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Expérience :
Une nuit magique à l’observatoire du pic du Midi

Perché façon nid d’aigle à près de 3 000 mètres d’altitude, l’observatoire du pic du Midi, dans les Hautes-Pyrénées, accueille des scientifiques surqualifiés experts en champs magnétiques stellaires, mais également des astronomes d’un soir qui, le temps d’une nuit, peuvent admirer la voûte céleste à travers les télescopes et visiter les entrailles, les coupoles et les terrasses de ce bunker des cimes. Récit d’une nuit dans un hôtel cosmique.

Quand on grandit dans la plaine de Tarbes, ville moyenne sise à 50 kilomètres en aval des Pyrénées, le pic du Midi est un totem. Par sa majesté massive, d’abord, gros mont facetté de 2 877 mètres qui s’avance au premier plan de la chaîne : on dirait le pic en chef de tous les pics. Par l’observatoire qui le coiffe, ensuite : par temps clair, depuis Tarbes, on distingue ses coupoles et son antenne. En tout petit, bien sûr. On pourrait croire qu’elles tiennent dans le creux de la main ; c’est du moins ce que moi, enfant, je croyais, toute notion d’échelle m’étant alors parfaitement étrangère.

Je n’en éprouvais pas moins, pour ce minitruc perché sur sa montagne, respect et gratitude : on disait que, de là-haut, on pouvait voir les étoiles en grand ; que c’était grâce à son antenne que notre téléviseur fonctionnait – merci, le pic, pour le « Club Dorothée » et Goldorak !

Une ambiance de film d’espionnage

Trente ans plus tard, l’occasion se présente d’aller y voir de plus près. De pénétrer les arcanes de ce « minitruc » et même d’y passer la nuit : si l’endroit reste un haut lieu de l’astronomie, certains logis d’astronomes ont été reconvertis en chambres d’hôtel. Confort basique, mais vue 5 étoiles.

Premier choc, celui des échelles, justement. Pour se hisser jusqu’au pic, il faut emprunter deux téléphériques depuis La Mongie – la station de ski qui occupe ses contreforts –, lesquels vous téléportent par-dessus des ravins profonds de 400 mètres et, une fois sur place, ce qui vous semblait, enfant, de lointaines minicoupoles et mini-antenne se révèlent mastodontes – des coupoles jusqu’à 24 mètres de haut, une antenne de plus de 100 mètres.

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Tout respire la science-fiction là-haut. Il y a du Total Recall dans cet observatoire. Du James Bond aussi, celui de 1969 en particulier, Au service secret de Sa Majesté, dans lequel le héros déjoue je ne sais quelle machination dans une bâtisse montagnarde futuriste – en l’occurrence, la rotonde panoramique du Schilthorn, en Suisse.

Une ambiance « services secrets » flotte d’ailleurs sur le pic, où l’on a construit, dans les années 60, un gros cube baptisé « bâtiment interministériel » : Météo France, aviation civile, armées de l’air et de terre se partagent ces espaces, si bien que tout ici est classé secret défense. Personne ne sait combien de personnes y vivent et y travaillent. Personne n’y accède sans laissez- passer spéciaux.

La nuit de notre visite, quelques fenêtres énigmatiques y brillaient dans le noir sidéral… Les visiteurs du soir, comme nous, se voient remettre un badge n’ouvrant que certaines portes. Et des portes, il y en a, dans cet édifice aux 5 kilomètres de couloirs, si bien qu’on s’est perdu, après le dîner, badgeant ici et là en vain, toutes les portes restant désespérément muettes, n’étaient ces petits clignotants rouges nous signifiant froidement « access denied » – il nous a fallu alors tambouriner.

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Le phénomène rayon vert

Comme en équilibre sur ses éperons rocheux, l’observatoire est un défi à la gravité et à l’architecture. Tout au long des XIXe et XXe siècles, on a érigé ses bâtisses comme on a pu, déjouant la topographie au petit bonheur. Une terrasse panoramique trône au milieu, comme une placette de village. De là, en cette fin de journée d’automne, le spectacle est grandiose. L’air est transparent, le soleil couchant tape aveuglément, des mauves et des parmes irisent le ciel, si bien que les monts alentour, pas encore enneigés, semblent faits de minerai brut. Première dans notre vie : on apercevra le si fugace rayon vert derrière l’un d’eux. On a de la chance, car c’est par un tel temps, clair et sec, que le cosmos s’observe.

