Peter Gamlen

Focus : 14 choses à savoir sur les NFT qui révolutionnent le marché de l’art

Dans le sillage de la démocratisation des cryptomonnaies, les non fongible tokens (NFT) occupent l’espace médiatique et l’esprit des investisseurs à la recherche de bons coups depuis un an. Comparables à des titres de propriété numérique uniques associés à une œuvre ou à un objet, les NFT révolutionnent déjà le marché de l’art, et attirent la convoitise d’autres domaines, de la mode à la musique.

Un NFT, c’est quoi ? Un NFT est un jeton (token) unique, numérique, attribué à un objet ou à une œuvre d’art. Le NFT fonctionne comme un titre de propriété. On peut l’acheter, le revendre, et on peut savoir à qui il appartient, car il est stocké sur la blockchain. Techniquement, ces jetons non fongibles peuvent contenir tout type de fichiers numériques : un dessin, une photo, un gif, un tweet, une chanson ou un objet dans un jeu vidéo. Par extension, ils peuvent aussi servir de certificats numériques pour des objets physiques, d’un tableau de maître à une paire de baskets de collection, afin d’en assurer la rareté et l’authenticité.

Non fongible, dites-vous ? Derrière ce terme curieux, il y a un concept économique. Fongible fait référence à un bien ou à une valeur échangeable contre une autre de même type. Exemple : un billet de 5 € ou 1 bitcoin sont fongibles. On peut les remplacer par un autre de même valeur. En revanche, avec une œuvre d’art, ça ne marche pas. Elle est unique. Donc elle est non fongible.

14 choses à savoir sur les NFT qui révolutionnent le marché de l’art

Un NFT à 69,3 M $. En 2007, l’artiste américain Mike Winkelmann aka Beeple décidait de créer une image numérique par jour. Treize ans plus tard, il publiait Everydays: The First 5 000 Days, un maxitableau rassemblant les 5 000 premières images. Sans galeriste ni exposition à son actif (mais tout de même suivi par 2 millions de personnes sur Instagram), la vente aux enchères du NFT de son œuvre par Christie’s a explosé tous les records. Mise à prix pour 100 $, elle s’est vendue pour… 69,3 millions ! Il s’agit de la première œuvre d’art purement numérique jamais vendue par une grande maison d’enchères. Elle a propulsé Beeple sur la troisième marche des artistes les plus chers de leur vivant, après David Hockney et Jeff Koons.

Le François Pinault des NFT

Qui dit art dit collectionneur. Dans le domaine des NFT, Vignesh Sundaresan, 32 ans, est sans conteste le plus en vue. Après avoir fait fortune dans les cryptos, ce millionnaire indien a lâché 69,3 M $ pour l’œuvre de Beeple. Sundaresan investit sans compter, par le biais de son fonds Metapurse, et entend ouvrir une galerie virtuelle.

14 choses à savoir sur les NFT qui révolutionnent le marché de l’art

Le tweet le plus cher du monde.  En mars 2021, Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, a vendu le NFT de son premier tweet, posté en mars 2006 (« just setting up my twttr »), pour 2,9 M $. Le profit de la vente a été donné à une ONG de lutte contre la pauvreté en Afrique. Le lien : https://twitter.com/jack/status/20

Sneakers non fongibles. Consciente du marché de collection qui entoure ses produits, Nike a déposé un brevet, intitulé Cryptokicks, qui entend faire la passerelle entre les sneakers et les NFT. L’idée est d’associer certaines paires avec un NFT, de manière à en assurer l’authenticité et permettre le transfert de propriété. Quand on sait que certaines se vendent plus de 10 000 €, ça a du sens.

