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The Good Playlists

The Good Playlist : top 10 des albums de jazz italien

Une plongée en 10 albums dans l’histoire du jazz italien, des années 60 à aujourd’hui, et l’univers de musiciens qui ont fait de la péninsule une place forte mondiale.

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir – ou presque – sur le jazz italien sans jamais oser le demander. Du son west coast de Gianni Basso et Oscar Valdambrini, jusqu’aux aventures d’Enrico Pieranunzi au Village Vanguard, en passant par les foisonnantes seventies d’Enrico Rava et de la fusion de Perigeo, cette sélection – certes lacunaire, qui a volontairement mis de côté quelques pionniers dont les disques sont désormais introuvables – offre une large vision de l’extraordinaire diversité d’une scène italienne, dont les protagonistes n’ont souvent rien à envier aux musiciens américains, comme a su le prouver l’écorché vif Massimo Urbani.

10 albums incontournables de jazz italien :

Enrico Pieranunzi

Club mythique de la 7e Avenue, à New York, le Village Vanguard a vu défiler sur sa scène une grande partie de l’histoire du jazz. Mais le musicien auquel ce lieu reste, aujourd’hui encore, le plus associé n’est autre que Bill Evans qui, en 1961, enregistrait aux côtés de Paul Motian et de Scott LaFaro, l’inoubliable Sunday at the Village Vanguard. Cinquante ans plus tard, c’est donc sous l’égide du plus romantique des pianistes qu’Enrico Pieranunzi a fait appel au même Paul Motian, à l’hiver de sa vie, et à Marc Johnson, dernier contrebassiste du trio d’Evans. Live at the Village Vanguard est le plus beau disque de ce virtuose romain, dont la carrière a débuté en accompagnant les trompettistes Art Farmer et Chet Baker, et qui aujourd’hui s’illustre comme l’un des musiciens italiens les plus respectés à travers le monde. Live at the Village Vanguard (Cam Jazz/2012).

Enrico Rava

Vous l’aurez compris, il est impossible d’aborder le jazz italien sans évoquer à plusieurs reprises le nom d’Enrico Rava. Revoici donc notre trompettiste pour son premier album chez ECM, et l’un des plus époustouflants de sa riche et brillante discographie : The Pilgrim and the Stars. Nous sommes en 1975, au cœur d’une décennie protéiforme, celle de la révolution électrique, de la fusion, du spiritual jazz, et de l’avènement d’un jazz européen. C’est au carrefour de toutes ces musiques que se situe Rava, qui, à 36 ans, joue déjà dans la cour des – très – grands avec Palle Danielsson et Jon Christensen (musiciens du quartet de Keith Jarrett), ainsi que la sommité de la guitare américaine John Abercrombie. The Pilgrim and the Stars (ECM/1975).

Stefano Di Battista

C’est sous l’influence de Massimo Urbani, et donc de Charlie Parker, que Stefano Di Battista a commencé sa carrière de saxophoniste. Révélé plus tard sur les scènes françaises, c’est à Paris, dans les années 90, qu’il s’est imposé comme l’un des altistes les plus fulgurants de sa génération. Ce qu’a rapidement remarqué le légendaire label Blue Note, pour lequel il a signé une série de cinq disques. Parmi eux, Parker’s Mood, qui, comme son nom l’indique, est un hommage à Bird, reste son album le plus abouti. Tout n’est qu’élégance, virtuosité et fluidité, aussi bien sur les tempi endiablés que sur les ballades. Et ce, en partie grâce à la section rythmique composée du géant Kenny Barron au piano, d’Herlin Riley à la batterie et de l’exubérant Rosario Bonaccorso à la contrebasse. Un album intemporel. Parker’s Mood (Blue Note/2004).

Massimo Urbani

Le Charlie Parker italien. Voici comment est régulièrement dépeint Massimo Urbani, prodigieux saxophoniste qui, à l’image de son idole, Bird, était un virtuose dont les outrances lui ont trop tôt brûlé les ailes (à 36ǡans). Né en 1957 à Rome, Massimo s’est naturellement imposé, dès la fin des années 70, comme l’un des musiciens incontournables du pays, et l’un des plus grands boppers au monde. Enregistré en 1979 avec une section rythmique américaine de haut vol, 360° Aeutopia est un album empreint d’une implacable fougue parkerienne offrant un aperçu de l’immense talent de cet altiste qui reste encore, bientôt trente ans après sa disparition, une influence de premier plan pour les jeunes générations de jazzmen italiens. 360° Aeutopia (Red Records/1994).

