Dirigée par les petits-enfants du fondateur, l’entreprise familiale Bollo, créée en 1922, a réussi à imposer ses agrumes sur le marché mondial. Visite d’une usine, à la pointe de la technologie, qui ne transige pas sur la qualité.

Sous un ciel bleu immaculé, des orangeraies baignées par le soleil de printemps se succèdent au bord d’une route qui s’enfonce au sud de la province de Valence. Non loin de la côte méditerranéenne, dans l’est de l’Espagne, dans une vallée entre Alcira et Benifairó de la Valldigna, l’entrée du domaine Santa María de Aguas Vivas est bordée de fleurs, et tout aussi inondée de soleil. Au-delà des arbres qui assombrissent l’allée principale du domaine, des champs d’orangers – tantôt jeunes pousses, tantôt vieilles branches. Certains sont recouverts par des filets anti-insectes. Au fond de l’allée apparaissent des bâtiments dont le blanc des murs semble inaltéré. Ils abritent le service recherche et développement de Bollo International Fruits, spécialisé dans la production et la vente de fruits et légumes, propriétaire du domaine.

Le domaine Santa María de Aguas Vivas, entouré d’orangeraies, abrite les bâtiments du service R&D de Bollo.
Le domaine Santa María de Aguas Vivas, entouré d’orangeraies, abrite les bâtiments du service R&D de Bollo. Miquel Tres

Le lieu est finalement assez représentatif de l’affaire : un alléchant emballage pour une entreprise qui a su garder ses racines familiales tout en assurant son développement, avec l’exportation de ses agrumes partout dans le monde.

A quelques kilomètres de là, à Benifairó de la Valldigna, se trouvent les bureaux et une partie des installations de l’entreprise créée en 1922 par José Vercher Cuñat. Preuve, si besoin, que Bollo a bien su conserver son ancrage valencien, même si la firme possède désormais des terrains un peu partout dans le sud du pays (Castellón, Alicante, Murcie, Huelva), jusqu’au Brésil ou au Sénégal, et qu’affluent les commandes d’entreprises étrangères.

Le domaine Santa María de Aguas Vivas, entouré d’orangeraies, abrite les bâtiments du service R&D de Bollo.
Le domaine Santa María de Aguas Vivas, entouré d’orangeraies, abrite les bâtiments du service R&D de Bollo. Miquel Tres

L’un des derniers marchés vers lequel Bollo s’est tourné est la Chine. « On y a envoyé 5 conteneurs il y a deux ans, 30 l’an dernier, 100 cette année. On fait les choses petit à petit, tout en contrôle », explique Carla Vercher, directrice commerciale pour l’international, membre de la quatrième génération de la famille fondatrice, l’entreprise étant actuellement dirigée par la troisième génération.

Chronologie

• 1922 : naissance de l’entreprise sous l’impulsion de José Vercher Cuñat.

• 1952 : José Vercher, de la deuxième génération, et sa femme, Matilde Company, modernisent l’entreprise, avec l’acquisition de nouveaux véhicules.

• Années 80 : arrivée de la troisième génération avec José, Juan, Sergio et Oscar Vercher. Développement de Bollo sur le marché national puis européen.

• 2000 : première expansion dans l’hémisphère Sud, en Argentine, au Chili, en Uruguay et en Afrique du Sud.

• 2005 : création de la filiale Bollo Brasil.

• 2009 : expansion de l’entreprise au Sénégal, avec l’achat de plantations et le lancement de la ligne haut de gamme Bollo Privilege.

• 2014 : agrandissement des installations à Benifairó de la Valldigna.

• 2017 et 2018 : prix Saveur de l’année en Espagne pour le melon étiquette noire.

Contrôle et adaptation ont, semble-t-il, été les deux pivots de l’évolution de Bollo. Adaptation à l’environnement économique (notamment dans les années 80, avec l’adhésion de l’Espagne à la Communauté économique européenne), à la demande (agrumes, mais aussi melons, kakis, fruits tropicaux ou légumes) et aux technologies. Contrôle de la croissance de l’entreprise (plus de 800 employés aujourd’hui), de la qualité des fruits et du développement de sa marque.

Les lignes de production automatisées serpentent dans le bâtiment. Les oranges sont lavées, séchées, aspergées d’un conservateur et de nouveau séchées. En moyenne, de 500 à 700 tonnes d’agrumes transitent chaque jour. Les employés participent à la sélection manuelle et au rangement dans les caisses prêtes à être expédiées.
Les lignes de production automatisées serpentent dans le bâtiment. Les oranges sont lavées, séchées, aspergées d’un conservateur et de nouveau séchées. En moyenne, de 500 à 700 tonnes d’agrumes transitent chaque jour. Les employés participent à la sélection manuelle et au rangement dans les caisses prêtes à être expédiées. Miquel Tres

Précalibrateur, le tri à grande échelle

Cette matinée-là, les oranges qui arrivent par camions à Benifairó de la Valldigna ont été coupées la veille dans une orangeraie andalouse, « dès le lever du soleil ou peu après, le temps que la rosée disparaisse et ne laisse pas de traces sur la peau », explique Alvaro Almiñana, responsable de production.

