familiales cheap.

Il y a ceux qui achètent un penthouse en triplex dans le gratte-ciel Aston Martin et qui fréquentent les restaurants de « dramatic dining » – où l’on noie la table dans le brouillard avant de verser sur les mains des convives du chocolat liquide à lécher –, et des familles qui s’entassent dans une pièce et dévorent des burgers à 1,99 dollar dans des fast-foods minables.

Miami a connu plusieurs vagues d’immigration, en provenance de Cuba et d’Amérique latine. La ville réussit à intégrer ces nouveaux arrivés, mais il s’agit souvent d’emplois mal payés.
Miami a connu plusieurs vagues d’immigration, en provenance de Cuba et d’Amérique latine. La ville réussit à intégrer ces nouveaux arrivés, mais il s’agit souvent d’emplois mal payés. Young-Ah Kim

La vie des soutiers de Miami est d’autant plus pénible que, depuis 2008, le gouvernement de Floride a détourné 1,5 milliard de dollars destinés à construire des logements sociaux vers d’autres lignes budgétaires. Il y a donc cinq fois plus de personnes remplissant les critères pour en bénéficier que de logements à faibles loyers disponibles. Pour sa part, le comté de Miami a entretenu la voirie avec 1,3 milliard de dollars réservés pour la création de nouvelles lignes de métro et de bus.

Le comté envisage cependant d’améliorer les transports en commun, qui sont dans un état affligeant : une seule ligne de métro rapide, des bus passant toutes les 35 minutes, des pistes cyclables sur 1,7 % du réseau routier… Son SMART Plan pour créer six nouveaux corridors dédiés (à des métros de type RER, des métros légers sur pneus ou des bus rapides) devrait être voté, corridor par corridor, d’ici à mai prochain, et voir le jour entre 2024 et 2028.

Depuis les années 2000, la ville se verticalise.
Depuis les années 2000, la ville se verticalise. Young-Ah Kim

« Ce n’est qu’un début, car nous étudions déjà les phases 2 et 3 du SMART Plan, qui quadrilleront Miami avec des transports à la fois rapides et en correspondance. Notre budget total atteint 8 milliards de dollars d’ici à 2048 », affirme Aileen Bouclé, directrice de la Transportation Planning Organization du comté. Cela paraît beaucoup, mais ne représente que 200 millions de dollars par an. Il y aura donc plus de bus que de métros à grande vitesse…

Des entreprises difficiles à attirer

La métropole de Miami peut-elle se décider à sortir du tout-béton pour recadrer ses investissements en faveur de l’immense majorité de ses habitants ? Peut-elle limiter la fuite des cerveaux formés dans ses excellentes universités, tous ces physiciens, ingénieurs, biologistes… ne trouvant aucun débouché sur place, faute d’entreprises ? Peut-elle réduire la différence d’espérance de vie – 85 ans dans un cas, 71 dans l’autre – entre deux quartiers distants de moins de 5 kilomètres ?

Dans le centre‑ville, les navettes automatiques du Metromover desservent Downtown et Brickell . Le comté de Miami-Dade envisage d’améliorer les transports en commun, qui sont globalement dans un état affligeant.
Dans le centre‑ville, les navettes automatiques du Metromover desservent Downtown et Brickell . Le comté de Miami-Dade envisage d’améliorer les transports en commun, qui sont globalement dans un état affligeant. Young-Ah Kim

« On a tout pour être l’une des grandes villes du futur : les talents grâce à nos universités, la fiscalité attractive, l’accès aérien facile, la qualité de vie et la diversité heureuse, avec peu de tensions entre les communautés. Il nous reste à élargir l’écosystème des start-up et à multiplier les postes qualifiés et créatifs, qui représentent aujourd’hui à peine un quart des emplois », observe Chris Caines, directeur de la Miami Urban Future Initiative à l’université de Floride.

C’est ce à quoi s’emploie le Beacon Council, l’organisme chargé d’attirer les entreprises vers Miami. « Nous avons sélectionné les sept secteurs les plus prometteurs, dans lesquels il existe déjà une base de savoir-faire et d’emplois : l’aviation, le commerce et la logistique, le tourisme et l’hôtellerie, la santé et les sciences de la vie, la finance, la high-tech et, enfin, les arts, le design et la mode. Dans chacun d’eux, la croissance potentielle est bien supérieure à 10 % par an », explique Jaap Donath, vice-président pour la recherche et le planning stratégique au Beacon Council.

Miami a connu plusieurs vagues d’immigration, en provenance de Cuba et d’Amérique latine. La ville réussit à intégrer ces nouveaux arrivés, mais il s’agit souvent d’emplois mal payés.
Miami a connu plusieurs vagues d’immigration, en provenance de Cuba et d’Amérique latine. La ville réussit à intégrer ces nouveaux arrivés, mais il s’agit souvent d’emplois mal payés. Young-Ah Kim

L’enthousiasme et l’abattage de ses collègues, qui voyagent dans le monde entier pour convaincre les géants de l’industrie et les start-up de s’installer à Miami, contribuent à la création de 2 000 à 4 000 postes par an. Assez pour faire évoluer lentement le visage de l’économie locale, mais trop peu pour transformer Miami en « business hub » d’envergure mondiale.

Le budget du Beacon Council atteint 5 millions de dollars, alors que la construction de gratte-ciel mobilise à tout moment des milliards. Comme le dit Chris Caines : « A Miami plus encore qu’ailleurs, c’est d’abord l’argent qui parle ».


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