Zoom sur les architectes qui sculptent l’identité de Miami en 8 bâtiments emblématiques, de OMA à Renzo Piano en passant par Sou Fujimoto.

• Herzog & de Meuron, 1111 Lincoln Road. En 2010, Herzog & de Meuron apposent leur patte à Miami Beach en ressuscitant le 1111 Lincoln Road, où se trouvait le bâtiment de la banque SunTrust. L’immeuble a été transformé en ensemble mixte mêlant appartements et commerces. Mais la pièce maîtresse de cette opération est, sans conteste, le spectaculaire parking à ciel ouvert imaginé par le tandem bâlois. Dans une structure béton très expressive, les voitures sont mises en scène, empilées sur sept niveaux, échappant aux standards habituels. Au début de l’année, les deux architectes ont également achevé la tour résidentielle Jade Signature, qui abrite, sur 57 étages, 192 appartements luxueux avec terrasse, dans le nord du quartier. Un édifice en béton inspiré par « le modernisme tropical qui fait partie du patrimoine architectural de Miami ».

Herzog & de Meuron, 1111 Lincoln Road.
Herzog & de Meuron, 1111 Lincoln Road. DR

• Tolila+Gilliland, Paradise Plaza. Aux côtés des starchitectes qui se pressent à Miami, l’agence française Tolila+Gilliland a eu l’occasion d’imprimer sa marque dans le Design District. Sur la place piétonne, dénommée Paradise Plaza, les architectes ont puisé dans la culture locale, mais aussi dans le climat, pour imaginer un ensemble de commerces sur deux niveaux reliés avec terrasses hautes. « Mettre les matériaux au centre des choix architecturaux, convoquer les cinq sens, oser une sensualité de la matière, offrir une perception sensible », voilà ce qui a guidé Gaston Tolila et Nicholas Gilliland pour concevoir cette opération, où le losange se décline en façade sous la forme de briques de terre cuite émaillée. La couleur est savamment travaillée, faisant écho à l’architecture traditionnelle, à l’art des premiers Indiens de Floride ou aux fameux chalets de plage.

Tolila+Gilliland, Paradise Plaza.
Tolila+Gilliland, Paradise Plaza. DR

• Arata Isozaki et David Gauld, Bass Art Museum. Dans l’histoire de l’architecture contemporaine à Miami, il y a un avant et un après‑Arata Isozaki qui a œuvré sur un bâtiment précurseur : le Bass Art Museum. L’architecte japonais est la première grande signature à avoir construit à Miami Beach, incitant la ville à s’engouffrer dans la double voie de l’architecture et de l’art. En 2001, il livre l’extension de ce musée né en 1964 et situé sur Collins Avenue, dans un bâtiment Art déco des années 30 construit par Russel Pancoast. En 2017, le musée a été entièrement rénové par l’architecte new‑yorkais David Gauld. Collaborateur d’Arata Isozaki pendant de nombreuses années, ce dernier avait déjà travaillé sur le projet initial. Deux ans et 12 M $ plus tard, le musée a rouvert ses portes, confortant sa position d’institution culturelle incontournable de Miami.

Arata Isozaki et David Gauld, Bass Art Museum.
Arata Isozaki et David Gauld, Bass Art Museum. Zachary Balber

• Sou Fujimoto, Palm Court. Sur le papier, rien ne prédestinait Sou Fujimoto, fervent défenseur d’une architecture poétique et délicate, à construire un centre commercial à Miami. Ce choc des cultures donne lieu à un bâtiment remarquable qui transcende avec brio sa vocation mercantile. Pierre angulaire de la zone piétonne du Design District, le Palm Court s’inspire de la nature, comme nombre d’œuvres de l’architecte japonais. Ici, le climat imprévisible et ses tempêtes pluvieuses ont donné le ton, matérialisé par une façade onirique formée d’ailettes de verre bleuté. Sur deux niveaux et sous 13 mètres de hauteur, les boutiques sont distribuées par des ruelles protégées par cette enveloppe transparente qui forme l’espace architectural. Une première pour Sou Fujimoto qui n’avait, jusqu’alors, jamais utilisé la couleur ni le verre de cette manière.