Les lignes de production automatisées serpentent dans le bâtiment. Les oranges sont lavées, séchées, aspergées d’un conservateur et de nouveau séchées. En moyenne, de 500 à 700 tonnes d’agrumes transitent chaque jour. Les employés participent à la sélection manuelle et au rangement dans les caisses prêtes à être expédiées.
Les lignes de production automatisées serpentent dans le bâtiment. Les oranges sont lavées, séchées, aspergées d’un conservateur et de nouveau séchées. En moyenne, de 500 à 700 tonnes d’agrumes transitent chaque jour. Les employés participent à la sélection manuelle et au rangement dans les caisses prêtes à être expédiées. Miquel Tres

Les fruits étiquetés (parcelle, propriétaire, numéro de contrat) subissent un premier examen par le personnel sur le quai de déchargement avant de commencer leur trajet sur les lignes de production automatisées qui serpentent à l’intérieur du bâtiment. Les oranges sont successivement lavées, séchées, aspergées d’un conservateur – « qui ne modifie rien au goût », assure Alvaro Almiñana – puis de nouveau séchées.

Elles arrivent en ligne sur un précalibrateur, un monstre technologique sans lequel Francisco Abril, directeur de la qualité, ne saurait comment faire. « J’imagine vingt ans en arrière et je me dis que, sans cela, on ne pourrait pas travailler. » Pour trier les fruits qui débarquent par milliers, il entre, dans le programme informatique qui contrôle le dispositif, différents paramètres de taille, de qualité, de couleur et de forme.

Chaque orange est photographiée sous tous les angles, identifiée et classifiée par l’ordinateur.
Chaque orange est photographiée sous tous les angles, identifiée et classifiée par l’ordinateur. Miquel Tres

Chaque orange est photographiée à vingt reprises sous tous les angles, identifiée et classifiée par l’ordinateur. Elles poursuivent leur chemin sur un genre d’autoroute de l’agrume d’une vingtaine de mètres, composée de plusieurs voies et de petits bras robotisés.

Ces derniers s’affaissent quand l’orange qu’ils supportent arrive au niveau de l’une des seize lignes de sortie attribuées par l’ordinateur en fonction de sa morphologie et de sa qualité. Celles qui n’ont pas été assignées lors d’un premier passage refont un tour.

José Vercher, directeur général de Bollo International Fruits.
José Vercher, directeur général de Bollo International Fruits. Miquel Tres

En moyenne, 40 tonnes d’agrumes par heure transitent sur l’impressionnante installation, entre 500 et 700 tonnes par jour.

En chiffres

• 15 000 m2 de superficie pour le centre de production de Benifairó de la Valldigna.

• 40 tonnes d’agrumes passent chaque heure sur le précalibrateur, soit entre 500 et 700 tonnes par jour.

• 20 photos de chaque fruit, sous des angles différents, sont prises par le précalibrateur.

• Plus de 800 personnes travaillent pour Bollo International Fruits.

• 6 000 ectares de plantations au Brésil.

• Plus de 1 200 hectares de plantations en Espagne.

• 170 000 tonnes de fruits et légumes produites chaque année.

• 150 M € de chiffre d’affaires en 2017.

Bollo n’abandonne pas la sélection manuelle

Une fois sorties du précalibrateur, « les oranges sont stockées dans des chambres frigorifiques entre un jour et deux mois, en fonction des demandes, précise Francisco Abril. Il est très important de savoir comment fonctionne chaque fruit, ses réactions. Les oranges se conservent à une température de 4 °C. Les mandarines, par exemple, en fonction de la variété, on les garde à 3,5 °C. »

Entre 500 et 700 tonnes d’oranges transitent chaque jour dans l’usine de Benifairó de la Valldigna.
Entre 500 et 700 tonnes d’oranges transitent chaque jour dans l’usine de Benifairó de la Valldigna. Miquel Tres

Dans un ballet incessant de chariots élévateurs, les fruits sortent de la chambre froide le jour de l’envoi aux clients, repassent au jeu du lavage, séchage, application d’un conservateur, re-séchage. Puis par une sélection manuelle des employés de l’entreprise avant de repasser sur un deuxième précalibrateur. « Les “défauts” du fruit avant la chambre froide ne sont pas forcément les mêmes qu’après. On les analyse donc de nouveau. Mais les paramètres de la machine sont cette fois plus complexes, car il y a en même temps un travail sur la qualité et sur la distribution », poursuit Francisco Abril.

