Lost in Fishtown, le quartier émergent de Philadelphie

Ancien quartier ouvrier devenu tendance, mais toujours populaire, Fishtown, au nord-est de Philadelphie, joue les funambules entre une gentrification utile et la conservation nécessaire de son identité.

Lors de la création de Philadelphie, le quartier abritait les pécheurs allemands qui ont donné son nom à Fishtown. Avec le temps, il est devenu le repaire des ouvriers blancs, des Irlandais, Polonais et Allemands. La crise financière passée, c’est aujourd’hui « le » quartier tendance de la ville. Il aura fallu moins d’une demi-décennie pour que Fishtown devienne le Williamsburg philadelphien. Dans l’esprit seulement.

Nous voici donc devant Frankford Hall au croisement des avenues Girard et Frankford. C’est ici que le chauffeur nous a déposés quand on lui a demandé « le centre névralgique de Fishtown ». Un bar qui sert des spécialités allemandes et de la bière. Beaucoup de bière. Le tout dans un court immeuble de briques rouges, comme ils sont légion ici, loin des gratte-ciels du centre-ville.

La population y est hétéroclite, du yuppie en afterwork au père de famille épuisé. Le voisin de ce bar typique des quartiers post-industriels gentrifiés ? Un terrain-vague, à vendre (ou à louer. Les effets de la bière n’ont cure de ces détails).

Nous ne sommes définitivement pas à Brooklyn, ni à Shoreditch. Pourtant, tous les habitants de la ville nous l’ont assuré : Fishtown se gentrifie vitesse grand V et de nombreux blogs américains le classe parmi les plus cools des nouveaux quartiers dans tout le pays. Alors c’est parti !

Première étape, remonter Front Street et son métro aérien. Un peu d’ombre salutaire. Le contraste est toujours aussi saisissant. Des « beer gardens », de petits bars d’été, bordent les deux côtés de la rue, épaule contre épaule avec des garages, parkings, restaurants vegan, bars à jus, bazars, bistrots branchés et magasins de bricolage.

Là, une Tesla prend le frais à l’ombre alors qu’une bande de gamins en VTT croise un couple bobo-hipster sur leurs vélos hollandais. Là-bas, une Jeep Wrangler flambant neuve attend sagement sa propriétaire qui vient de sortir du 7 Eleven, un grand gobelet d’une substance très (trop ?) turquoise. La valse des contrastes.

On reprend alors sur Frankford Avenue, mais au détour d’une rue transversale, une découverte achève de nous convaincre de la transformation de Fishtown : un jardin communautaire. Certes, ils ont toujours existé et servaient de garde-manger aux classes ouvrières des grandes villes. Mais leur retour fracassant sur le devant de la scène accompagne souvent la gentrification des quartiers concernés.

Cliché ? Oui, et alors ? Les guirlandes multicolores sur le perron de ce magasin d’antiquités, un vélo garé devant, sonnent la fin définitive de nos doutes, s’il en subsistait encore.

Il est temps, maintenant, de s’enfoncer dans le cœur de Fishtown, vers le Penn Treaty Park, le poumon du quartier. Et c’est dans ces artères résidentielles, que le quartier prend ses accents les plus « populaires ».

On y voit toutes sortes de gens et d’immeubles, dont quelques constructions neuves qui reprennent maladroitement les codes de l’ancien, des snacks – Dieu merci ! – et d’anciens entrepôts et usines désaffectés, qui attendent certainement un repreneur pour devenir un boutique-hôtel tendance ou un bar à tapas (et à bière).

Des boutique-hôtels, justement, qui ouvrent à tour de bras dans le quartier et dont le Lokal et le Wm. Mulherin’s Sons sont les meilleurs exemples. Murs de briques, décoration minimaliste mais très chic, comme s’ils avaient été créés pour plaire à The Good Life. Spoiler : ça a marché.

Ça y est, nous sommes arrivés au Penn Treaty Park. Familles en poussettes et jeunes en goguette se partagent ce petit espace vert et viennent admirer la vue sur le Ben Franklin Bridge. L’endroit est agréable, quoiqu’en travaux, pour le rendre plus accessible. Un passage damé et quelques bancs ne seraient pas de trop.

De notre aventure à Fishtown, nous retiendrons que s’il est certainement le repaire autant des millennials pour faire la fête que des parents à la recherche de calme et de bons restos – le Suraya faisait partie, cette année, des finalistes aux James Beard Awards qui récompensent les meilleures tables du pays – il n’est pas encore tombé dans le « tout gentrifié ».

L’équilibre entre l’ancienne et la nouvelle vie du quartier est préservé, pour le moment. Les ressemblances sont troublantes avec le XIXe arrondissement de la capitale. Le métro aérien, la grande salle de spectacle – The Fillmore à Fishtown, la Philharmonie à Paris -, le mélange des genres, des adresses et des classes… Tout n’est pas parfait, mais toutes les populations semblent y trouver leur compte. Et, avec une pointe de naïveté, on pourrait se demander si c’était ça le secret du renouveau des quartiers ?

Animated GIF


Lire aussi :

Philadelphie, l’Amérique au cœur

Good Spots : Philadelphie, entre incontournables et nouvelles adresses


Infos pratiques : 

Y aller : Icelandair propose de mi-mai à fin septembre l’aller-retour Paris-Philadelphie via Reykjavik à partir de 506 € en économie et 2356 € en business avec la possibilité d’effectuer un stopover (transformer une escale en Islande en véritable voyage sans frais supplémentaires sur votre billet). www.icelandair.com

Se renseigner : www.discoverphl.com