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Art contemporain :
Les 5 expos du printemps 2022, de Paris à Philadelphie

Un voyage imaginaire à travers la métamorphose des corps, un dialogue entre sculpture et lumière, un éloge de la couleur ou une rétrospective sur la condition humaine dans les mines d’Afrique du Sud… L’art interroge toutes nos compréhensions.

Ce printemps, un voyage imaginaire en 5 expos d’art contemporain.

5 expos d’art contemporain – Printemps 2022 :

La meravigliosa Biennale est de retour !, Venise. La 59e Biennale de Venise, initialement prévue en 2021, met les bouchées doubles, puisque, pour la première fois, elle durera plus de sept mois. Aux manettes, un, ou plutôt une nouvelle commissaire artistique : Cecilia Alemani. Première femme italienne à ce poste, elle fait d’emblée bouger les lignes. Les 213 artistes invités sont originaires de 58 pays, ce qui en fait l’édition la plus internationale de toute l’histoire de la Biennale. En plus de se départir d’une vision trop eurocentrée, Cecilia Alemani remet en cause l’habituelle domination masculine dans ce genre d’événement, puisque la plupart des artistes présentés dans l’exposition principale sont des femmes et des non-binaires, avec des figures telles que Vera Molnár, Simone Fattal, Claude Cahun, Sonia Delaunay, Florence Henri, Marguerite Humeau, Niki de Saint Phalle, Kapwani Kiwanga… Le pavillon français est à l’unisson de ce mouvement, puisque c’est Zineb Sedira qui représente la France. 59e Biennale de Venise, jusqu’au 27 novembre. labiennale.org

Femme au panier et coq rouge, 1947, Baya Mahieddine.
Femme au panier et coq rouge, 1947, Baya Mahieddine. collection-adrien-maeght-saint-paul-galerie-maeght-paris

Duo en apesanteur, Luxembourg. Toute sa vie, Isamu Noguchi (1904-1988) a joué avec la lumière, créant des lampes en papier washi directement inspirées de la tradition des lanternes de Gifu. C’est aussi avec la lumière que l’artiste Danh Vo entre en dialogue avec l’univers épuré d’Isamu Noguchi, proposant, sous la verrière du musée d’Art moderne, une installation minérale et, surtout, végétale, réalisée en collaboration avec un jardinier luxembourgeois. Les lampes en papier d’Isamu Noguchi semblent flotter au‑dessus des fragments de marbre trouvés par Danh Vo en Italie, ainsi que des souches d’arbre et des paniers contenant des feuillages et des fleurs collectés dans un parc aux alentours du musée. Ce dialogue entre sculptures de lumière et nature, formes abstraites et poussées organiques est d’autant plus étonnant qu’il évoluera au fil des saisons et de la croissance des plantes. Isamu Noguchi / Danh Vo. A Cloud and Flowers, jusqu’au 19 septembre. mudam.com

Éloge de la couleur, Paris. Peu de gens connaissent l’œuvre abstraite et radieuse de Giorgio Griffa, figure majeure de la scène artistique italienne. Après la rétrospective que lui a consacrée le musée d’Art moderne de Lille, l’an passé, le Centre Pompidou propose un aperçu de l’œuvre plus modeste, mais tout aussi époustouflant, à travers un ensemble de 18 toiles données au musée par l’artiste. Les peintures de Giorgio Griffa se reconnaissent à leurs couleurs franches et lumineuses, à la simplicité des signes qu’il utilise – lignes, courbes, spirales… Les zones non peintes de la toile, de lin ou de coton, constituent non pas une lacune, mais l’une des composantes essentielles de ses œuvres. Épurés sans être austères, portés par l’allégresse des couleurs et l’économie du trait, ses tableaux sont empreints d’une grande sérénité. Giorgio Griffa, Centre Pompidou, jusqu’au 27 juin. centrepompidou.fr

Humaniser l’abstraction, Philadelphie. Avant de se lancer dans l’art, Sean Scully a été facteur de Noël, plâtrier, empileur de boîtes en carton dans une usine et, surtout, nettoyeur de briques sur un chantier. Peut‑être est-ce pour cette raison que ses toiles sont souvent constituées d’agencements de formes rectangulaires ressemblant à des briques, et qu’il les appelle « murs de lumière », parce qu’il y met « de l’air, de la lumière, des nuances, des couleurs de clairs de lune, de l’amour », là où, d’habitude, les murs séparent les gens et les territoires. Cette rétrospective permet de découvrir l’étonnante force émotionnelle qui émane de l’œuvre de l’un des principaux artistes abstraits de notre époque. Sean Scully. The Shape of Ideas, Philadelphia Museum of Art, jusqu’au 31 juillet. philamuseum.org

Green Light, 1972‑1973, Sean Scully, collection privée.
Green Light, 1972‑1973, Sean Scully, collection privée. sean-scully

Art libérateur, Milan. Connu du grand public pour ses longs métrages – Hunger, Shame, Twelve Years a Slave… –, Steve McQueen mène aussi une carrière virtuose de vidéaste expérimental. En témoigne cette rétrospective au Pirelli HangarBicocca. Une fois de plus, la place du corps est prégnante dans son œuvre. Dans Charlotte (2004), il pointe son doigt sur la pupille de Charlotte Rampling, jusqu’à toucher son globe oculaire, oscillant entre agression et désir. Dans Western Deep (2002), il documente le quotidien dantesque des travailleurs dans une mine d’or en Afrique du Sud. En portant un regard radical sur la condition humaine, Steve McQueen prouve qu’il est l’un des grands artistes de notre temps. Steve McQueen, Sunshine State, Pirelli HangarBicocca, jusqu’au 31 juillet. pirellihangarbicocca.org