A Cerizay, dans les Deux-Sèvres, la PME Noun' Electric fait partie de ces entreprises qui se sont installées, en 2014, sur le site industriel de feu Heuliez. C'est là que s'est produite la Nosmoke, revival de la Mini Moke version 100% électrique.

L’histoire de Noun’ Electric tient avant tout à la volonté d’un seul homme : Luc Jaguelin, concepteur de la Nosmoke. Un homme qui a cru très tôt à un principe simple : équiper des voitures sans permis d’un moteur électrique. Après une belle carrière dans la distribution de véhicules à deux puis à quatre roues, d’abord chez Kymco, en qualité de directeur commercial (1999-2009), puis chez Sym, comme directeur général (2008-2010), Luc Jaguelin fait un passage chez JDM, une marque française de voitures sans permis, pour laquelle il ambitionne déjà de développer un modèle à moteur électrique. En 2012, c’est seul et sur fonds propres qu’il se lance dans l’aventure.

Luc Jaguelin, le fondateur de Noun’ Electric. La PME a été créée en 2012. Deux ans plus tard, elle produira la première Nosmoke.
Luc Jaguelin, le fondateur de Noun’ Electric. La PME a été créée en 2012. Deux ans plus tard, elle produira la première Nosmoke. Stevens Frémont

Un projet qu’il baptise Noun’ Electric – dans la mythologie égyptienne, la déesse Nout ­serait la mère de tous les astres – et totalement tourné vers l’énergie électrique. « Lorsque j’ai implanté Kymco en France, j’ai largement accompagné l’essor du quad en sortant le premier modèle homologué du pays. Je suis parvenu à devenir le numéro un des ventes sur le marché face à de gros constructeurs japonais déjà très connus. De fait, j’aime les challenges, et j’ai très vite senti le potentiel d’une voiture électrique sans permis, avec, notamment, une mise en service simplifiée par rapport à une voiture classique. »

La Nosmoke répond à une utilisation de loisirs et à une préoccupation écologique.

En effet, la catégorie quadricycle léger ne nécessite pas de crash-test pour l’obtention de son homologation. Luc Jaguelin se rapproche alors du constructeur chinois Shandong Tang­jun, qui fabrique déjà une voiturette en acier sans permis. Des ajustements sont effectués pour descendre sous la barre des 350 kg (batteries non incluses), le plafond pondéral de la catégorie des ­quadricycles légers, et la petite auto est fin prête à être lancée pour le marché français en 2013. Mais, déjà, Luc Jaguelin s’intéresse à une catégorie voisine des quadricycles lourds, qui offre davantage de marge de manœuvre en termes de puissance (15 kW) et dont la vitesse maximale peut atteindre 85 km/h. Pour la conduire, il faut avoir au moins 16 ans et un permis B1. Seul aspect négatif : cette catégorie ne donne pas droit au bonus écologique à l’achat.

La conception de la Nosmoke est idéale pour loger les 8 batteries de 12 V, la Nosmoke répond à en partie dans les caissons latéraux.
La conception de la Nosmoke est idéale pour loger les 8 batteries de 12 V, la Nosmoke répond à en partie dans les caissons latéraux. Stevens Frémont

Nosmoke, version sans fumée

Par le biais de son partenaire chinois, l’entrepreneur français rencontre un autre constructeur qui a relancé la production d’une Moke en version électrique. Le modèle d’origine, autrefois produit par British Leyland Motor Corporation Ltd. pour Austin, renvoie d’emblée à un imaginaire très marqué où se croisent le prisonnier Numéro 6 et James Bond, mais plus encore une villégiature au soleil. D’emblée, Luc Jaguelin est séduit par ce modèle, qui répond parfaitement à une utilisation de loisirs et à une préoccupation écologique. C’est ainsi qu’il ajoute à son catalogue – qui compte également une moto électrique, la Volta – la Nosmoke, clin d’œil à la Moke, mais en version sans fumée.

La Nosmoke reprend la ligne de la Mini Moke des années 60.
La Nosmoke reprend la ligne de la Mini Moke des années 60. Stevens Frémont

En 2014, Noun’ Electric déménage et s’installe sur le site d’Heuliez, à Cerizay, dans les Deux-Sèvres. La société sous-traitant la fabrication de véhicules pour Peugeot, Citroën, Opel… a déposé le bilan en octobre 2013. Dans la foulée, une société d’économie mixte est créée avec la région Poitou-Charente afin de ne pas laisser le complexe industriel totalement à l’abandon. Plusieurs poids lourds, parmi lesquels Cartol, Europcopter et de nombreuses start-up de la mobilité, dont Noun’ Electric, s’installent à Cerizay pour bénéficier à la fois du matériel et de la main‑d’œuvre parfaitement formée à la construction automobile. Coup double pour Noun’ Electric, car Heuliez avait eu des velléités dans le domaine de l’automobile électrique avec JDM – que Luc Jaguelin a dirigée –, mais surtout avec Mia Electric.

