Julien Chassagne

Benzin, le pure player des enchères auto pour « bagnolards »

Pour acheter une voiture d’occasion, il y a Leboncoin et La Centrale, entre autres. Pour les enchères auto, et si on a un portefeuille qui déborde, on va chez Sotheby’s ou Artcurial. Mais quand on est un passionné à la recherche de « véhicules d’intérêt », entre 500 € et 300 000 €, la nouvelle destination à la mode est une maison de vente aux enchères 100 % online créée par deux trentenaires dans un garage de Seine-Saint-Denis : Benzin.

Rendez-vous est pris à Vaujours, en Seine-Saint-Denis, à la frontière avec la Seine-et-Marne. Dans un garage spécialisé dans les pneus nous attendent Anthony Alaux et David Silvestre, les deux co-fondateurs de Benzin. C’est ici – les lieux appartiennent au père du premier – qu’ils ont installé les bureaux de leur plateforme en ligne d’achat et vente de « voitures d’intérêt » aux enchères dont le nom signifie « essence » en allemand. Tout une philosophie.

Les deux se connaissent depuis le collège, mais ne sympathisent vraiment qu’après l’obtention du permis. Ils sont alors les seuls de leur bande à considérer leur voiture autrement que comme un moyen de transport. Anthony roule en Mazda RX8, David en BMW Z3 coupé : une passion commune pour les autos détonantes qui va rapprocher les deux futurs entrepreneurs.

Mais Benzin est encore loin d’avoir vu le jour. Avant ça, Anthony et David vont travailler respectivement comme consultant en management et associé dans une entreprise de transport écologique (oui, oui…). Jusqu’en 2016 : « J’en ai eu marre, et David, lui aussi, n’était plus à fond dans son travail, alors on a décidé de bosser ensemble, et dans un domaine que l’on aimait vraiment, l’automobile », résume Anthony Alaux.

Une BMW M3 e36 3.2, modèle qui a le vent en poupe ces derniers mois sur Benzin.
Une BMW M3 e36 3.2, modèle qui a le vent en poupe ces derniers mois sur Benzin. Benzin

S’ils ne savent pas exactement ce qu’ils vont créer, ils imaginent tout de même une page Facebook dédiée aux voitures pour se forger une petite communauté, qui sera très utile au moment de concrétiser leur projet. Un projet inspiré par un site américain, Bring a Trailer, spécialiste pour susciter l’envie et l’achat coup de cœur, comme l’explique Anthony : « je m’étais inscrit et j’ai presque remporté une enchère ! Puis je me suis dit que si moi j’étais prêt à acheter une bagnole aux Etats-Unis, à l’aveugle, c’est que le concept est intéressant. Le format de vente aux enchères de ‘‘voitures d’intérêt’’ s’est développé à partir de ce constat ».

Benzin est ainsi officiellement lancé en 2017, avec une dizaine de voitures proposées à la vente, dont près d’un tiers trouveront preneur. La première voiture vendue sur le site ? Une Renault R21 Turbo. L’essence (sans jeu de mot) même de la « voiture d’intérêt », comme la définit David Silvestre : « elle n’est pas forcément sportive, pas forcément de collection, pas forcément chère, elle peut valoir 200 € ou 200 000 €. Mais le modèle de base doit être intéressant et cocher certaines cases. Ça peut être une voiture ‘‘bizarre’’, comme un Fiat Multipla par exemple, sportive, amusante à conduire, ancienne, rare, ou qui a introduit une innovation technique… En règle générale, ce sont souvent des autos qui ont des clubs ou des fans. »

Les anciennes Fiat 500 sont de plus en plus recherchées… même les épaves !
Les anciennes Fiat 500 sont de plus en plus recherchées… même les épaves ! Benzin

Une croissance exponentielle

Et des fans, Benzin en a de plus en plus. En août 2021, la plateforme comptait 60 000 inscrits, soit 20 000 de plus qu’en mars dernier. Une augmentation de 50 % de sa communauté en moins de 6 mois, c’est fou ! Et, au printemps dernier, la plateforme a frôlé le million d’euros de volume de vente, avec 950 000 € échangés entre vendeurs et acheteurs sur le site pendant le mois de mai.

