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Chaussures :
John Lobb, un savoir‑faire de légende

Dans leur boîte couleur bordeaux entourée d’un bolduc noir, les souliers John Lobb révèlent une âme particulière : cousu au petit point artisanal, cuirs sublimes, patine à nulle autre pareille. Comment se renouveler sans ternir une légende plus que centenaire ?

Là réside le secret ! Né dans une famille pauvre des Cornouailles, en 1828, John Lobb a construit sa légende en créant sa propre paire de souliers pour rejoindre Londres où il va se former au métier de bottier. Puis, en Australie, il invente un soulier au talon pivotant où cacher les pépites des chercheurs d’or.

Revenu au pays, il inaugure sa première boutique à Londres, en 1889, affichant le Royal Warrant du prince de Galles, qui s’y chausse depuis. Viendront ensuite un atelier à Paris, en 1902, puis une boutique dans le faubourg Saint-Honoré, en 1920, rachetée par Hermès en 1976 (l’atelier bottier a été déplacé rue de Mogador il y a dix ans).

5 questions à Philippe Gonzalez, directeur général de John Lobb :

Combien avez-vous d’ateliers aujourd’hui ?
Philippe Gonzalez :
Nous en possédons deux – la grande mesure, à Paris, avec 15 artisans, et le prêt-à-chausser cousu Goodyear en Angleterre, à Northampton, avec 75 artisans. Nous y développons depuis peu le cousu norvégien et nous comptons agrandir le site en cohérence avec notre futur développement.

Philippe Gonzalez, directeur général de John Lobb.
Philippe Gonzalez, directeur général de John Lobb. ben-benoliel

Comment travaille-t-on la « grande mesure » à Paris ?
C’est un savoir-faire exigeant, puisque le soulier y est réalisé de A à Z à la demande d’un client, depuis la prise de mesure à domicile, jusqu’à la fabrication de la forme dans du bois de charme (il s’agit de la reproduction du pied du client), la coupe, le piquage, le montage ou le bichonnage. Même la fabrication des embauchoirs en charme aux dimensions exactes de la chaussure. Nous faisons partie du groupe Hermès et avons accès à ses tanneries, en plus de partenariats anciens en Grande-Bretagne. Nos cuirs sont crémeux, huilés, gras, teints dans la masse avec nos couleurs exclusives. Naturels, ils se patinent merveilleusement, gage de durabilité – jamais d’enduction qui couvre les défauts des peausseries. Cette éthique impose d’adapter la coupe pour éviter les veines, marques habituelles du cuir.

Est-ce que nouveautés et John Lobb peuvent rimer ?
Nous sommes attentifs à l’air du temps. Nos colorations sont très travaillées, parfois surprenantes, comme sur notre Museum Calf, un veau avec des marbrures et des nuances de brun, marine, bordeaux, rouge ou vert audacieux. L’été, nous proposons des mélanges de blanc et bleu Klein assez fantaisie et une ligne de boots résolument outdoor avec leur cousu norvégien.

Qu’est-ce que le service « by request » ?
Un service de la personnalisation sur le prêt-à-chausser (changer une boucle, un bout fleuri, une couleur, des lacets, etc.) ! On peut s’y amuser en ligne sur les modèles City et Lopez. Ce qui nous singularise, c’est la régularité de notre chaussant : si vous connaissez parfaitement votre pointure, une commande en ligne ne pose aucun problème (nos souliers existent en demi-pointures et trois largeurs : D étroite, E standard, EE très large).

www.johnlobb.com
www.johnlobb.com julien-t-hamon

Combien avez-vous de boutiques aujourd’hui ?
Nous possédons 21 magasins entre le Japon, la Chine, les États-Unis et l’Union européenne, dont trois à Paris – celui de la rue François Ier a été rénové et ce nouveau concept sera déployé dans nos boutiques. Nous prévoyons l’agrandissement et la rénovation de notre adresse à Shanghai, en 2022. De plus, nous inaugurons celle de Rodeo Drive, à Los Angeles, pour le prêt-à-chausser, avec un étage réservé au sur-mesure et un espace de services d’entretien des souliers. Bientôt, nous serons à Dubaï, et d’autres projets sont en cours aux États-Unis et en Europe.