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The Good Boost :
Verkor, leader de la batterie française

La start‑up née en 2020 grossit vite : un site pilote a ouvert à Grenoble et la giga‑usine de Dunkerque va entrer en chantier. Objectif : devenir l’un des acteurs européens majeurs d’un écosystème indispensable à la mobilité électrique, dominé aujourd’hui par les géants asiatiques.

Le site de Verkor à Grenoble.
Le site de Verkor à Grenoble. DR

Le cœur d’une voiture électrique est son équipement le plus coûteux et sa principale valeur ajoutée, ce sur quoi des progrès technologiques considérables pourraient être faits à l’avenir… Et l’Europe, qui vient de légiférer pour imposer de manière radicale l’émission zéro en 2035, n’a pas le début d’une industrie consacrée à la fabrication de batteries !

Renault dévoile son nouveau modèle branché. La compacte Megane E-Tech mise sur le design et l’agrément de conduite pour faire la différence.
Renault dévoile son nouveau modèle branché. La compacte Megane E-Tech mise sur le design et l’agrément de conduite pour faire la différence. DR

On exagère à peine : le pionnier suédois Northvolt a produit ses premières cellules il y a neuf mois. Sinon rien, ou bien de l’importation via les grands fabricants chinois ou coréens. Sur cette terre vierge, un français veut se faire une grande place : Verkor, un nom construit à partir de « vert », bien sûr, et qui rappelle le Vercors, la terre d’origine de cette start-up qui a déjà bâti à Grenoble son centre d’innovation, un site pilote qui préfigure l’ouverture d’une gigafactory, à Dunkerque, en 2025.

Nous avons rencontré la population pour présenter les emplois et les formations que nous allons proposer : 1200 personnes seront embauchées

« Ce projet nous donne l’occasion d’avoir un impact durable sur notre économie et notre environnement », vante Benoît Lemaignan, le président du directoire et l’un des six fondateurs, tous de fortes têtes au parcours exemplaire passées par Airbus, Tesla, Audi ou Renault, aux compétences complémentaires. 

Avec 105 kWh, la batterie de la version xDrive50 est la plus grosse jamais installée dans un modèle de la marque à l’Hélice.
Avec 105 kWh, la batterie de la version xDrive50 est la plus grosse jamais installée dans un modèle de la marque à l’Hélice. DR

Ils se sont réunis en juillet 2020 pour lancer l’aventure qui, aujourd’hui à Grenoble, rassemble 150 personnes, autant d’experts de 22 nationalités, notamment d’Asie. Parce que le savoir-faire vient de là-bas, il est essentiel de le transmettre aux équipes locales dans des métiers qui existent à peine en Europe.

Sur les 1 780 chargeurs rapides (supérieurs à 50 kW) dont la France est équipée, 640 sont des Superchargeurs Tesla.
Sur les 1 780 chargeurs rapides (supérieurs à 50 kW) dont la France est équipée, 640 sont des Superchargeurs Tesla. DR

À Dunkerque, après une concertation publique achevée fin juillet, le chantier de l’usine doit commencer au premier trimestre 2023. « Nous nous sommes déplacés pour rencontrer la population, c’était important aussi pour présenter les emplois et les formations que nous allons proposer : 1 200 personnes au total seront embauchées, avec des premiers recrutements en 2024 pour une ouverture en 2025 », précise Claire Stromboni, la directrice des relations extérieures.

Icônes électriques 3/5 : Volkswagen Golf VW e-Golf.
Icônes électriques 3/5 : Volkswagen Golf VW e-Golf. DR

L’Europe se couvre de gigafactories

Les besoins gigantesques des prochaines années accélèrent l’expansion d’usines géantes principalement consacrées à la production de batteries. Pour l’instant, seul le site du précurseur suédois Northvolt est entré en production, mais la trentaine de projets identifiés témoignent de la volonté de combler le retard européen en la matière. Sans surprise, c’est en Allemagne que les capacités les plus importantes vont être déployées d’ici à 2030. Le premier pays automobile d’Europe concentre les constructeurs les plus engagés dans la mutation électrique, comme Mercedes, BMW ou les marques premiums du groupe Volkswagen, qui sont autant de futurs clients de ces gigafactories, quand ils ne sont pas eux‑mêmes à l’origine des projets.

Superchargeurs : Tesla vs le reste du monde.
Superchargeurs : Tesla vs le reste du monde. DR

Trouver des solutions pour s’approvisionner

Avec l’objectif de fournir 300 000 batteries dès la première année et jusqu’à 1 -million d’ici à 2030, il n’y a plus de temps à perdre : les capacités européennes sont encore quasi nulles, alors que le marché de la voiture électrique connaît une accélération sans précédent depuis trois ans déjà. Verkor peaufine l’amont et l’aval d’une production qu’il veut minimale pour son empreinte carbone. Le recyclage de la batterie est ainsi un axe fort de sa recherche, qui mise sur une durée de vie très allongée et une réutilisation du lithium ou du cobalt.