Un succès que Benzin doit à sa sélection d’autos, en fonction de leur intérêt, mais aussi des tendances – « en ce moment, ce sont les voitures des années 2000 qui ont le vent en poupe, notamment les BMW E36 et E46, ou la Porsche 996 » détaille David – à sa simplicité d’utilisation, et au service apporté par les équipes du site qui se rémunère à hauteur de 7,2 % par transaction (3,6 % côté vendeur, et 3,6 % côté acheteur).

Ainsi, outre la possibilité de se faire livrer la voiture, les annonces sont très détaillées, les photos sont nombreuses et mettent l’accent sur les défauts du véhicule pour éviter les mauvaises surprises, et Benzin accompagne les deux parties dans leurs démarches. Enfin, concernant le paiement, notamment quand la voiture se trouve à l’étranger, Benzin joue le rôle de coffre-fort : l’argent de l’acheteur n’est transféré au vendeur qu’au moment de l’enlèvement du véhicule d’un simple clic.

Cette Dino 246 GT détient le record du prix de vente le plus élevé de l’histoire de Benzin : 303 050 €.
Cette Dino 246 GT détient le record du prix de vente le plus élevé de l’histoire de Benzin : 303 050 €. Benzin

Benzin, site d’enchères et… lieu de tournage !

Mais si Benzin connaît une belle croissance, c’est aussi parce qu’Anthony et David ont noué une relation de confiance avec un duo de youtubeurs spécialisés dans l’automobile : Vilebrequin. « Au tout début de leur chaine, ils tournaient dans les locaux de l’employeur de Sylvain Levy (qui compose, avec Pierre Chabrier, le duo Vilebrequin, NDLR) avant qu’il soit licencié, explique David. Ils ont alors publier une vidéo pour expliquer la situation et je leur ai proposé de venir tourner au garage, à la seule condition qu’ils parlent un peu de Benzin de temps en temps. Mon boulot c’était de nous faire connaitre et Vilebrequin c’était un bon coup : on s’est rapprochés d’eux quand ils avaient 50 000 abonnés, aujourd’hui, ils sont suivis sur Youtube par 1 480 000 personnes… C’est mon bitcoin à moi ! »

En effet, le succès de Vilebrequin n’est pas étranger à celui de Benzin. Dernier gros événement en date : les deux youtubeurs ont décidé de mettre en vente leurs véhicules sur le site… qui va « crasher » quelques minutes après la publication de la vidéo explicative de Vilebrequin !

« Tout le monde est gagnant, souligne Anthony, ils ont un lieu pour tourner, et on s’occupe également de leur merchandising puis on les a convaincus de créer des comptes sur les réseaux sociaux… Quand il s’agissait d’autre chose que faire des vidéos et parler voitures, ils étaient vraiment mauvais avant de nous rencontrer ! (rires) »

Le merchandising, notamment une ligne de textiles, est une autre source de revenus importante pour Benzin. Toujours avec Vilebrequin, ils ont notamment participé à la création des contreparties pour la cagnotte KissKissBankBank du duo, qui, en novembre 2020 avait réuni près de 20 000 contributeurs et permis de récolter plus d’un million d’euros pour la création… d’un Multipla de 1000 chevaux !

Sur Benzin, on trouve aussi des deux-roues. Ici, la Triumph Tiger 1200 explorer XRT qui a appartenu à Pierre Chabrier, du duo Vilebrequin.
Sur Benzin, on trouve aussi des deux-roues. Ici, la Triumph Tiger 1200 explorer XRT qui a appartenu à Pierre Chabrier, du duo Vilebrequin. Benzin

La diversification est au cœur de la stratégie du développement de la plateforme. « On aimerait créer un lieu de rencontre physique pour que les passionnés d’auto puissent se rencontrer, pourquoi pas un bar ou un restaurant, mais on pense aussi à créer un jeu mobile, ou se lancer dans l’art numérique, les fameux NFT, qui montent en puissance », confie David, rejoint par Anthony : « continuer à faire ce que l’on aime, mais à notre sauce ! ». Poursuivre son internationalisation est également au programme, et les deux patrons espèrent voir plus souvent l’exemple étonnant « d’un collectionneur de Peugeot aux Etats-Unis qui s’est offert une 406 coupé… en Espagne ! ».

En 4×4 ou en cabriolet, en Espagne ou dans le 93, en Ferrari ou en Fiat 500, Benzin est la preuve, les « bagnolards » peuvent se rassurer, que la voiture n’est pas morte.


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