Franco D’Andrea

On a souvent comparé le jeu du pianiste Franco D’Andrea à celui de Lennie Tristano dans sa capacité à développer un jazz rigoureux, d’une grande finesse, tout en affichant une liberté harmonique hors norme. Une musique parfois difficile d’accès, car toujours aventureuse. Spécialiste du jeu à trois, il crée, en 1968, le Modern Art Trio, avant d’embrasser, au cœur des années 70, une autre casquette, celle du claviériste de jazz-rock avec le groupe Perigeo. Collaborateur régulier d’Enrico Rava comme de Lee Konitz (ce qui le rapproche plus encore de Tristano), D’Andrea est l’un des pianistes italiens les plus admirés par ses pairs. On le retrouve sur ce disque de 1989 en compagnie du plus français des batteurs de la péninsule, Aldo Romano, pour un répertoire qui semble être une parfaite porte d’entrée dans son univers musical. Volte (Owl Records/1989).

Pietro Tonolo

Italian Songs est, de loin, et comme son nom l’indique, le plus italien de tous les albums de cette sélection. Un enregistrement sur lequel le saxophoniste ténor Pietro Tonolo offre une sublime version de E penso a te, de Lucio Battisti, de E la chiamano estate, de Bruno Martino, ou encore de Metti una sera a cena, d’Ennio Morricone. On aurait pu imaginer que, pour un tel disque, Tonolo s’entoure de compatriotes avec lesquels il partage ces délicates madeleines. Or, c’est en compagnie de Joe Chambers (génial batteur de Wayne Shorter, Archie Shepp, Bobby Hutcherson…), de l’accordéoniste et pianiste Gil Goldstein, et du contrebassiste Essiet Okun Essiet que le Milanais, habituellement abonné au répertoire hard-bop, revisite ces chansons populaires en réussissant, presque toujours, à les sublimer. Italian Songs (Egea/2005).

Perigeo

Partout dans le monde, les années 70 ont vu émerger une scène fusion, un jazz électrifié empreint de rock comme de funk, sous l’influence de Miles Davis, des Headhunters de Herbie Hancock, ou encore de Weather Report. En Italie, le grand groupe de cette décennie est sans aucun doute Perigeo, dont l’album La Valle dei Templi reste une référence que citent aujourd’hui encore les nouvelles générations d’instrumentistes. Une musique qui évoque aussi bien le prog-rock d’Emerson, Lake and Palmer, que le minimalisme de Steve Reich. Parmi les musiciens, on retrouve quelques avant-gardistes de la scène italienne, à l’image du pianiste Franco D’Andrea ou du soufflant Claudio Fasoli. Un disque qui n’a rien à envier à la production américaine de cette même époque. La Valle dei Templi (RCA/1975).

Tiziana Ghiglioni

Il y a quelque chose de Jeanne Lee chez Tiziana Ghiglioni, sublime vocaliste qui a fait ses débuts discographiques en 1981 sous l’influence d’Ornette Coleman avec Lonely Woman. C’est du moins ce que laisse entendre ce disque plus tardif, publié en 1991, I’ll Be Around, dialogue musical qu’elle entretient avec le pianiste Mal Waldron et le trompettiste Enrico Rava. Un ménage à trois pour un sommet d’élégance, répertoire en hommage à Billie Holiday au cœur duquel les silences prennent autant d’importance que les notes, toutes distillées avec un raffinement extrême. Le souffle de Rava prend des accents à la Miles, Mal Waldron développe un jeu d’une profonde mélancolie, d’une infinie beauté. Et au-dessus vogue Tiziana, tout simplement l’une des plus grandes voix du jazz européen. I’ll Be Around (Soul Note/1991).

Paolo Fresu

Tout le monde ou presque, en Italie, connaît Paolo Fresu. Trompettiste prodigieux, directeur artistique d’un festival dans les hauteurs de sa Sardaigne natale, producteur du label Tùk Music et homme public qui sait parler à l’oreille des politiques… Bref, un musicien hyperactif et tout-terrain, comme en atteste sa discographie ayant débuté au milieu des années 80. C’est justement à la première décennie de sa carrière que s’intéresse ce best-of qui puise dans des enregistrements live comme studio, notamment en excellente compagnie de ses aînés Gianluigi Trovesi et Dave Liebman. L’occasion de rappeler, également, que son vocabulaire musical est d’une grande richesse, et que Paolo Fresu ne se contente pas d’être un Miles Davis italien, comme la presse a souvent pu le résumer. Berchidda. The Italian Years (Iris/1999).

Quintetto Basso Valdambrini

Le sommet du jazz des années 60 en Italie se résume souvent à cette association : Gianni Basso et Oscar Valdambrini. Le premier, saxophoniste ténor, fou de Stan Getz, est né à Asti en 1931 et s’est imposé dès la fin des années 40. Le second, trompettiste, né à Turin en 1924, a débuté comme musicien d’orchestre avant de rencontrer Basso en 1954 et de former l’Italian Sextet : le début de l’une des collaborations les plus fructueuses du jazz européen. Leur album Walking in the Night pourrait nous venir tout droit de la côte Ouest des États-Unis : un must de cool jazz, façon Stan Getz, et peut-être plus encore Gerry Mulligan dans l’art de l’orchestration et de l’arrangement. Walking in the Night (RCA-Victor/1960).


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