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Renegade, le retour du rhum à Grenade porté par Mark Reynier

L’un des hommes les plus influents du monde du whisky, Mark Reynier, fait, avec Renegade, le pari du retour du rhum à Grenade en construisant une distillerie et replantant des centaines d’hectares de canne à sucre.

Mark Reynier est le propriétaire et fondateur des distilleries de whisky Waterford (Irlande) et Bruichladdich (Ecosse). Sa spécialité ? Mettre en avant les terroirs, les saveurs, la distillation sans finish et sans arôme, bref, le jus dans sa plus pure expression. A la recherche d’un nouveau défi, il souhaite entrer dans le monde du rhum et entame, dans les années 2000, un tour des Caraïbes et des îles du Pacifique à la recherche d’une distillerie, voire d’une marque, à racheter. Rien ne le tente jusqu’en 2014. Il débarque sur l’île de la Grenade pour un séjour chez un ami de son directeur financier. Bingo ! Il tombe amoureux de ce bout de terre au large du Venezuela dès sa sortie de l’avion : l’atmosphère, le climat, la variété des paysages. C’est ici que l’aventure du rhum Renegade va commencer, il en est persuadé. Mais il y a un hic, et il est de taille : la canne à sucre a presque disparu de l’île depuis près de 40 ans.

Cela ne va pas freiner Mark Reynier. En 2016, il commande une étude afin de savoir s’il est possible de planter au moins 100 hectares, qui justifieraient la construction d’une distillerie. Check ! En 2017, l’aventure commence, et en 2018, la distillerie sort de terre. Un établissement d’un genre nouveau, écolo (traitement des eaux usés et vinasses, utilisation d’une chaudière à biomasse pour produire l’énergie nécessaire au fonctionnement du lieu, filtrage des fumées…) et où la fermentation se fait à l’horizontale, permettant un processus plus long et plus simple à contrôler.

Les premiers jus viennent de sortir des alambics et, avant même sa mise en barrique, une partie de la production est proposée par Renegade sous le nom de « pre-cask ». L’occasion de se rendre compte des différences entre les différentes parcelles, et donner un aperçu du savoir-faire de la (très) jeune marque. De passage à Paris pour le Whisky Live – où il a fait un carton ! – Mark Reynier revient pour The Good Life, dans un français parfait s’il vous plait, sur la folle histoire du rhum Renegade.

4 questions à Mark Reynier, créateur du rhum Renegade :

The Good Life : En quoi la Grenade constitue-t-elle une terre promise pour le rhum ?
Mark Reynier :
C’est une île volcanique, c’est montagneux, avec beaucoup d’érosion, presque comme la Bourgogne, avec cette juxtaposition des terres. On peut compter sur 10 fermes, 45 terroirs et 6 variétés de canne à sucre répartis sur 230 hectares, c’est très intéressant et ça nous offre des possibilités extraordinaires pour de futurs assemblages.

TGL : Et cela permet également une traçabilité plus précise…
M.R. : On a adapté le même niveau de traçabilité que nous avons installé à Waterford : des points d’informations du champ à la barrique que l’on affiche, via un code, sur chaque bouteille. On est ainsi capable de montrer au client l’origine de la matière première, la qualité du sol, le rendement de la parcelle et même le taux de sucre dans la canne ! Malheureusement, notre industrie est pleine de gens qui parlent mais qui ne font rien, nous on le fait, on a investi pour le faire. C’est d’autant plus important pour le rhum car tout le monde peut distiller de la mélasse, même sur l’île où j’habite en Ecosse, et la canne à sucre est influencée par le microclimat et le sol, donc le terroir est primordial dans l’identité du rhum.

Les premiers rhums sortis d’alambics par Renegade. renegaderum.com
Les premiers rhums sortis d’alambics par Renegade. renegaderum.com DR

TGL : Quelle est la principale différence entre le travail du whisky et le travail du rhum ?
M.R. :
L’orge qu’on utilise aujourd’hui pour la fabrication du whisky ne connaît pas beaucoup de différences de saveur entre les variétés car, pendant 50 ans, toutes les variétés ont été clonées à partir des mêmes parents. La canne, de son côté, parce que le nombre de sucreries a diminué après l’indépendance des îles, les variétés disponibles d’aujourd’hui datent des années 60, avant clonage, donc les saveurs sont plus intéressantes, et plus propres à chaque variété que les saveurs de l’orge. En résumé, la saveur de la canne est influencée par sa variété et son terroir, quand celle de l’orge dépend surtout du terroir. Et cela nous permet, avec 6 variétés et 45 terroirs, d’expérimenter un nombre extraordinaire de combinaisons !

TGL : Justement, vous n’avez pour l’instant présenté que des « pre-casks » qui viennent chacun d’une seule ferme. Quelles sont les prochaines étapes ?
M.R. :
Nous sommes toujours en train d’améliorer la distillation et faire des essais, notamment les différentes combinaisons variété/terroir. L’idée, adaptée de Waterford et des grands vins de Bordeaux, c’est d’avoir dans notre chai des ingrédients pour assembler le rhum le plus complexe du monde, sans finish, sans arome, sans caramel… Seulement des jus qui viennent de plusieurs parcelles, de plusieurs types de canne, vieillis dans des barriques neuves en chênes limousins ou américains. Grâce à la grande variété des terroirs de Grenade et des cannes à sucre, on pourrait présenter notre premier assemblage d’ici 3 ans.


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