Maïté Franchi

The Good Pills : le génépi, emblème fragile de nos montagnes

Non, le génépi n’est pas seulement la liqueur de fin de repas que l’on partage après une journée glaciale sur les cimes enneigées. C’est aussi et même avant tout une plante qui regorge de bienfaits et qui peut nous aider à traverser la période hivernale en bonne santé.

Du genre Artemisia, comme l’absinthe et l’estragon, le génépi est aussi appelé génépi des Alpes, génépi des Savoyards, génépi vrai, génépi femelle, armoise en épis, absinthe suisse…

Le génépi : véritable plante de montagne

C’est une armoise aromatique de haute montagne, qui appartient à la famille des astéracées et qui comporte quatre espèces, dont le laineux, le bleu (ou noir), le génépi des glaciers et celui que certains appellent génépi jaune ou génépi blanc. C’est d’ailleurs cette dernière espèce qui est la plus cultivée, commercialisée et utilisée, à la fois en phytothérapie et pour les liqueurs.

Présent dans les Alpes entre 2000 et 3700 m d’altitude, le génépi se reconnaît à sa tige rampante, velue et cotonneuse, qui mesure entre 5 et 20 cm de haut, et à ses feuilles argentées. Il possède des capitules comptant entre 10 et 20 fleurs jaunes qui se répartissent de juilllet à août sur la moitié de la tige et dont l’aspect et l’arôme signent sa parenté avec l’absinthe. Le début du mois d’août voit habituellement l’apogée de la floraison. Puis le génépi produit des fruits sous forme d’akènes aplatis.

La plante pousse spontanément entre les rochers. Elle est aussi rare et résistante que l’edelweiss, elle croît comme elle et se développe de la même façon dans un milieu glacial et inhospitalier. Il n’est pas rare qu’elle s’épanouisse sur plusieurs couches de neige. Si la cueillette est interdite dans le parc de la Vanoise, elle est soumise à des restrictions dans les autres : une poignée, soit pas plus de 120 brins par jour et par personne ! Sachant qu’ils permettent de préparer 2,5 litres de liqueur, c’est honorable. Attention cependant à bien la cueillir avec des ciseaux, en ne prélevant qu’un brin que deux, et à ne pas la déterrer. 

Artemisia genipi.
Artemisia genipi. DR

Infusion ou digestif ?

On le sait peu, mais le génépi déploie tous ses bienfaits en infusion. Pourtant, c’est à la liqueur que l’on pense immédiatement. Connue depuis le Moyen-Age au moins, grâce à l’élaboration et à la production par les moines de la région, c’est à partir du XIXe siècle qu’elle devient commerciale. Les distilleries des Alpes et surtout savoyardes ont connu dès cette époque un véritable essor avec l’engouement pour le ski et le développement des stations. Célèbre et emblématique des montagnes françaises, le génépi ouvrirait l’appétit. Pourtant, on réserve souvent la liqueur aux fins de repas afin de booster la digestion des viandes grasses et des fromages.

Alors qu’une infusion à base de tiges séchées aurait peut-être le même effet, et même davantage. Sous cette forme, la plante combat l’asthénie et les coups de fatigue qui peuvent être liés à l’altitude, ainsi que le mal des montagnes : nausées, vertiges, maux de tête… Un refroidissement ? Ça tombe bien, elle est fébrifuge, elle aide donc à faire tomber la fièvre en provoquant la sudation. Et considérée comme un tonique naturel pour l’organisme, elle permet de stimuler l’activité de ce dernier et d’agir sur l’appareil digestif et respiratoire. Antitussive et expectorante, elle vient à bout des bronchites et autres affections pulmonaires. Elle peut cicatriser les plaies, et on chuchote même que le génépi aurait des vertus aphrodisiaques…

Le génépi se reconnaît à sa tige rampante, velue et cotonneuse, qui mesure entre 5 et 20 cm de haut, et à ses feuilles argentées.
Le génépi se reconnaît à sa tige rampante, velue et cotonneuse, qui mesure entre 5 et 20 cm de haut, et à ses feuilles argentées. DR

Et tout cela grâce à ses composants : une essence aromatique, un principe amer, de la résine, du tanin et une huile essentielle. Mais pas seulement, et il faut tout de même s’en méfier, car elle peut être potentiellement dangereuse en surdosage. La faute à une molécule qui la constitue, la thuyone, également présente dans l’absinthe et qui présente un risque de convulsions et d’hallucinations. 

Posologie

En infusion : 30 à 40 g par litre d’eau de tiges séchées. 2 à 4 tasses par jour contre le froid et la fatigue. François Nature, 33,60 € les 50 g ou Michel Pierre, 19 € les 50 g.

En liqueur : plus de 130 plantes médicinales et aromatiques dont le génépi. Elixir végétal de La Grande-Chartreuse fabriqué par les Pères Chartreux depuis 1737, 100 ml, 17,15 €.

En cataplames : appliquer sur la plaie deux fois par jour une compresse imbibée d’infusion au génépi.