Méta Banksy. En mars 2021, le NFT d’une vidéo d’un collectif brûlant le tirage d’une gravure de Bansky a été vendu pour 380 000 $. On y verra une certaine forme de métagénie, puisque l’œuvre originale, Morons (White) – détruite, donc, pour les besoins de la vidéo –, avait été achetée 95 000 $ et mettait en scène un commissaire‑priseur en pleine vente aux enchères Christie’s d’un tableau sur lequel est écrit : « I can’t believe you morons actually buy this shit. » (« Je ne peux pas croire que vous achetiez cette merde, bande de crétins. ») Oups !

14 choses à savoir sur les NFT qui révolutionnent le marché de l’art

Pour l’amour de l’art… Après The Weeknd et Snoop Dogg, aux États‑Unis, le rappeur français Booba a vendu son dernier titre, intitulé TN, sous forme de NFT. Seuls les 25 000 fans ayant acquis un token peuvent ainsi visionner le clip du morceau. Une opération rentable pour l’artiste, qui a généré 150 ethers, soit 620 000 €.

Faire ses emplettes

Les ventes aux enchères font les gros titres, mais la plupart des NFT s’échangent en fait sur des plates‑formes proposant des milliers d’œuvres à tout prix. OpenSea, la plus importante, a généré plus de 2,5 Mds $ au 1er semestre 2021. Ici, on peut acheter, revendre, et même créer ses propres NFT. Mais n’y allez pas la fleur au fusil : la concurrence est sévère.

2%. En octobre, la société Artprice faisait état d’une révolution dans son rapport annuel sur le marché de l’art. Portées par la migration en ligne massive des ventes aux enchères depuis la pandémie, les ventes de NFT auraient totalisé un record de 2,7 Mds $ en un an. C’est 2 % du marché global de l’art.

14 choses à savoir sur les NFT qui révolutionnent le marché de l’art

Warhol tokenisé. Toujours dans les bons coups, Christie’s et la Andy Warhol Foundation ont transformé en NFT cinq images numériques produites par l’artiste en 1985 avec le logiciel ProPaint, à l’occasion de la sortie de l’ordinateur Amiga 1000 de la marque Commodore. Et manifestement, le dandy fait toujours recette. Ces images au format Tiff de 4 500 x 6 000 pixels se sont vendues pour 3,4 M $… dont 1,17 million pour une Campbell’s Soup Cans gribouillée à la souris…

211 kg de CO2. C’est l’équivalent d’un trajet Londres – Rome en avion ou de la consommation d’énergie mensuelle d’un foyer européen. Ce serait également l’empreinte carbone d’un NFT. Un impact environnemental loin d’être négligeable, donc…

14 choses à savoir sur les NFT qui révolutionnent le marché de l’art

Rug pull. Lancée sur OpenSea en octobre, Evolved Apes est une collection de 10 000 NFT, chacun à l’effigie d’un personnage simiesque, censés apparaître par la suite dans un jeu. Ayant en tête le précédent CryptoPunks – une collection de 10 000 NFT plutôt simples, peu onéreux à leur lancement, puis revendus à plusieurs millions pour certains –, les acheteurs d’Evolved Apes étaient confiants. De même, dessinateurs et marketeux avaient accepté d’être rémunérés après la vente par Evil Ape, l’anonyme initiateur. Celle-ci a généré 2,7 M $. Mais une semaine après le lancement, Evil Ape s’est volatilisé avec le pactole. Dans l’univers des cryptos, ce procédé a un nom : « rug-pull », soit un tapis qu’on vous arrache sous les pieds. La chute peut faire très mal…

Les anciens boudés. En mai dernier, pour arrondir les fins de mois, la galerie des Offices de Florence vendait une version NFT de la peinture circulaire Tondo Doni de Michel-Ange, chef-d’œuvre de la Renaissance datant de 1505, pour près de 170 000 $. Une somme coquette, toutefois très loin de la vente d’un Beeple. Une différence qui s’explique, selon le spécialiste des ventes aux enchères Artprice, par la préférence des acheteurs d’aller vers des objets numériques en osmose avec l’esthétique et les enjeux contemporains.