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The Good Escape

Lech
Escale chic au cœur du plus grand domaine skiable d’Autriche

Il y a cent dix ans, quelques pionniers intrépides dévalaient les pentes du Vorarlberg sur des planches de bois. Depuis, cette petite province de l’Ouest autrichien a lancé les meilleures écoles de ski alpin, fabriqué des champions, inventé les remontées mécaniques et les sièges chauffants. L’une de ses plus anciennes stations, Lech, rafle la médaille du chic. Eldorado du freeriding au cœur du plus grand domaine skiable connecté d’Autriche, le sage village a su anticiper la modernité sans se gâcher.

Le réveil fut si doux sous votre couette nuageuse, dans la chaleur tendre d’un énorme poêle de faïence vintage. Vous avez ouvert la fenêtre. La neige tombée durant la nuit recouvrait le paysage comme une couverture. Vos poumons se sont dépliés pour goûter un air tellement léger qu’il semblait s’être absenté. À Lech, l’été sent le foin, avec un vague fumet de bouse de vache, mais l’hiver, la montagne est vierge d’odeur. La neige, ça ne sent rien. Hormis la pureté.

Il faut dire que, lorsque vous arrivez ici, vous abandonnez votre auto une bonne fois pour toutes, toujours à portée de ski d’une remontée, et que le village se chauffe à la biomasse. Zéro émission carbone. Il ne reste que le parfum du bois, des bougies de luxe et de la cuisine fine pour envelopper vos vacances : le nouveau paysage olfactif de la montagne moderne.

Pour monter dans ce coin haut perché de l’ouest de l’Arlberg, la route serpente, croise des petits châteaux aux tourelles baroques, des panneaux symbolisant des téléphériques et des marcheurs en culotte de peau. Sur la fin, ça se met à grimper sec, dernier coup de reins pour atteindre Lech, l’une des stations les plus hautes des Alpes autrichiennes.

Lech escale chic au cœur du plus grand domaine skiable Autriche - the good life

Un mouchoir de poche, mais un concentré de ce qui se fait de mieux en matière de sports d’hiver. Ici, on skie avant de savoir parler. Les octogénaires sont alertes, les enfants sont nés avec des spatules aux pieds. Ils ont des cheveux taillés dans le blé et les joues tannées de ceux qui passent leur vie au grand air.

Ados, les filles ont les jambes de Lindsey Vonn et les garçons, les épaules de Jean-Claude Killy. Ils vous disent poliment bonjour lorsqu’ils vous croisent. Un monde à la Hansel et Gretel. Certains mettraient des millions sur la table pour poser dans ce paysage de contes leur résidence secondaire. C’est niet.

Less is more

Dès les années 60, Lech a mis en place une politique stricte de protectionnisme. Histoire de garder ses natifs et de rester un vrai village, vivant toute l’année. La station comptait 5 000 lits il y a trente ans, il n’y en a pas un de plus aujourd’hui. Aucune Charlotte Perriand, aucun geste d’architecte n’est venu se glisser entre les gros chalets joufflus, quasiment jumeaux, façade blanche, toit pentu, balcons de bois noir et sempiternels géraniums.

Mais poussez leurs portes et vous comprendrez pourquoi les chiffres enregistrent une densité hors norme de rich and famous. Suites voluptueuses, vues imprenables, spas haut de gamme, chefs réputés. Rien d’ostentatoire, mais du solide. Le genre de destination dont on se passe l’adresse sous le manteau.

Lech, c’est un peu Knokke- le-Zoute ou l’île de Sylt, sans la mer mais avec les mêmes Aston Martin et autres Wiesmann confiées aux voituriers, la même élégance décontractée et les mêmes boutiques qui vous feront casser votre tirelire si vous n’avez pas eu le temps de passer chez Décathlon avant de partir. Vous n’êtes ni à Gstaad, ni à Courch, pourtant. Ici, le luxe ne peut être que discret. La plupart des hôtels sont gérés par les mêmes familles depuis des générations, et aucune ne dévoilera les noms des hôtes qui s’accaparent pour Noël les plus belles suites et les chalets privatifs.

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Vous risquez seulement dans une télécabine de cogner vos skis à ceux d’un patron du CAC 40, de la famille régnante des Pays-Bas au grand complet, de Caroline de Monaco en combinaison Chanel ou d’un voisin qui aura un air de famille avec la royauté britannique. Prière de rester imperturbable.

Les pionniers de Lech

La tradition pour les aristocrates et la grande bourgeoisie de considérer le ski à Lech comme un événement mondain ne date pas d’hier. C’est sur ses pentes que le premier cours de ski fut donné en 1906. Les sportifs glissaient alors vaillamment sur des planches de bois démesurées, en costume de loden et chaussures à lacet. Essayez et vous verrez.

Tout le monde ici connaît le nom de Hannes Schneider, qui, dès 1920, s’ingénia à adapter les méthodes scandinaves au relief alpin. En modernisant, par exemple, ces drôles d’engins permettant de glisser sur la neige sur des skis plus courts (1,8 m quand même), et en remplaçant les fixations d’osier par du métal. Il a fondé la première école de ski et inventé la fameuse « technique Arlberg » et le stem, bien plus adaptés aux pentes alpines que le virage télémark des Norvégiens.