Renault, qui a pris 20 % du capital, sera le premier client servi

Dès 2030, Renault veut une gamme 100 % décarbonée.
Dès 2030, Renault veut une gamme 100 % décarbonée. DR

Les ressources en métaux rares sont un autre enjeu, avec une demande aujourd’hui telle que les cours montent très vite. Conséquence : le coût des batteries a cessé de baisser en 2021 selon Bloomberg Energy. Sans surprise, le modèle de la gigafactory façon Tesla aiguillonne la filière européenne de la batterie. « Tesla garde son avance sur l’adéquation ­batterie-voiture parce que la firme y travaille de façon intensive depuis plus longtemps que tout le monde. Notre ambition est d’être aussi bons qu’eux dans la production de ­cellules », assure Philippe Chain, un autre fondateur de Verkor, passé par la firme américaine et ancien de Renault également.

La BMW iX xDrive 40.
La BMW iX xDrive 40. DR

Il a contribué au rapprochement avec le constructeur français, qui a pris 20 % du capital et sera le premier client servi. Parmi les soutiens ou partenaires de la pépite tricolore, on compte des acteurs attendus, tels InnoEnergy, le bras financier de -l’Europe pour lancer des champions de l’énergie, Schneider Electric ou encore Plastic Omnium. Mais aussi des noms plus surprenants, comme le fonds de la famille Wallenberg, la plus riche de Suède, qui croit en Verkor quand bien même son pays compte le pionnier européen de ce secteur naissant, Northvolt, qui inspire les Français du Vercors. Il n’y a pas de mauvais modèle quand tout est à faire. 

Peugeot e-208.
Peugeot e-208. DR

Des concurrents en France aussi

Deux projets d’envergure vont prochainement aboutir, en plus de celui de Verkor, tous deux dans la région des Hauts‑de‑France, qui se voit comme une future « Battery Valley ». Le premier est le fruit de la coentreprise créée par Stellantis avec Total Energies (par le biais de sa filiale Saft) et Mercedes : Automotive Cells Company (ACC), qui devrait démarrer la production de batteries fin 2023 à Douvrin (Pas‑de‑Calais), aura la capacité d’équiper environ 500 000 voitures électriques par an. Le sino‑japonais Envision‑AESC construit, lui, une usine prévue pour être opérationnelle fin 2024 près du site d’assemblage de Renault à Douai (Nord). Le taïwanais ProLogium, spécialiste des batteries d’avenir dites « solides », au temps de recharge réduit, envisage aussi une implantation en France. Décision au printemps 2023. 

Le Renault Megane E-Tech.
Le Renault Megane E-Tech. DR

3 questions à Philippe Chain - Cofondateur de Verkor.

La start-up Verkor née en 2020 grossit vite : un site pilote a ouvert à Grenoble et la giga‑usine de Dunkerque va entrer en chantier - The Good Life

 

 

 

 

Qu’est‑ce qui a motivé la création de Verkor ?

Tous les fondateurs se sont retrouvés sur une mission : participer à la décarbonation de la mobilité. Nous avons rassemblé nos compétences et nos expériences en 2020
sur un constat : il n’y a pas d’industrie de la batterie en Europe, il faut se lancer à grande échelle. Le maillon de Verkor, c’est la fabrication de cellules. Avec une empreinte carbone beaucoup plus réduite, notamment en utilisant une énergie primaire la plus faible possible en carbone. Par exemple, sur le site de Dunkerque, nous allons récupérer la chaleur des industries voisines sous forme de vapeur pour l’utiliser dans nos fours de séchage. Cela pourrait représenter près de la moitié des besoins en énergie de notre gigafactory. 

L’Europe peut‑elle rattraper son retard sur la Chine en matière de batteries ?

Oui, à l’horizon 2030. La somme de tous les projets actuels en Europe dépasse, de peu, les estimations de la demande, même si des projets ne verront pas le jour ou n’atteindront pas les capacités annoncées. Surtout, nous pouvons fabriquer à des coûts compétitifs, parce que les coûts salariaux ont un impact faible dans la fabrication d’une batterie, un processus très automatisé ; ils représentent de 5 à 8 % seulement. 

Verkor a ouvert un premier site à Grenoble. Qu’y faites‑vous ?

Notre premier client attend ses batteries en grandes séries mi-2025. L’usine de Dunkerque commencera à tourner fin 2024, mais on produira des cellules sur notre site pilote de Grenoble dès 2023. Nous y faisons d’abord du développement : construire et tester des prototypes. Sur la ligne pilote, nous mettons au point cette efficience industrielle que nous recherchons. Les cellules qui en sortiront serviront de préséries et également à démontrer notre savoir‑faire auprès de clients potentiels. Grenoble
sera notre centre de formation : la question des talents est un sujet majeur dans l’industrie des batteries pour assurer la montée en compétences. Peut‑être plus que les financements dans une nouvelle industrie qui apporte de la technologie, de la souveraineté, de la richesse et des emplois.


Plus d’information sur la start-up Verkor

> Verkor.com