Semaine de l’art contemporain à Paris :
Christie’s prend le pouls du marché

En pleine semaine de l’art contemporain à coups de foire Paris+ et de programmation off inspirée et dense, Paris brille plus que jamais en capitale des arts… et du marché. La maison de ventes aux enchères Christie’s consacre justement ces jours-ci deux belles ventes à l’art du XXe et du XXIe siècle. The Good Life en a profité pour poser quelques questions à Paul Nyzam, directeur du département Art Contemporain parisien.

Les collections s’enchaînent dans les grandes maisons de ventes aux enchères parisiennes, depuis le mois de septembre. Rivalisant de spectaculaire, Christie’s, Sotheby’s ou encore Artcurial témoignent de la santé éclatante du marché de l’art parisien. En pleine semaine de l’art, ces jours-ci, c’est le département Art contemporain de Christie’s qui consacre deux ventes prestigieuses à quelques chefs-d’œuvre triés sur le volet. Comme une réponse à ceux présentés à la foire Paris+, sise au Grand Palais éphémère jusqu’au 23 octobre.


The Good Life. Quelles sont vos attentes, en cette semaine de l’art contemporain ? Paris serait-elle à nouveau une place forte du marché ?

Paul Nyzam. Le virus Covid et le Brexit ont en effet, en partie rebattu les cartes du marché international. Disons-le : c’était la chance de la place parisienne ! La libre circulation des œuvres dans l’espace européen, le contexte très favorable d’échange de marchandises, le taux de change dollar-euro, tout cela promet de beaux résultats. On ressent notamment la présence massive des collectionneurs américains, qui ont la sensation que le marché est plus que jamais abordable par rapport à chez eux.

LUCIO FONTANA (1899-1968), Concetto spaziale, [Teatrino], 1966, peinture à l’eau sur toile et bois laqué, 62 x 76 cm, 300 000-400 000 €.
LUCIO FONTANA (1899-1968), Concetto spaziale, [Teatrino], 1966, peinture à l’eau sur toile et bois laqué, 62 x 76 cm, 300 000-400 000 €. © Christie’s Images Limited 2022

TGL. Les ventes orchestrées aujourd’hui et demain chez Christie’s ont une spécificité : pour la première fois, une sélection italienne y est intégrée…

P.N. En effet ! Une sélection d’œuvres des plus grands artistes italiens du XXe siècle : Alighiero Boetti (notre image d’ouverture, ndlr), Salvatore Scarpitta, Lucio Fontana bien sûr (dont le Concetto Spaziale de 1960 estimé 300 000 – 400 000 €, ndlr) Enrico Castellani… Traditionnellement, les ventes d’art italien se tenaient chez Christie’s à Londres, depuis une grosse quinzaine d’années. Le besoin de réinventer le concept, de réfléchir à un nouveau format s’est fait ressentir depuis. La nouveauté, notamment, est cette sélection très peu quantitative (une cinquante d’œuvres seulement sont proposées aux enchères ndlr) mais extrêmement qualitative. Le contexte d’effervescence très forte de la place parisienne, s’est imposé. Encore une fois, la libre circulation européenne nous a également favorisés : il est plus intéressant d’acheter à Paris qu’à Londres, désormais.

YVES KLEIN (1928-1962), Nu d’Iris Clert sortant de l’onde, (IKB 120), 1957, pigment pur et résine synthétique sur toile montée sur panneau, 73.5 x 36.5 cm, 1 000 000-1 500 000 €
YVES KLEIN (1928-1962), Nu d’Iris Clert sortant de l’onde, (IKB 120), 1957, pigment pur et résine synthétique sur toile montée sur panneau, 73.5 x 36.5 cm, 1 000 000-1 500 000 € 130 x 230 cm

TGL. Pouvez-vous nous parler de cette sélection d’œuvres très resserrée, justement ?
Une cinquantaine seulement, pour une estimation globale comprise entre 43 et 61M € ?

P.N. Il y a en effet un vrai commissariat pour cette vente, mis en lumière par le peu d’œuvres présentes au catalogue. La collection Wolfgang Hahn, la collection Matisse sont des provenances exceptionnelles avec seulement quelques pièces proposées aux collectionneurs. Il y a la plus grande sculpture de Jean Fautrier jamais réalisée (Femme debout, estimée 100 000 – 150 000 €, de la collection Hanh). Il y a une pièce d’Yves Klein extraordinaire dans un état irréprochable, l’une des rares à porter un titre (Portrait d’Iris Clert, estimée 1-1,5 M €) représentant la légendaire Iris Clert en 1957, l’année de la rencontre entre l’artiste et sa galeriste.

JOAN MITCHELL (1925-1992), Sans titre, 1992, huile sur toile, 280 x 200.4 cm, 4 000 000-6 000 000 €
JOAN MITCHELL (1925-1992), Sans titre, 1992, huile sur toile, 280 x 200.4 cm, 4 000 000-6 000 000 € © Christie’s Images Limited 2022

A ne pas manquer non plus, les œuvres de la collection de la famille Matisse, dont un tableau de la série mythique des années 50 de Jean Dubuffet, La fille au peigne (estimé 1,2-1,8 M €) ou encore une toile spectaculaire de Joan Mitchell conservée depuis trente ans dans la même collection privée (estimée 4-6 M€).

Orchestrées depuis 2016, les ventes Paris Avant-Garde ont été renommées cette année. Avant-garde(s) donne le ton : plus besoin de spécifier le lieu, le marché de l’art contemporain -et à plus large échelle, le marché de l’art ancien et du design, constate-t-on-, ne se fera pas sans la France.


20/21 AVANT-GARDE(S) INCLUDING  THINKING ITALIAN, ART MODERNE
Christie’s Paris
20 & 21 octobre 2022 – 17h & 14h