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Miami : à la rencontre des guetteurs d’ouragans du NHC

A Miami, les scientifiques du National Hurricane Center (NHC), le plus grand centre d’observation des systèmes météo tropicaux du monde, prévoient l’évolution des tempêtes et des ouragans qui menacent les Etats-Unis, l’Amérique centrale et les îles des Caraïbes. Une zone particulièrement sensible. De l’exactitude de leurs prévisions dépendent des milliers de vies.

Le 2 octobre dernier, une zone de basse pression s’installe dans le sud-ouest de la mer des Caraïbes. Durant quatre jours, elle évolue peu. Le samedi 6, le National Hurricane Center (NHC), à Miami, diffuse une première prévision avertissant de la possibilité que cette zone devienne une tempête tropicale passant sur l’ouest de Cuba et le bord du Yucatán avant de se diriger vers la côte sud des Etats-Unis.

« Le dimanche 7 dans l’après-midi, je me suis rendu au NHC pour voir les deux membres de ­permanence de mon équipe, se rappelle ­Michael Brennan, chef de l’unité Ouragan. La dépression venait d’évoluer en tempête tropicale et avait donc reçu son nom : Michael. Nous avons étudié l’évolution des prévisions, actualisées toutes les six heures. Malgré des vents ne dépassant pas 70 km/h, mes équipiers avaient demandé l’envoi d’un avion à l’intérieur de la tempête. Il a mesuré un renforcement rapide de la vitesse du vent, ce qui rendait probable la formation d’un ouragan. On a décidé d’alerter l’Etat de Floride et l’ Agence fédérale des situations d’urgence et, en interne, on s’est coordonnés avec l’unité Onde de tempête, qui calcule la hausse, induite par le vent, du niveau de la mer sur le littoral. A partir de là, tout s’est accéléré, et nous avons agi en fonction du pire scénario possible, c’est-à-dire un ouragan majeur de catégorie 3, accompagné d’une onde de tempête de 3 mètres frappant les côtes de l’ouest de la Floride. »

Le NHC à Miami.
Le NHC à Miami. DR

Dès lors, l’équipe de l’unité Ouragan passe à quatre spécialistes jour et nuit. Leur mission consiste à affiner les analyses sur la direction et la force de Michael, de façon à permettre au gouverneur de Floride de mettre en place l’évacuation de 375 000 résidents à proximité de la côte. Les autorités de Floride et de Géorgie ainsi que l’ Agence fédérale des situations d’urgence organisent aussi la préparation à la catastrophe dans 120 comtés : fermeture des écoles et des universités, diffusion d’alertes aux habitants, ouverture de points refuges, structuration des secours. A partir du lundi 8 octobre, le NHC instaure des points presse pour un pool de télévisions et de journaux, qui font leurs gros titres sur l’ouragan. Côté prévisions, dans la nuit du lundi au mardi, ­Michael surprend les experts : au lieu de perdre de son intensité en se rapprochant des côtes, comme c’est généralement le cas, il se renforce.

La traque de l’Ouragan Michael.
La traque de l’Ouragan Michael. DR

Averti, Michael Brennan arrive au NHC à 3 heures du matin, et observe l’ouragan passer en catégorie 4, le 9 octobre. Lorsqu’il touche terre, le lendemain, la vitesse des vents atteint 250 km/h, et une onde de tempête haute de 2,7 mètres ravage les villes côtières de Mexico Beach et Panama City. Le NHC continue alors de prévoir la marche de l’ouragan à travers la Floride, puis son affaiblissement progressif – en tempête tropicale sur la Géorgie, en cyclone extratropical sur la Caroline du Nord et la Virginie. Le 12 octobre, Michael refranchit enfin la côte, traverse l’ Atlantique Nord et finit par disparaître à l’approche du Portugal.

Bilan provisoire de ce septième ouragan de la saison 2018 : 50 morts, dont 35 aux Etats-Unis, des milliers de bâtiments détruits, 1,5 million de citoyens privés d’électricité et 12 milliards de dollars de dégâts. « Face à ces conséquences, qui bouleversent des communautés entières, le poids de nos responsabilités est énorme : l’exactitude de nos prévisions a un impact tel qu’elle est cruciale. L’autre dimension de notre travail, c’est la passion pour la science météorologique. Prévoir la trajectoire, l’intensité et la vitesse d’un ouragan, c’est le top », explique Michael Brennan.

Certaines tempêtes deviennent des ouragans dévastateurs, à l’instar de Florence survenue en septembre 2018.
Certaines tempêtes deviennent des ouragans dévastateurs, à l’instar de Florence survenue en septembre 2018. AFP

Comment fonctionne le NHC ?

