Antoine Duhamel Photography

Archi : le CHU, un hôpital "agile" à Tanger

À Tanger, Architecturestudio s’est associé à l’atelier d’architecture El Ouali & Hajji et Associés pour mener un projet d’envergure, le CHU. Malgré ses 81 000 m2, le nouveau centre hospitalier universitaire parie sur la dimension humaine et sur les inspirations locales pour humaniser ce vaisseau consacré à la santé. Les architectes ont imaginé un bâtiment « agile » et évolutif, capable de répondre à l’imprévu, qualité devenue indispensable depuis la pandémie.

Être agile et réactif à l’imprévu, c’est l’idée sous-tendue par le projet du CHU de Tanger, mené par Architecturestudio et l’atelier d’architecture EL Ouali & Hajji et Associés. Les deux agences ont uni leurs talents pour réaliser ce chantier d’envergure. Conçu pour le ministère de la Santé marocain, celui-ci s’inscrit dans un projet plus global de campus hospitalo–universitaire, qui comprend également la nouvelle faculté de médecine ainsi qu’un centre d’oncologie. Les différentes entités s’adossent à la colline qui borde le terrain situé au sud-ouest du centre-ville, à côté de l’aéroport. Il offre aux patients et au personnel de santé de meilleures conditions d’accueil, ainsi qu’un cadre de travail privilégié pour les universitaires. Les contraintes liées au site imposent un bâtiment compact, qui présente l’avantage de garantir les proximités et les liaisons nécessaires au fonctionnement du CHU. 

Le CHU de Tanger mise sur la modularité et l’évolutivité.
Le CHU de Tanger mise sur la modularité et l’évolutivité. Antoine Duhamel Photography

À Tanger, un hôpital « agile » qui faut face à l’imprévu

Les impératifs de distanciation physique, mais aussi la nécessité de faire fonctionner dans le même temps l’urgence d’une pandémie et les soins quotidiens, invitent à repenser en profondeur les hôpitaux qui ont longtemps été traités comme des mastodontes impossibles à subdiviser. à l’inverse, le CHU de Tanger fonctionne selon une stratification verticale. Le dispositif permet d’éviter tout effet de volumétrie massive, avec la fragmentation de ces 81 000 m2 mais aussi un fonctionnement à plusieurs vitesses. L’hôpital s’organise en trois corps de bâtiments posés sur un socle unitaire formant un sous-bassement minéral. Ce dernier regroupe l’ensemble des activités logistiques et d’accueil ainsi qu’un pavillon consacré aux urgences. Le premier niveau accueille le bloc opératoire et un plateau technique. Le deuxième niveau abrite le laboratoire et les espaces administratifs du CHU, et les derniers niveaux regroupent les trois pôles d’hospitalisation générale : médecine, chirurgie et mère-enfant. Les trois pavillons d’unités de soins et de bureaux, indépendants les uns des autres, s’élèvent en une superstructure.

Le CHU, hôpital « agile » de Tanger.
Le CHU, hôpital « agile » de Tanger. Antoine Duhamel Photography

Ainsi, en cas de crise, différentes temporalités peuvent être ménagées au sein de cet hôpital qui mise sur la modularité. Mais il anticipe également l’avenir. Il est conçu de manière à pouvoir s’étendre aisément à l’échelle de la ville, en prolongeant la rue centrale qui relie ces différents bâtiments. D’un point de vue constructif, ces modularité et évolutivité possibles s’expriment par le choix d’une trame structurelle -régulière et efficace (7,5 x 7,5 m). Dans le même esprit, les voiles porteurs aux noyaux durs des circulations verticales sont limités pour rendre aisée toute expansion possible.

Le CHU de Tanger en chiffres

• Surface : 81 000 m2.
• Coût : 107 millions d’euros.
• Capacité : 771 lits.
• Notification : juillet 2015.
• Conception : août 2015 – décembre 2015.
• Chantier : août 2016 – juin 2021.
Nombre de lits : 771 lits.

