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Miami : Fondations et collections, la légitimité par l’art

Les musées d’art contemporain envahissent Miami depuis quelques années, sous l’impulsion d’une poignée de collectionneurs. Un boom qui profite aux nombreux touristes, mais qui pourrait, à terme, comme la plupart des bulles spéculatives, faire aussi des victimes…

Sur les façades d’un parking, au milieu d’une rue commerçante, dans un bâtiment spectaculaire avec vue sur l’océan… A Miami, depuis quelques années, les lieux dédiés à l’art contemporain rivalisent d’audace pour attirer les visiteurs. « A New York, les gens considèrent que le musée est leur deuxième maison les jours de pluie ; en Floride, nous sommes en compétition avec la plage et les Everglades », s’amuse Tommy Pace, directeur adjoint de l’Institute of Contemporary Art (ICA), le nouveau centre d’art de la ville, inauguré il y a tout juste un an.

Une concurrence qui n’a pas empêché les musées de se multiplier depuis une vingtaine d’années dans la cité, notamment sous l’influence de la foire Art Basel. « Un événement qui a agi comme un shoot de stéroïdes pour la culture de l’art contemporain à Miami, depuis sa première édition, en 2002 », se souvient Tommy Pace. Cette passion, qui connaît son apogée aujourd’hui, remonte en réalité à quelques décennies. Cathy Leff, ancienne directrice du Wolfsonian, à South Beach, et désormais responsable du Bakehouse Art Complex, un espace qui propose des ateliers à petits prix aux artistes, remonte avec nous dans le temps…

Depuis sa fondation en 1981, le MOCA s’est consacré à la sensibilisation à l’art contemporain.
Depuis sa fondation en 1981, le MOCA s’est consacré à la sensibilisation à l’art contemporain. DR

« Miami est une ville récente, qui a commencé à se développer dans les années 50, sous l’impulsion de l’air conditionné et de l’autoroute. Les collectionneurs étaient donc de jeunes entrepreneurs, et pas des héritiers de familles installées depuis plus d’un siècle, comme à New York. Ces gens n’avaient, à leurs débuts, que les moyens de s’offrir de l’art contemporain, qui n’affichait pas encore à l’époque les cotes actuelles. »

Parmi les pionniers, le couple de la Cruz, originaire de Cuba, féru d’art allemand d’après-guerre, qui démarra sa collection durant les années 60, ou le promoteur Martin Margulies, qui installa sa collection de sculptures abstraites sur l’île de Coconut Grove, à la fin des années 70. « C’était des fortunes jeunes qui étaient plus enclines à verser des subsides à l’art et à l’éducation que dans la santé ou la médecine », détaille Cathy Leff.

Rosa et Carlos de la Cruz collectionnent l’art contemporain sous toutes ses formes depuis la fin des années 60. www.delacruzcollection.org
Rosa et Carlos de la Cruz collectionnent l’art contemporain sous toutes ses formes depuis la fin des années 60. www.delacruzcollection.org DR

Le richesse de la scène culturelle locale

Mais voilà, au fil des décennies, les tableaux et les sculptures se sont entassés dans des coffres, et ont envahi les murs des villas des îles privées du golfe de Biscayne. La solution : construire des musées pour les abriter. Une frénésie telle que le New York Times s’interrogeait, dans son édition du 30 novembre 2017, sur le trop-plein d’offre muséale de la ville. « Encore, encore, encore… Ici, il ne se passe pas une saison sans l’annonce d’un nouveau musée ou d’une extension. De combien de lieux d’art contemporain Miami a-t-elle vraiment besoin ? Surtout pour une ville qui compte le deuxième plus fort taux de pauvreté parmi les grandes villes américaines. »

Bass Museum of Art.
Bass Museum of Art. Young-Ah Kim

Quelques lignes plus loin, Silvia Karman Cubina, directrice générale du Bass Museum of Art, disait clairement les choses : « Effectivement, nous allons tous chercher les mêmes piles de dollars auprès des mêmes sponsors. » Margulies Collection, de la Cruz Collection, fondation Cisneros Fontanals, fondation Rubbell… toutes ces familles exposent aujourd’hui leurs joyaux et concurrencent des institutions semi-publiques comme le Bass, le Pérez ou le musée de l’université de Miami, en attendant le prochain espace dédié à James Turrell, qui sortira de terre dans les années à venir.

Certains, au contraire, se réjouissent de cette ébullition et sont persuadés que chacun a sa place, reflétant la diversité et la richesse de la scène culturelle locale de cette ville, dont le tourisme est la seconde source de revenus. Devenir une capitale de l’art contemporain est un argument vendeur pour Miami, longtemps symbole d’inculture. « Quand j’étais jeune, si on voulait étudier ou faire carrière dans le milieu de l’art, il fallait partir pour Los Angeles ou New York. Ce temps est révolu ! Maintenant, les créatifs s’installent ici. Et ils ont du grain à moudre ! Nous sommes au cœur de l’actualité du XXIe siècle, note le trentenaire Tommy Pace. Nous subissons de plein fouet le changement climatique, nous sommes une terre d’immigration, un contexte excitant et intéressant à étudier pour un artiste. »

Le Museum Garage dans le Design District.
Le Museum Garage dans le Design District. Young-Ah Kim

Une actualité que les collections reflètent, les mécènes étant, par exemple, de plus en plus nombreux à acquérir des œuvres afro-américaines. Paradoxalement, ces artistes ont du mal à survivre à Miami. « La nouvelle génération d’artistes n’arrive plus à trouver des espaces abordables pour travailler ici », note Cathy Leff qui, pour répondre à cette pénurie, a pris ses fonctions au Bakehouse Art Complex, où elle aide les créateurs à nourrir le marché contemporain toujours plus avide.

La plasticienne Rhea Leonard au Bakehouse Art Complex, un espace qui propose des ateliers à petits prix aux artises.
La plasticienne Rhea Leonard au Bakehouse Art Complex, un espace qui propose des ateliers à petits prix aux artises. sarah-henderson

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