Vaste plan lancé en 2012 pour sécuriser le site archéologique, le Grand Projet Pompéi s’est doublé d’une campagne de fouilles qui s’est révélée très fructueuse. Elle a permis de découvrir de nouveaux trésors et a apporté de nouvelles informations sur la vie de la cité romaine en 79 de notre ère, année de sa destruction par l’éruption du Vésuve.

Ici, une peinture murale incroyablement bien conservée, le portrait de la maîtresse de maison probablement. Et dans une pièce adjacente, les ossements de plusieurs adultes et enfants. Là, une petite place avec sa fontaine. Et plus loin, une échoppe, à laquelle les passants s’arrêtaient peut-être pour se restaurer rapidement, en tout cas, ceux qui n’avaient pas de cuisine chez eux, un fast-food en quelque sorte… Sur le chemin, le squelette d’un homme et, tout près, ce qui devait être sa bourse en cuir contenant quelques économies. Et ces mosaïques représentant Orion qui, piqué par un scorpion, fut transformé en constellation. Ce sont là quelques-uns des nouveaux témoignages de la vie à Pompéi, découverts lors de la dernière campagne de fouilles menée sur le site entre 2014 et 2019.

Au départ, il ne s’agissait pas vraiment de fouilles, mais plutôt de mise en sûreté du site et de ses nombreux trésors. Lorsque, le 6 novembre 2010, la maison des Gladiateurs s’est écroulée sous la poussée des terrains adjacents non encore déblayés, l’Italie a pris conscience de l’urgence de protéger ce site, inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité. « Ce jour-là, Pompéi est devenu le symbole d’un pays incapable de protéger son extraordinaire patrimoine. Toutes les pertes d’efficacité jusque-là ignorées sont devenues visibles », raconte Massimo Osanna, directeur général du parc archéologique de Pompéi.

Pompéi a rouvert ses portes aux touristes le 26 mai. Le site reçoit jusqu’à 4 millions de touristes chaque année.
Pompéi a rouvert ses portes aux touristes le 26 mai. Le site reçoit jusqu’à 4 millions de touristes chaque année. Pixabay

Grande Progetto Pompei

De fait, l’écroulement de la maison des Gladiateurs déclencha une véritable épiphanie ! Grâce à l’émotion provoquée, « cet épisode dramatique s’est transformé en une occasion inespérée ! » se félicite Massimo Osanna. Etat italien et Union européenne se mobilisent et, en 2012, 105 millions d’euros sont débloqués pour financer le Grande Progetto Pompei (Grand Projet Pompéi – GPP). Objectif : mener d’importants travaux de consolidation pour stabiliser les zones non fouillées et les empêcher de s’écrouler sur les zones déjà fouillées, dont plusieurs n’étaient plus accessibles aux visiteurs à cause de ces risques d’effondrement.

Un tiers des 66 ha du site sont encore ensevelis sous une couche de plusieurs mètres de roche volcanique. Cette couche instable menace plusieurs parties des 44 ha de rues et de bâtiments déjà mis au jour. Il s’agissait donc de stabiliser et de consolider 3 km de front de fouilles, cette frontière entre les zones fouillées et celles non fouillées plus hautes de 3 à 6 mètres, en donnant une pente à cette frontière et en végétalisant le manteau. De travaux de mise en sécurité à de nouvelles fouilles archéologiques, il n’y a parfois qu’un pas, et faire des travaux à Pompéi implique de découvrir de nouvelles traces de la cité ensevelie.

La fresque de Sappho, poétesse grecque de l’antiquité. Quelle troublante modernité dans ce visage… presque émouvant !
La fresque de Sappho, poétesse grecque de l’antiquité. Quelle troublante modernité dans ce visage… presque émouvant ! akg-images-nimatallah

Les travaux de terrassement ont ainsi fait apparaître ici un bout de fresque, là un morceau de mur… Il n’en a pas fallu plus à Massimo Osanna pour entreprendre de nouvelles fouilles et mettre au jour de nouveaux trésors comme, par exemple, une fresque représentant Jupiter s’accouplant à Léda, reine de Sparte, après avoir pris l’apparence d’un cygne pour la séduire…

4 millions de visiteurs chaque année à Pompéi

Devenu plus touristique qu’archéologique, Pompéi n’avait pas connu de grandes campagnes de fouilles depuis les années 50. Faute de financements suffisants pour à la fois poursuivre les fouilles, entretenir les parties exhumées et payer le personnel nécessaire à l’encadrement du public, de plus en plus de maisons et de rues étaient fermées aux visiteurs. Cela n’empêchait pas les autocars de déverser leurs hordes de touristes venus du monde entier – 4 millions chaque année ! – pour parcourir les allées pavées et s’immerger dans ce lieu unique, l’un des sites archéologiques les plus grands et les plus riches du monde.

Mais les pillards commandités par des amateurs d’art antique peu scrupuleux, la corruption et le détournement de fonds qui s’ajoutaient aux difficultés endémiques de l’Italie assombrissaient le futur de Pompéi. Jusqu’à cette nouvelle campagne. « Le GPP a résolu de nombreux problèmes. Outre la mise en sécurité du site, il a permis la restauration et la réouverture au public de zones entières, de bâtiments et de rues fermés depuis bien trop longtemps. Surtout, il ne s’agit plus de restaurer par petites touches ici ou là, mais d’une intervention globale et cohérente, qui prévoit la maintenance programmée du site, non plus exceptionnelle, mais intégrée au fonctionnement normal du parc archéologique de Pompéi », se félicite son directeur.

