Stéphanie de Rougé

New York : rencontre avec Mohammed Ahmed, le roi des kiosquiers

Mohammed Ahmed, surnommé le « dernier roi du print », nous a ouvert les portes de sa petite boutique tapissée de plus de 3 000 publications, au cœur de West Village : Casa Magazines, le repaire culte des papivores new-yorkais.

« L’odeur du papier. Chaque magazine a son odeur. Et c’est pour ça que les gens en achètent encore. » Mohammed Ahmed affiche un large sourire. Même s’il ne vend plus autant de journaux qu’autrefois – moins de 20 éditions par jour du New York Times, contre plus de 400 il y a dix ans, le « dernier roi du print », comme le surnomme la presse new-yorkaise, reste confiant en l’avenir.

Aucune tristesse dans sa voix, pas un brin d’amertume quand il évoque le numérique. Dans les 35 m² de sa boutique nichée à l’angle des 12e Rue et 8e Avenue, l’Indien de 64 ans caresse du regard les couvertures de papier glacé qui s’entassent partout. Propriétaire depuis 1995, il a traversé toutes les crises sans jamais baisser le rideau. Excepté durant la crise sanitaire.

Mohammed Ahmed, propriétaire de Casa Magazines.
Mohammed Ahmed, propriétaire de Casa Magazines. Stéphanie de Rougé

Les autorités de la ville l’ont obligé à fermer un mois et demi en tant que commerce non essentiel. Quand il a pu rouvrir, les habitants du quartier étaient au rendez-vous pour le soutenir, malgré l’absence de nombreux magazines due au gel des approvisionnements internationaux. Il a réduit ses horaires : douze heures quotidiennes (8 h-20 h) au lieu des dix-huit de prépandémie (6 h-minuit).

Avec la généralisation du télétravail, ses clients se lèvent moins tôt. Il les connaît tous par leur nom, « professionnels » – photographes, architectes, stars du cinéma, comme Julianne Moore et Angelina Jolie… – ou simples habitués. « Ce sont des gens éduqués, c’est toujours intéressant de les écouter raconter leurs histoires. »

Casa Magazines. 22 8th Avenue, New York.
Casa Magazines. 22 8th Avenue, New York. Stéphanie de Rougé

Mohammed Ahmed s’estime en mode « survie », mais prend chaque jour après l’autre. Aucune de ses deux filles, l’une pharmacienne et l’autre pédiatre, ne veut assurer la relève. Il en rit, fier qu’elles aient « réussi leur vie ». Il dit souhaiter une longue vie au secteur du print, mais n’a qu’une certitude : « l’avenir de Casa Magazines est dans les mains de Dieu ! »


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