Nicolas Krief

Interview : 5 questions à Éric Piolle, maire EELV de Grenoble

Rencontre avec Éric Piolle, maire écologiste de Grenoble depuis 2014.

The Good Life : Dans quelle situation se trouvait la ville lors de votre premier mandat, qui a débuté en 2014 ?
Éric Piolle : Elle avait un peu réduit son histoire, car la ville avait fait le choix de mettre en avant son aspect high-tech, l’image d’une ville d’innovation et de technologie. L’image subie était celle, historique, des problèmes de sécurité. Dans tous les cas, cela manquait d’un projet qui correspondait à l’air du temps. On continuait à suivre un modèle de développement que j’ai appelé la CAGE dans mon premier livre, c’est-à-dire Compétitivité, Attractivité, Gestion et Excellence, le tout dans un discours un peu creux. Dans l’ADN de la ville, avant l’innovation technologique, il y a l’innovation tout court, cette capacité à se brasser et à se côtoyer en venant de milieux différents. Ce n’est pas anodin si la ville a connu plusieurs générations d’ingénieurs‑maires venant d’autres régions. Il y a une capacité d’ouverture certaine.

The Good Life : Quelles ont été, d’après vous, les raisons de votre élection ?
Éric Piolle : Nous avons révélé aux habitants qu’ils étaient eux-mêmes écolos, alors qu’ils étaient entraînés dans un modèle où ils servaient de vitrine à l’extérieur. Ce discours n’était pas vraiment tourné vers les habitants. Nous voulions être en adéquation avec l’air du temps et relever les défis environnementaux, sociaux et démocratiques. Nous avons construit un projet autour de ces piliers qui était fort, engageant, et qui pouvait mettre en mouvement tout le monde.

Éric Piolle, maire EELV de Grenoble depuis 2014.
Éric Piolle, maire EELV de Grenoble depuis 2014. Nicolas Krief

TGL : Que doit être le modèle grenoblois ?
E.P. : L’innovation est toujours au service d’une inspiration. Si cette dernière est celle de la croissance du PIB et du profit, tout ça finit par se stériliser peu à peu. Ce qui est constructif, c’est de créer une tension pour que l’industrie, la recherche et l’université se mélangent et se fédèrent. Il faut que tout le monde ait un cap commun pour se dire que chacun est contributeur de l’histoire et en fait partie. C’est fondamental. Notre utilité sociale, qu’on soit un individu ou une organisation, est structurante dans notre capacité d’agir.

« Nous avons révélé aux habitants qu’ils étaient eux-mêmes écolos », Éric Piolle

TGL : Avez-vous pour ambition de figurer la ville du futur ?
E.P. : Oui, parce qu’on a un temps d’avance. Ce qui est stimulant, lorsqu’on est leader politique d’un territoire, c’est de tirer le meilleur de chacun. C’est plus facile lorsqu’il y a un objectif commun qui crée une motivation. Le projet de capitale verte a été, par exemple, extrêmement productif en ce sens.

TGL : Comment envisagez-vous la suite ?
E.P. : Ce qui est intéressant, c’est la redirection écologique dans un territoire où il y a des gens engagés, mais également de fortes inégalités, comme dans toutes les métropoles. La ville de Grenoble va plutôt bien, mais l’institution est en difficulté financière. Dans ce contexte, comment fait-on de la redirection écologique sans moyen financier ? Changer les choses sans pouvoir mettre de l’huile dans les engrenages a été notre défi depuis 2014. C’est un défi intéressant, car il préfigure ce qu’il y a devant nous. La communauté humaine va devoir prendre des virages de plus en plus serrés. La capacité à changer les modes de vie, les décisions politiques dans un temps court et sans pouvoir mettre de l’huile partout est une problématique éminemment démocratique et essentielle pour la transition écologique. Ça crée des tensions, du conflit, ça demande du courage politique et ça produit aussi des résultats.

L’hôtel de ville de Grenoble.
L’hôtel de ville de Grenoble. Nicolas Krief

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