Nuit noire sur le pic du Midi : pour réduire la pollution lumineuse, le pic a noué, avec les communes des vallées voisines, des accords visant à diminuer au maximum l’éclairage public. Plus loin dans la plaine, on voit quand même Tarbes qui scintille. Toulouse aussi, à 150 kilomètres au nord-est. Rien cependant qui nous empêche d’aller scruter le système solaire.

Nous voici l’œil rivé à un télescope, tuyau géant juché sur sa monture – oui, on dit monture, comme pour les lunettes – et niché sous sa coupole : il y fait un froid de gueux, car pour éviter toute condensation, la température doit être sensiblement la même qu’à l’extérieur.

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Des étoiles dans les yeux au Pic du midi

Apparition merveilleuse, voilà Saturne, à 1,3 milliard de kilomètres, qui nous montre ses anneaux à travers la lunette. Puis c’est Jupiter, avec ses stries orangées et ses satellites de part et d’autre, qui fait son show. Après ça, des étoiles dans les yeux, on peut aller se coucher. Ne pas s’attendre toutefois, à 3 000 mètres d’altitude, à dormir comme un bébé : l’oxygène vous manque, alors des migraines vous assaillent et vous hachent le sommeil, et la sécheresse de l’air vous déshydrate.

Si bien qu’à 7 heures, quand le jour se lève avec force dégradés d’ocres, on est depuis longtemps debout. Ce matin- là, nous rencontrons une sacrée bête : le télescope Bernard-Lyot (TBL) – nommé d’après un illustre astronome –, qui, avec ses 2 mètres de diamètre et sa monture de 65 tonnes, tient le record du plus grand instrument de France.

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En matière d’observation des champs magnétiques stellaires, le TBL est un cador, grâce à son spectropolarimètre. Les sciences les plus dures, ici, convergent, et pourtant la débrouille et les bouts de ficelle sont aussi légion. On a rafistolé les prises électriques de la monture du TBL avec du gros Scotch. On a placé une webcam de rien du tout et un micro de salle des fêtes pour surveiller les grincements de la bête. On a jeté des poignées de sable par terre à la suite d’une fuite d’huile sur des circuits hydrauliques.

C’est aussi terrible qu’émouvant : terrible, car cela dit, en filigrane, la paupérisation des sciences ; émouvant, car cet observatoire, si petit de loin, si démesuré de près, se révèle, finalement, à hauteur d’homme. Des hommes qui, s’ils ont la tête dans le cosmos, ont aussi les mains dans le cambouis.

Un sauvetage par le tourisme

Il s’en est fallu de peu qu’il ne ferme à jamais. En 1993, restrictions budgétaires et concurrence mondiale obligent, on annonce la fermeture du vieil observatoire pour 1998. Un montage financier savant, où le tourisme a sa pleine part, sauvera in extremis les lieux. Depuis, le succès ne s’est jamais démenti, le site accueillant jusqu’à 140 000 touristes chaque année. Il y a ceux qui le visitent à la journée, les plus nombreux. Et puis ceux, privilégiés, qui y dînent et y dorment, car toutes les nuitées sont réservées jusqu’en 2023. Les astronomes, eux, y passent toujours des nuits studieuses, les yeux rivés sur le cosmos.

Y aller

• La SNCF dessert la gare de Tarbes en TGV direct depuis Paris en 5 h 20 environ. Comptez une heure de route entre Tarbes et La Mongie. Deux téléphériques successifs vous emmènent ensuite au pic du Midi.

• Entrée en journée : 45 € par adulte. 27 € pour les jeunes de 5 à 12 ans. Gratuit en dessous de 5 ans.

• Nuit étoilée : 394 € par personne en chambre individuelle ; 469 € pour 2 personnes en chambre double. Du 1er juillet au 15 septembre : 454 € en chambre individuelle ; 499 € en chambre double.

• Renseignements : Office du tourisme des Hautes-Pyrénées. tourisme-hautes-pyrenees.com


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