Pompéi a rouvert ses portes aux touristes le 26 mai. Le site reçoit jusqu’à 4 millions de touristes chaque année.
Pompéi a rouvert ses portes aux touristes le 26 mai. Le site reçoit jusqu’à 4 millions de touristes chaque année. pier-paolo-metelli

Une renaissance pour le site ?

Massimo Osanna n’en doute pas ! Les récentes fouilles ont mis au jour et débarrassé de leur gangue de lapilli, ces pierres ponces qui ont tout enseveli, de nombreuses pièces, fresques et peintures murales, fragments de poterie ou d’os humains, matériaux de construction et autres mosaïques. Autant d’éléments qui apportent un éclairage nouveau sur la vie dans cette cité romaine prospère du golfe de Naples.

Car c’est bien là le paradoxe de Pompéi et ce qui en fait un lieu unique au monde. L’éruption du Vésuve a surpris les populations des environs, qui ignoraient que ce mont aux allures paisibles était un volcan endormi. Ce faisant, elle a figé la vie quotidienne des Pompéiens pour l’éternité, nous livrant une sorte d’album photo, autant d’instantanés qui, une fois révélés et déchiffrés, nous plongent dans le quotidien d’une ville romaine du 1er siècle. Contrairement aux autres sites archéologiques dans le monde, Pompéi n’a pas évolué au fil du temps. Ensevelie sous une couche de plusieurs mètres de cendres et de roche volcanique, la ville n’a subi aucun plan de réaménagement urbain, nulle transformation décidée par un nouveau monarque, même pas de rénovation des bâtiments officiels !

La Fullonica di Stephanus, l’une des 18 foulonneries (blanchisseries) de Pompéi.
La Fullonica di Stephanus, l’une des 18 foulonneries (blanchisseries) de Pompéi. pier-paolo-metelli

Dissimulée aux regards jusqu’au XVIIIe siècle, Pompéi nous offre un témoignage intact du passé. Pendant toute la durée du GPP, paléographes, volcanologues, architectes, restaurateurs, anthropologues ou archéobotanistes se sont livrés à un véritable travail d’enquête. Cette conjugaison de disciplines et une inscription sur un mur découvert lors des fouilles ont, notamment, levé le doute qui subsistait quant à la date réelle de l’éruption. Si les récits de Pline le Jeune, référence en la matière, mentionnent le 24 août 79, une phrase écrite au charbon sur un mur et datée par son auteur du 17 octobre, a confirmé – près de vingt siècles plus tard – que l’éruption a bien eu lieu le 24 octobre 79.

Analyse ADN des ossements

Grâce aux nouvelles technologies aujourd’hui disponibles dans de nombreux domaines, les fouilles ont aussi fourni de nouveaux indices sur la vie quotidienne des Pompéiens, comment ils conservaient leurs aliments et se nourrissaient, quelles essences étaient plantées dans leur jardin… L’analyse ADN des ossements retrouvés dans une maison a, par exemple, permis d’établir les liens entre les adultes et les enfants qui s’étaient barricadés dans une pièce au moment de l’éruption.

Chaque phase des fouilles a été filmée, documentée, analysée selon les points de vue de chaque discipline. Une quantité considérable de données a été récoltée. Grâce au numérique, les plans des maisons ont été élevés en trois dimensions. Les décors ont été replacés sur les murs de ces maisons virtuelles et les toits ont été reconstitués. Cela a fourni le matériau de base de films et de vidéos, certains en réalité augmentée, qui donnent à voir et à vivre la réalité quotidienne du Pompéi d’alors.

Certaines habitations de Pompéi se distinguent par la profusion de fresques et de mosaïques. A l’instar de la Maison du Verger, probablement la demeure d’un riche vigneron, décorée de fresques représentant des arbres fruitiers et la nature, tel ce figuier autour duquel se love un serpent.
Certaines habitations de Pompéi se distinguent par la profusion de fresques et de mosaïques. A l’instar de la Maison du Verger, probablement la demeure d’un riche vigneron, décorée de fresques représentant des arbres fruitiers et la nature, tel ce figuier autour duquel se love un serpent. DR

De même, la documentation des différentes couches de roche volcanique pourrait fournir de nouvelles informations sur le déroulement de l’éruption. « L’analyse des couches de résidus pyroclastiques pourrait nous aider à découvrir où et comment est née l’éruption, nous pourrions la modéliser et faire des prévisions. Cela aiderait les visiteurs du site à prendre conscience de l’ampleur du phénomène, car le Vésuve est le volcan le plus connu au monde », ajoute Francesca Bianco, directrice de l’Observatoire du Vésuve.

Le plus connu, mais certainement pas le plus craint. « Personne ici ne pense au risque ! Nous entretenons une amitié romantique avec le Vésuve, il fait partie de nous, ce n’est pas un ennemi », affirme Mattia Buondonno, pompéien d’origine et guide au parc archéologique, se targuant d’avoir fait visiter le site à de nombreux et très illustres visiteurs. Comme si Pompéi, avec ses mystères, restait un lieu de fantasmes propice aux évocations les plus romantiques. Le miroir d’une société qui ne voit pas sa fin arriver et qui se laisse engloutir. Agissant sur nous, encore au XXIe siècle, comme un irrésistible aimant.


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