Installé sur le campus de l’université internationale de Floride, à Miami, le plus gros centre mondial d’étude des systèmes météo tropicaux a pour terrain d’observation tout l’océan Atlantique et l’est de l’océan Pacifique. Chargé d’alerter les autorités américaines et les gouvernements d’ Amérique centrale et des Caraïbes sur les risques météorologiques, il emploie une soixantaine de spécialistes qui remplissent plusieurs missions. Ainsi, la branche Science et technologie développe de nouveaux outils et techniques pour réduire le délai entre l’observation des données et la publication des prévisions (actuellement trois heures) et pour allonger la durée des prévisions (cinq jours) à six ou sept jours. Pour sa part, la branche Analyse et prévision tropicale émet quotidiennement des estimations détaillées sur l’état de la mer, des vents et des précipitations pour la communauté maritime (navires de commerce et de croisière, bateaux de plaisance). C’est durant la saison cyclonique – du 1er juin au 30 novembre –, lorsqu’une dépression menace de se transformer en tempête tropicale, voire en ouragan, que l’unité Ouragan de ­Michael Brennan prend le relais.

La saison cyclonique s’étend du 1er au 30 juin..
La saison cyclonique s’étend du 1er au 30 juin.. jeff-greenberg/ GETTY IMAGES

Pour réaliser ses prévisions, elle dispose des clichés et des images infrarouges des satellites GOES East (Etats-Unis et Atlantique), GOES West (Pacifique) et Météosat (Atlantique Est et Afrique), ainsi que des données de radars situés aux Etats-Unis et dans les Caraïbes. Si elle veut étudier plus en détail une tempête ou un ouragan menaçant des territoires, elle s’adresse aux deux collègues de l’armée qui coordonnent, au sein du NHC, l’intervention des « chasseurs de cyclones » du 53e escadron de reconnaissance météorologique de l’US Air Force.

Basés dans le Mississippi (de façon à pouvoir intervenir dans l’ Atlantique et dans le Pacifique), ces aviateurs disposent de dix quadrimoteurs Lockheed WC-130J équipés pour mesurer les vents, la pression atmosphérique, l’humidité… à l’intérieur des ouragans. Un Gulfstream peut aussi survoler l’ouragan pour y lâcher des sondes, et le 53e escadron a même commencé à expérimenter Global Hawk, un drone géant, pour collecter des données météo.

« Lorsqu’on a tous les éléments, on les rentre dans l’ordinateur et on fait tourner des modèles prédictifs. Mais l’appréciation humaine influe sur la prévision, parce qu’avec de l’expérience la simple forme d’un ouragan nous renseigne sur sa dynamique, explique Michael Brennan. De plus, nos prévisions émises toutes les six heures doivent avoir une continuité, même si le modèle informatique suggère de grands changements. »

Le changement climatique renforce l’intensité des ouragans..
Le changement climatique renforce l’intensité des ouragans.. joe-raedle/ GETTY IMAGES

Comme le montre l’extrême diversité des treize tempêtes tropicales et ouragans observés en 2018 jusqu’à Michael, l’unité Ouragan doit s’attendre à tout. Ainsi, des deux tempêtes tropicales parties des îles du Cap-Vert, près de l’ Afrique, l’une, Hélène, s’est transformée en ouragan remontant vers l ’Atlantique Nord durant quatre jours, avant de s’affaiblir et de disparaître au nord des Açores ; l’autre, Florence, a traversé tout l’océan Atlantique durant quinze jours, se transformant en ouragan majeur, redevenant simple dépression, puis se transformant à nouveau en ouragan majeur, avant de toucher terre, le 14 septembre, en Caroline du Nord, en tant que simple ouragan de catégorie 1.

Michael Brennan, sur le qui-vive durant la saison cyclonique.
Michael Brennan, sur le qui-vive durant la saison cyclonique. SUN SENTINEL / GETTY IMAGES

Mais son déplacement était alors si lent (4 km/h) que les pluies torrentielles de longue durée ont provoqué de terribles inondations, faisant 50 morts et 40 milliards de dollars de dégâts. D’où le nouvel objectif des unités Ouragan et Onde de tempête du NHC : mettre en place des calculs dérivés des prévisions pour détailler les dangers causant le plus de décès et de destructions. L’enjeu ? Prédire l’intensité des précipitations et le risque d’inondation comté par comté, la hauteur, la vitesse et la dynamique de l’onde de tempête, les menaces locales de tornades… Car si le changement climatique renforce l’intensité des ouragans, il va falloir réagir plus précisément et plus vite pour que les bilans humains et matériels ne s’aggravent pas continuellement.


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