Sou Fujimoto, Palm Court.
Sou Fujimoto, Palm Court. dr / Young-Ah Kim

• OMA, Faena Forum. Dans le casting architectural de Miami figure, bien évidemment, l’agence OMA de Rem Koolhaas. En 2016, le complexe Faena ouvre ses portes dans le quartier du même nom, à Miami Beach. Les différents bâtiments (le Forum, le Bazaar et un parking) partagent une écriture commune : des façades en béton blanc, irrégulièrement perforées. Influencés par le Guggenheim new-yorkais, deux bâtiments – l’un cylindrique, l’autre cubique – s’enroulent pour accueillir le Forum, centre névralgique culturel de l’opération. Le Bazaar s’installe dans un ancien hôtel des années 30 transformé pour accueillir des commerces. Enfin, le parking abrite les véhicules avec vue sur l’océan. L’architecte néerlandais a également livré, en 2018, deux des trois tours du luxueux complexe Park Grove, dans le quartier de Coconut Grove, dans le sud de la ville.

OMA, Faena Forum.
OMA, Faena Forum. Bruce Damonte

• Zaha Hadid, Elastika. Plutôt qu’avec un bâtiment, c’est avec une oeuvre d’art que la regrettée Zaha Hadid a laissé son empreinte dans le Design District de Miami. Dans le Moore Building, édifié en 1921, l’architecte irako-britannique a convoqué tout son savoir-faire, jamais aussi convaincant qu’à petite échelle. Tout en fluidité, façon chewing-gum, Elastika établit le dialogue avec le bâtiment historique, reliant les niveaux entre eux par une sculpture tridimensionnelle. L’installation, présentée à Art Basel Miami en 2005, est finalement devenue pérenne. Parmi les projets de l’agence Zaha Hadid Architects, le gratte-ciel futuriste One Thousand Museum devrait prochainement tutoyer les cieux de Miami. Au programme : 83 appartements de 511 à 1 071 m², pour des tarifs annoncés entre 5,6 et 21 M $.

Zaha Hadid, Elastika.
Zaha Hadid, Elastika. Steeven Brooke

• Museum Garage. Il s’agit d’un projet emblématique du Design District : le Museum Garage, l’un des concepts hors norme à l’initiative du promoteur américain Craig Robins. Il a sélectionné cinq personnalités – quatre architectes et un artiste – qui ont uni leurs forces dans ce projet : l’agence new-yorkaise WORKac, l’artiste français Nicolas Buffe, les Espagnols Clavel Arquitectos, les Américains K/R (Keenen/Riley) et l’Allemand J. Mayer H. Chacun d’eux a imaginé une oeuvre singulière, l’ensemble formant un cadavre exquis architectural aussi réjouissant qu’éclectique. Difficile de soupçonner l’agencement intérieur qui se déploie sur sept niveaux : 800 places de parking et des commerces au rez-de-chaussée.

Museum Garage.
Museum Garage. Miguel Guzman

• Renzo Piano, Eighty Seven Park.  Parmi les nombreuses tours résidentielles de luxe qui voient le jour à Miami, celle de Renzo Piano occupe une position à part. Situé au calme dans le quartier de North Beach, en périphérie de la ville, Eighty Seven Park surplombe un parc arboré et profite d’une vue imprenable sur la mer. En osmose avec ces éléments naturels, l’architecture propose 70 appartements conçus pour « profiter du grand air », explique le promoteur, en marge de l’agitation urbaine. L’agence RDAI s’est vu confier l’aménagement intérieur, tandis que les paysagistes de West 8 signent les jardins et le parc privatifs. C’est le premier projet résidentiel de Renzo Piano aux Etats-Unis. Magique !

Renzo Piano, Eighty Seven Park.
Renzo Piano, Eighty Seven Park. DR

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