Le CHU, hôpital « agile » de Tanger.
Le CHU, hôpital « agile » de Tanger. L'hôpital "agile" de Tanger

Construire au Maroc

Faire écho à l’architecture vernaculaire marocaine fut le moteur de la conception de ce projet. Sans jamais verser dans le pastiche, le point de départ du CHU de Tanger fut guidé par le bon sens et la prise en compte de l’essentiel : le site et le climat. Parmi les principes aussi simples qu’ancestraux, l’utilisation de l’ombre. Pièce maîtresse du projet, une ombrière monumentale couvre les espaces situés en partie basse. Ouvert sur la ville, ce grand auvent prolonge le moucharabieh qui couvre le hall principal accueillant les visiteurs. Le parvis d’entrée met en scène l’accueil des patients et articule les différentes entités du site. Le socle est traité comme une grande canopée qui rassemble les espaces extérieurs et intérieurs pour offrir des lieux de convivialité à l’ensemble des usagers de l’hôpital. Au-dessus de cette canopée, les façades des chambres sont protégées par une préfaçade en panneaux de fibre-ciment blanc dessinée à la manière d’un moucharabieh qui filtre le rayonnement solaire et empêche la surchauffe dans les chambres. Ces éléments perforés forment de grands claustras et dessinent l’image du nouveau CHU de Tanger, un pied dans l’histoire, l’autre dans le futur.

L’hôpital « agile » de Tanger.
L’hôpital « agile » de Tanger.

René-Henri Arnaud, Architecte responsable du projet chez Architecturestudio.

Quelle était l’expérience d’Architecturestudio au Maroc avant de travailler sur le CHU de Tanger ? Architecturestudio a une relation ancienne avec le Maroc. Depuis une vingtaine d’années, nous avons réalisé de nombreuses études, principalement sous la forme de concours : un grand projet urbain du tracé de l’avenue du Roi, à Casablanca, une étude sur les stades pour recevoir la Coupe du monde de football qui n’a jamais été organisée au Maroc, un concours pour le campus universitaire de Fez et, enfin, l’étude de l’hôpital Cheikh Khalifa à Casablanca. La réalisation du CHU de Tanger est le fruit d’un long travail au Maroc.

Quel était l’enjeu majeur de ce projet ? Celui que l’on rencontre lorsqu’il s’agit de développer un projet d’hôpital de grande dimension, à savoir comment penser l’hôpital dans la cité. L’hôpital est un bâtiment central pour une ville, à ce titre, il ne doit pas être pensé uniquement comme un bâtiment technique où sont prodigués des soins, mais il doit être dessiné comme un lieu propice à l’urbanité, un lieu où la vie sociale n’est pas exclue. L’enjeu du CHU de Tanger se trouvait à la croisée de ces préoccupations.

Vous avez travaillé avec l’agence Hajji & Elouali. Comment s’est passée votre collaboration ? Notre collaboration s’est établie sur le principe de l’égalité : égalité dans la décision des grands choix de conception, égalité dans le partage des honoraires, égalité dans le suivi du développement du projet. D’un commun accord, nous avons développé toutes les phases conceptuelles à Paris, alors que les phases opérationnelles se sont faites à Rabat. Cette façon de travailler nous a permis d’éviter de penser le projet de manière coupée de la réalité marocaine, en particulier en ce qui concerne le contexte de la santé que nos associés marocains maîtrisaient parfaitement puisqu’ils avaient déjà construit plusieurs hôpitaux.

Comment le projet a-t-il été accueilli par la ville de Tanger ? La livraison d’un hôpital de la taille du CHU de Tanger est toujours un événement important pour une ville, où qu’elle soit. Ici, le projet se détache de l’image attendue pour un hôpital, il porte un supplément d’âme dans lequel les habitants de Tanger se reconnaissent et dont ils retirent une grande fierté.

 

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