Aujourd’hui, Noun’ Electric est totalement centrée sur la fabrication de la Nosmoke.
Aujourd’hui, Noun’ Electric est totalement centrée sur la fabrication de la Nosmoke. Stevens Frémont

Noun' Electric en chiffres :

• Création : 2012
• Installation à Cerizay : juin 2014
• Production française : à partir de 2016
• Chiffre d’affaires fin 2016 : 1,13 M €
• Effectifs : 11 personnes (6 opérateurs à l’atelier et 5 personnes à l’administration)

Une distribution mondiale

Au départ, le processus de production de la Nosmoke est similaire à celui de la voiture sans permis de Noun’ Electric : le gros de la fabrication est effectué en Chine, tandis que la finition, et notamment la mise en conformité européenne, est réalisée à Cerizay par une petite équipe d’opérateurs. Cependant, il apparaît que la qualité des véhicules importés n’est pas du tout en phase avec les exigences de Luc Jaguelin. « Il y avait notamment un énorme souci au niveau du châssis et de la carrosserie, dont le traitement de l’acier était loin d’être suffisant. Sans parler de certains détails, comme les phares, les sièges ou la capote, dont la durée de vie était ridiculement faible. »

L’objectif : produire une trentaine de véhicules par mois. Une équipe de six personnes travaille sur la chaîne de montage.
L’objectif : produire une trentaine de véhicules par mois. Une équipe de six personnes travaille sur la chaîne de montage. Stevens Frémont

Début 2016, Luc Jaguelin décide alors de lancer une production made in Cerizay, notamment avec l’aide de son voisin Cartol, spécialiste de la tôlerie automobile, et en sourçant les pièces mécaniques et d’aménagement en France et en Europe. Le chef d’entreprise conserve toutefois la technologie électrique made in China, cette ­dernière ayant fait ses preuves et correspondant parfaitement bien à sa ­No­smoke. « La conception de la Nosmoke est assez idéale pour loger les huit batteries de 12 volts, en partie dans les caissons latéraux et sous la banquette arrière. En outre, le coût d’un jeu est relativement réduit : 1 200 euros pour une durée de vie de trois à quatre ans, selon l’utilisation. »

La Nosmoke est proposée en blanc, en noir, en bleu océan et en vert anglais.
La Nosmoke est proposée en blanc, en noir, en bleu océan et en vert anglais. Stevens Frémont

Néanmoins, pour être parfaitement sûr de cette Nosmoke 2.0, Luc Jaguelin décide de produire 60 véhicules test, que des clients conduiront quelques semaines pour faire remonter les défauts subsistants. L’objectif étant de corriger le cahier des charges pour la production « réelle et optimale », qui a finalement démarré au début du printemps 2017. Premier objectif : sortir une trentaine de ­No­smoke par mois. « Nous avons récemment emménagé au sein de l’usine d’Heuliez, dans des locaux à proximité de ceux de Cartol, et nous disposons d’une chaîne montage sur laquelle travaille une équipe de six personnes. Chacune a un rôle précis, mais toutes sont capables de monter une Nosmoke de A à Z. »

Le sur-mesure est aussi possible, comme le prouve ce modèle rose pastel.
Le sur-mesure est aussi possible, comme le prouve ce modèle rose pastel. Stevens Frémont

Côté couleur, la voiture est proposée en blanc, en noir, en bleu océan ou en vert anglais, mais le sur-mesure est possible, comme en témoignent les modèles aux teintes pastel qui étaient en cours de montage lors de notre reportage. « Aujourd’hui, Noun’ Electric s’est totalement recentrée sur la fabrication de la Nosmoke. Nous travaillons sur une distribution dans le monde entier, avec évidemment des mises en conformité selon les pays. En outre, nous n’excluons pas de développer une série avec un petit moteur thermique pour les pays où la production d’électricité est encore un souci, ou bien lorsque les trajets sans recharge possible sont très longs. » Pour l’heure, le carnet de commandes avoisine les 300 exemplaires. De quoi voir enfin les bénéfices apparaître et satisfaire les investisseurs. Alors, quand allez-vous commander votre Mini Moke électrique pour votre résidence secondaire ? The good life…

Caractéristiques de la Nosmoke

Moteur : DC Brush 10 kW.
Tension électrique : 96 V.
Batteries : plomb, 12 V.
Temps de charge : entre 6 et 8 h.
Coût de charge : 1 €.
Autonomie : entre 80 et 130 km.
Longueur : 3,18 m.
Largeur : 1,45 m.
Hauteur : 1,55 m.
Poids : 550 kg (sans batteries).
Taille des pneus : 155/65 R13.
Châssis : 100 % acier (traitement cataphorèse).
Vitesse maximale : 70 km/h.
Prix de vente: 17 500 € TTC.

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