Château Chasse-Spleen

Un Noël en Médoc : les vins à (re)découvrir

Méconnues, moulis-en-médoc et listrac-médoc sont certes deux appellations petites, mais très qualitatives. Elles offrent aux amateurs des vins qui condensent les qualités des deux rives de la Garonne. Pour les fêtes, The Good Life vous fait (re)découvrir les saveurs des vins du Médoc !

Les embouteillages du matin sur le pont d’Aquitaine, qui enjambe la Garonne au nord de Bordeaux, sont fréquents. Le conducteur a alors deux possibilités : soit l’énervement le gagne ostensiblement, soit il adopte la zen attitude et décide de porter au loin son regard. Avec un peu d’imagination, il peut alors percevoir les beaux terroirs du Médoc. Il se remémore les châteaux prestigieux se situant sur les appellations illustres que sont margaux, saint-julien, pauillac, saint-estèphe…

Pour les découvrir, il devra emprunter la départementale D2, la route des châteaux du Médoc. Sur cette artère étroite, longue de 80 kilomètres entre les vignes, où les dépassements sont difficiles et dangereux, il est impératif, à l’ouest d’Arcins, de donner un petit coup de volant pour découvrir, bien cachées, comme une pierre précieuse à l’abri de ses glorieux aînés cités ci-dessus, deux petites appellations produisant des vins excellents, sur les communes de Moulis-en-­Médoc et de Listrac-Médoc.

Moulis-en-médoc et listrac-médoc : des vins frais et fruité

Bien que celles-ci ne comptent aucun cru dans le classement officiel de 1855, des propriétés comme le magnifique château Clarke (Listrac), l’esthétique château Chasse-Spleen (Moulis) ou encore le château Maucaillou (Moulis), pour ne citer qu’elles, y auraient certainement leur place aujourd’hui. Effectuer ce léger détour permet de mieux appréhender ces deux terres viticoles si singulières qui donnent une représentation juste des vins que l’on peut trouver sur la rive gauche et sur la rive droite.

vins médoc - the good life

L’élégant et amateur d’art contemporain Jean-Pierre Foubet, propriétaire du château Chasse-Spleen et président de l’appellation moulis­-en-médoc, l’exprime avec conviction : « Notre terroir de Moulis est comme un condensé du Médoc, presque comme un condensé des deux rives. Nous avons une forte proportion de merlot. C’est assez rare sur cette partie du vignoble où le cabernet sauvignon est souvent majoritaire. Cela donne des vins suaves et aromatiques qui peuvent ressembler à des pomerols ou à des saint-émilion. » D’autres, au contraire, sont plus cabernet sauvignon, comme l’est Chasse-Spleen. Ils ont une robe sombre, un toucher en bouche vif et épicé, avec une finale aérienne.

Fruité et fraîcheur semblent être les qualificatifs les plus représentatifs des vins de Moulis-en-Médoc et de Listrac-­Médoc. Ils ont l’avantage de posséder, en leur âme, un aspect moins altier et plus abordable que leurs glorieux voisins. « J’aime qualifier les vins que nous produisons d’aimables et généreux, car ils plaisent à un grand nombre d’amateurs. Nous recherchons la justesse, l’équilibre, la mesure. Nous espérons que le vin que nous confectionnons s’en ressent », explique Christophe Labenne, le directeur du château Poujeaux.

La méthode de l’agroforesterie

Pour préserver cette harmonie dans les nectars et répondre au défi du dérèglement climatique, de nombreuses réflexions sont à l’étude dans les châteaux. L’une d’elles paraît faire l’unanimité des vignerons : l’agroforesterie. Au château Anthonic, Jean-Baptiste Cordonnier, le propriétaire, en est convaincu.

Les vignes du Château Chasse-Spleen
Les vignes du Château Chasse-Spleen Château Chasse-Spleen

Cet ingénieur des Eaux et Forêts est même un précurseur dans ce secteur, puisqu’il l’a mis en place il y a une dizaine d’années déjà sur son vignoble de 28 hectares. « Localement, un arbre fonctionne comme un climatiseur. Il puise de l’eau en profondeur, l’évapore par son feuillage, ce qui prélève des calories dans l’air et rafraîchit l’atmosphère, sans compter l’effet d’ombrage. Avec de 40 à 50 arbres par hectare, l’action sur le microclimat de la parcelle est sensible. L’abondance des couverts et les arbres mettent ainsi l’eau en circulation. C’est le meilleur atout face au risque de sécheresse, car l’arbre “crée” la pluie », s’enthousiasme le vigneron engagé, qui vient de sortir un livre plein de tendresse à la gloire des arbres, intitulé (H)êtres. « Pour vivre heureux, vivons cachés », affirme le dicton populaire.

Pour autant, il serait regrettable de passer à côté de ces deux pépites singulières du vignoble bordelais. Alors, quand vous emprunterez la D2, n’hésitez pas à ­quitter la grand-route !


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