Son ami Martin Strolz s’intéressa aux chaussures. Ses descendants continuent d’équiper l’équipe nationale d’Autriche, même si leurs petits bijoux ne sont plus en cuir. Sepp Bildstein reste, quant à lui, dans les mémoires pour avoir réalisé son rêve en 1939 avec son remonte-pente. L’esprit pionnier n’a jamais lâché le village, premier à lancer les télésièges chauffés, à s’équiper d’un garage réservé aux voitures électriques et à remplacer le fuel par les copeaux de bois pour chauffer la totalité du village.

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Et Dieu sait qu’il fait douillet dans les hôtels. Au petit déjeuner, vos voisins de buffet vous disent aimablement bonjour, les femmes de chambre vous chouchoutent comme de vraies nounous, le service discret porte la signature des meilleures maisons. Même les ski-rooms ont perdu leur bonne odeur de cuir tanné et de chaussettes mouillées. Dès le retour des sportifs, skis aux pieds, leur équipement est pris en charge. Chaussures lavées, combis séchées, pour tout retrouver bien tiède dans une armoire chauffée le lendemain matin. Le luxe est dans les détails.

Il ne reste plus qu’à s’offrir un bon thé dans un salon qui sent le cuir première fleur et la bougie Trudon, et à se préparer pour le soir en regardant tomber la neige par les fenêtres d’un spa brûlant avec masseur étoilé. Le repos du guerrier.

Au dîner, ne vous attendez pas à la tartiflette et aux crêpes au chocolat : 19 des restaurants sont classés gastronomiques, et les jeunes chefs cèdent aux sirènes locavores et crudivores. Fruits et légumes frais poussent dans la vallée du Vorarlberg. Certains cuisiniers récoltent eux-mêmes fruits sauvages, baies, champignons et herbes dans la forêt. La viande et les fromages d’alpage proviennent de petites fermes des environs, dûment citées dans les menus. Les poissons sortent du lac de Constance et les chasseurs s’occupent du gibier. Avec des hôtes avertis, il est bon d’être gastronomiquement correct.

Deux lames de bonheur

Ces plaisirs viennent en récompense de longues journées sur les pistes. Neuf mètres de neige fraîche : c’est ce qui tombe chaque hiver sur la région. Les snowboarders en perdent la tête. Grâce à la connexion avec les domaines voisins, les freeriders se vautrent dans le domaine skiable le plus enneigé d’Europe, 200 kilomètres de neige naturelle profonde pour slalomer en freeride au-dessus de la cime des arbres, des pistes vierges à perte de vue, sans compter les balades en héliski et les safaris en compagnie de guides pour enchaîner les descentes à travers la meilleure poudreuse d’Arlberg.

Le kiff ultime. Pas moins de 97 téléphériques et remontées mécaniques sont en activité, en liaison avec le domaine de Warth-Schröcken, et toutes les remontées de Lech sont à quelques mètres de votre hôtel. Ici, pour dire télécabine, on dit gondola. Parce que ça se balance doucement ?

Si vous vous sentez en jambes, testez donc le Weiße Ring : un tracé de 22 kilomètres de pistes nonstop, créé par le fameux Sepp Bildstein. L’« anneau blanc » a longtemps été la plus longue course au monde. Amateurs bienvenus !

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Ce qu’on appelle un panorama

Au cas où vous auriez oublié votre doudoune Moncler, filez chez Olivia Strolz, héritière de troisième génération de la boutique la plus fastueuse du village qui dispense, sur plusieurs étages feutrés, le top de la mode des sommets.

De la petite canadienne toute simple doublée de vison aux après-skis en shearling Louboutin. Prière de ne pas porter le modèle de l’hiver dernier sur la terrasse du refuge entre deux descentes. À l’origine, les refuges d’alpages étaient des abris pour les bergers. Il reste 10 « cabanes » à Lech, qui ont légèrement changé de physionomie, passées entre les mains des meilleurs architectes et décorateurs.

Lignes claires, verre et bois local, pour offrir de nouvelles petites bulles chic où écluser un verre de sekt (vin mousseux) après l’effort. Christian Wolf a ainsi confié Der Wolf (« le loup »), à l’architecte multiprimé Bernardo Bader. De même, le restaurant Balmalp, mené depuis seize ans par Rudi Walch, possède un emplacement imbattable par beau temps et une vue aussi époustouflante que le vent glacial qui souffle des sommets.

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L’ancien téléphérique du Trittkopf s’est transformé, quant à lui, en une adresse hors du commun à 2 423 mètres, avec poulies rouges et installations techniques entre les tables. Donnez donc rendez-vous pour un cocktail au bar semi- circulaire du Schlegelkopf, et regardez les nuages et le brouillard changer dans les vallées, se former et disparaître, vous aurez simplement l’impression de flotter au-dessus de la réalité, et pas seulement à cause de l’alcool.

Cette neige, cette vue, cette sensation de – comment dit-on déjà ? –… de grâce. Ce plaisir de se laisser tomber dans un pouf en fourrure dont vous savez qu’après trois heures sur les pistes vous ne pourrez en sortir qu’avec une aide extérieure, c’est ça la montagne. Et ça dure à Lech depuis cent dix ans…


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