Du pull marin à la marinière, de la vareuse au ciré jaune, le Grand Ouest a fait naître quelques icônes de nos vestiaires. Résistant aux tendances, traversant les crises, elles font briller maisons historiques et jeunes créateurs et se portent dans les rues de Paris, de Tokyo ou de Cancale.

Son histoire remonte au milieu du XIXe siècle. Avant les citadins à la mode, dans les ports de Bénodet, de Brest ou de Saint-Malo, les travailleurs de la mer qui partent en campagne au large et vers le nord cherchent le vêtement le plus chaud et le plus confortable possible. Ils adoptent ce pull qui gratte, en laine du pays, porté souvent à même la peau et boutonné sur le côté. Les filatures de laine – dont celles de Saint James, en Normandie, et de la Manufacture Bonneterie Lorientaise (MBL), en Bretagne –, toutes rodées au tricotage de sous-vêtements et de maillots de corps, vont assurer leur fortune avec le pull désormais dit marin.

Dans les années 30, la Bonneterie d’Armor – qui donnera son nom à Armor-Lux, en 1938 –, fondée à Quimper par l’homme d’affaires suisse Walter Hubacher, prendra le bateau en marche, avec succès. La vareuse du marin, une blouse de grosse toile, un peu rêche, au col fendu avec une bride boutonnée, laisse apparaître la fameuse marinière à rayures – à l’origine tricot et sous-vêtement descendant jusqu’au départ de la cuisse et censé aider à repérer les hommes tombés à l’eau.

Le fabricant de vêtements marins Saint James est installé depuis 1850 dans le village éponyme, près du Mont Saint-Michel.
Le fabricant de vêtements marins Saint James est installé depuis 1850 dans le village éponyme, près du Mont Saint-Michel. DR

La marinière – 21 rayures blanches larges de 20 mm et 20 (ou 21) rayures bleu indigo larges de 10 mm – entre dans l’histoire lorsqu’elle intègre la panoplie officielle de l’uniforme de matelot de la Marine nationale. Nous sommes en 1858. Si Gabrielle Chanel s’en empare dès 1913, il faut attendre la fin des années 50 et le boom des séjours en bord de mer pour voir les marinières, tout comme les pulls marins, s’inviter durablement dans nos vestiaires.

Repris par des grands noms de la mode et de la pop

A cette époque, à Pont-l’Abbé, petite commune de la pointe du Finistère, les ateliers Le Minor et ses brodeurs du pays bigouden, plus habitués à la confection des tenues dites traditionnelles, d’habits pour poupées, puis du linge de maison, se lancent dans le prêt-à-porter avec une réinterprétation du kabig – cousin breton du duffle-coat anglais en drap de laine, et à ne surtout pas confondre avec le caban. Au même moment, les pêcheurs de Concarneau finissent par troquer leur vareuse en toile de coton raide et délavé contre un ciré jaune en PVC révolutionnant radicalement leur quotidien.

Il y a vingt-deux ans, Marie et Alexandre Milan ressuscitaient Le Mont St Michel. D’un nom de carte postale, ils transformaient depuis leur château de Monthorin (en Ille-et-Vilaine) un patrimoine textile en label mode.
Il y a vingt-deux ans, Marie et Alexandre Milan ressuscitaient Le Mont St Michel. D’un nom de carte postale, ils transformaient depuis leur château de Monthorin (en Ille-et-Vilaine) un patrimoine textile en label mode. DR

La veste Rosbras, invention de l’entrepreneur Guy Cotten, étanche aussi bien au vent qu’à l’eau, munie d’une fermeture à glissière et d’une large capuche, s’est vendue à plus de 600 000 exemplaires à ce jour. Intemporel et résistant, le vestiaire un peu carte postale et plutôt BCBG prend un accent glamour lorsque, au début des années 80, le couturier Jean Paul Gaultier revisite la marinière dans ses défilés de mode et la charge d’un érotisme aussi insolite qu’inespéré.

Etienne Daho, Rennais depuis l’âge de 9 ans, l’arbore sur la pochette de l’album La Notte, la notte – photographié par Pierre et Gilles – comme étendard de la nouvelle vague. Les maisons de luxe, de Sonia Rykiel à Dior, s’en emparent et la déclinent dans toutes les versions chaque saison, quand la nouvelle génération de créateurs et d’artistes se l’accapare tel un emblème du made in France.

Le Minor.
Le Minor. DR

Le retour en force du workwear

Aux vêtements « patrimoine » et iconiques peut s’ajouter la traditionnelle veste à poches plaquées de ceux qui travaillent à terre, qui revient en force. Une tendance en grande partie lancée par Marie et Alexandre Milan, aux manettes de la marque Le Mont St Michel, revendiquant la fonctionnalité comme principe de base et l’héritage workwear de ses origines. Surfant davantage sur l’accent houle et voile, le label Hoalen, fondé par Eric Cantineau et Gérald Pelleau à Plouguerneau en 2005, essaime tranquillement dans huit boutiques du littoral breton jusqu’au Pays basque à travers des Ocean Stores. La marque véhicule la coolitude de l’esprit breton, mais fabrique – c’est dommage – au Portugal et en Inde.

Reprise en 1993 par deux industriels – Jean-Guy Le Floch et Michel Guégen –, la société quimpéroise Armor-Lux produit des marinières depuis le début des années 70.
Reprise en 1993 par deux industriels – Jean-Guy Le Floch et Michel Guégen –, la société quimpéroise Armor-Lux produit des marinières depuis le début des années 70. miguel-sandinha

Après l’épreuve virale, les entreprises de mode du Grand Ouest espèrent un monde plus connecté à leurs valeurs. Vantant le made in Bretagne pour certaines, leur savoir-faire et leur fibre de plus en plus responsable – comme 727 Sailbags, qui fabrique à Lorient sa ligne de bagagerie et de décoration en recyclant des voiles de bateau, ou la jeune marque Téorum, qui recycle le Néoprène des combinaisons de plongée dans une ligne de pulls marins à empiècements –, toutes affichent leur envie d’affirmer plus haut et plus fort leur caractère régional. Sans perdre de vue l’aspect universel de leur univers, la mer…


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