Selon les commandes, les fruits se retrouvent dirigés vers différentes lignes de sortie, où d’autres employés les rangent manuellement dans des caisses prêtes à être expédiées. Les agrumes présentant le plus de « défauts » sont, eux, destinés aux industries et finiront en jus.

Entre 500 et 700 tonnes d’oranges transitent chaque jour dans l’usine de Benifairó de la Valldigna.
Entre 500 et 700 tonnes d’oranges transitent chaque jour dans l’usine de Benifairó de la Valldigna. Miquel Tres

« Au final, l’orange est surveillée de A à Z, soit par une technologie avancée soit par le travail manuel du personnel », se félicite le directeur de la qualité. Un secteur très concurrentiel Ce « sérieux constant » représente, selon Carla Vercher, la base de la marque Bollo, dont « l’objectif est d’offrir des fruits de qualité toute l’année ».

D’où la présence de l’entreprise dans l’hémisphère Sud, pour combler les trous laissés par le rythme saisonnier européen. Avec une production annuelle de près de 170 000 tonnes, Bollo consolide petit à petit sa présence sur le marché international, que ce soit en Europe, en Amérique latine, au Canada, en Chine, en Russie, à Singapour ou aux Emirats arabes unis.

Le secteur est particulièrement concurrentiel en Espagne, notamment dans le sud, où les conditions climatiques sont propices aux orangeraies.
Le secteur est particulièrement concurrentiel en Espagne, notamment dans le sud, où les conditions climatiques sont propices aux orangeraies. Miquel Tres

Si 65 % des agrumes sont destinés à l’exportation, 70 % des melons produits par l’entreprise finissent sur le marché espagnol, où Bollo a réussi à imposer une véritable marque, un gage de qualité au niveau national.

Son melon a d’ailleurs été récompensé en Espagne par le prix Saveur de l’année en 2017 et 2018 par un panel de consommateurs. « Quand le client mange un melon, je veux qu’il pense directement à Bollo. Pour les agrumes, c’est plus compliqué d’imposer une marque. Il y a quarante ans, en Espagne, on connaissait les marques d’oranges. Plus maintenant », détaille la directrice commerciale à l’international.

Bollo produit également des melons, essentiellement destinés au marché domestique. L’entreprise a réussi à imposer sa marque sur ce marché, devenue un vrai gage de qualité.
Bollo produit également des melons, essentiellement destinés au marché domestique. L’entreprise a réussi à imposer sa marque sur ce marché, devenue un vrai gage de qualité. Miquel Tres

Il faut dire que le secteur est très concurrentiel, notamment dans le sud du pays, où les conditions climatiques sont propices aux orangeraies. D’après les derniers chiffres du ministère espagnol de l’Economie, de l’Industrie et de la Compétitivité, 3,6 millions de tonnes d’agrumes ont été exportées en 2016, pour une valeur de plus de 3,1 milliards d’euros. Et les oranges représentent près de 43 % du volume.

Survivre face au géant Citri&Co, le mastodonte espagnol

En juillet 2017, les entreprises espagnoles Martinavarro et Rio Tinto ont allié leur force pour créer Citri&Co, le « leader européen de la production et de la commercialisation d’agrumes conventionnels et écologiques ». Dans son communiqué, le nouveau groupe prévoit un chiffre d’affaires de 325 M € pour une production de 500 000 tonnes d’agrumes par an. Un chiffre qui, selon la presse spécialisée, représente entre 7 et 9 % de la production annuelle d’agrumes en Espagne. Ce partenariat s’inscrit dans la continuité du projet entamé par l’entreprise de gestion barcelonaise Miura Private Equity, entrée dans le capital de Martinavarro à hauteur de 25 % courant 2016, avec la volonté de stimuler la croissance de l’entreprise tant au niveau national qu’international. Martinavarro est considéré comme l’un des principaux exportateurs d’agrumes du pays, un géant de la production d’oranges, avec des ventes qui dépassent les 280 M €. L’entreprise a été créée en 1946 à Almazora (Castellón), au nord de Valence, par les familles Martinavarro, Dealbert et Ballester. De son côté, Rio Tinto a vu le jour en 1989 à El Campillo (province de Huelva), dans le sud-ouest de l’Espagne, sous l’impulsion de Carlos Morera, l’actuel dirigeant, et avec le soutien de la famille Garavilla. C’est l’un des poids lourds, sur le plan européen, de la production d’agrumes écologiques, avec des revenus atteignant les 43 M €.

Pas de quoi, pour autant, inquiéter la représentante de la quatrième génération des Vercher, sûre des forces de l’entreprise. « On ne regarde pas les autres, on a toujours été différents, assure-t-elle. On s’intéresse au monde de la mode, aux tendances, pour continuellement s’adapter. » Sans jamais oublier que le fruit reste une affaire de famille.


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