Mattia Balsamini

Milan : Rencontre avec Fabio Tamburini, directeur éditorial d’Il Sole 24 Ore

Directeur éditorial de l’un des groupes de presse italiens les plus prestigieux, professeur universitaire et auteur de nombreux best-sellers, Fabio Tamburini se donne pour mission de divulguer les faits et les opinions qui font l’actualité. Ce remarquable observateur s’engage ainsi à interagir chaque jour avec les lecteurs et les auditeurs du groupe 24 Ore. Celui pour qui le journalisme reste vital, et cela d’autant plus dans le contexte de crise actuel, décrypte avec The Good Life la situation en Lombardie et en Europe, et nous prouve que les citoyens ont plus que jamais besoin d’une information fiable et de qualité. Rencontre dans les bureaux du journal, à Milan.

Éminent journaliste et directeur éditorial d’un prestigieux groupe de presse comportant, entre autres joyaux, Il Sole 24 Ore, le quotidien économique et financier de référence en Italie ; professeur aux universités de Naples et de Parme ; auteur de nombreux best-sellers sur les milieux d’affaires et des chefs d’entreprise… Avec un tel parcours et une telle aura, Fabio Tamburini, milanais sexagénaire au physique aristocratique, pourrait se réclamer de l’élite de son pays.

Pourtant, il réfute cette appartenance tant il est soucieux de s’adresser en termes simples au plus grand nombre possible de ses compatriotes en leur rapportant et en décryptant de façon claire et rigoureuse les faits et opinions qui font l’actualité. Au lendemain même de son arrivée, voilà trois ans, aux commandes d’Il Sole 24 Ore, Fabio Tamburini publie un éditorial- manifeste intitulé « Focus sur la croissance, avec davantage d’actualités et d’enquêtes ».

Le nouveau directeur s’engage à interagir chaque jour avec les lecteurs de toutes les publications du groupe. Sous sa direction, le nouveau site Internet IlSole24Ore.com est lancé en juin 2019. Conçu comme une plate-forme innovante, ce site s’emploie à couvrir l’actualité en veillant « à la profondeur du contenu », grâce aux synergies des différentes rédactions qui composent le groupe 24 Ore.

Fabio Tamburini a également favorisé le retour d’Il Sole 24 Ore aux informations locales et régionales. Ainsi, chaque vendredi, des articles relatent les derniers développements de l’économie de la région. C’est dans un bureau encombré de cartons présageant le déménagement imminent de son journal que Fabio Tamburini nous reçoit.

Logé jusqu’à récemment dans un magnifique bâtiment dessiné par l’architecte Renzo Piano, le journal a réussi à redresser la barre et à enregistrer de bons résultats en pleine pandémie.
Logé jusqu’à récemment dans un magnifique bâtiment dessiné par l’architecte Renzo Piano, le journal a réussi à redresser la barre et à enregistrer de bons résultats en pleine pandémie. Mattia Balsamini

Il Sole 24 Ore se prépare alors, pour faire des économies et concentrer tous ses efforts sur une nouvelle maquette plus adaptée à l’ère numérique, à quitter le somptueux immeuble de verre qu’il occupait depuis des lustres à Milan, œuvre du célèbre architecte italien Renzo Piano. Car, depuis le début de la pandémie, ses quelque 200 journalistes travaillent de leur domicile et les priorités ont changé.

Le journal s’installe donc Viale Sarca, près du théâtre des Arcimboldi, avec lequel il a conclu un partenariat pour ses événements culturels. À en juger par l’optimisme affiché par Fabio Tamburini, le coronavirus et ses contraintes n’ont en tout cas nullement affecté la santé du journal. Au contraire, Il Sole 24 Ore apparaît plus en forme et inventif que jamais. Et son directeur se veut tout aussi confiant pour l’avenir de Milan et de la Lombardie, locomotives de l’économie italienne en pleine mutation.

The Good Life : Comment la ville de Milan a-t-elle vécu cette année de pandémie ?
Fabio Tamburini :
Avec plus de 10 millions d’habitants, Milan et la Lombardie étaient, et demeurent, la locomotive de l’Italie. L’épidémie est partie, naturellement, de Brescia et de Bergame, des villes qui sont le cœur des activités industrielles et productives de la région. Ensuite, elle a touché Milan, en la marquant profondément. Mais cela ne signifie pas que l’épreuve de la pandémie a diminué la vitalité de la ville et de la région. Si vous vous promenez dans Milan, vous ne traversez pas une ville morte.

La situation se montre plus difficile pour Rome, Venise ou Florence, qui sont bien plus dépendantes du tourisme. Mis à part le début du confinement et au-delà du choc initial, ici nous avons repris le travail, surtout grâce au télétravail. L’Italie est un pays riche qui, sous l’impulsion de sa locomotive milanaise et lombarde, est déjà reparti de l’avant après le confinement et ce, malgré toutes les difficultés et les mauvaises nouvelles. Vous savez, nous, les Italiens, nous avons beaucoup de défauts, le premier étant celui de mal parler de nous. Nous connaissons aussi une très grande évasion fiscale. Heureusement, nous avons aussi beaucoup de qualités, en particulier notre sens de l’adaptation et notre flexibilité.

Le quotidien Il Sole 24 Ore est le titre de référence en Italie dans le domaine de l’économie et de la finance.
Le quotidien Il Sole 24 Ore est le titre de référence en Italie dans le domaine de l’économie et de la finance. DR

The Good Life : Quels sont les secteurs industriels en Lombardie qui se portent ou résistent le mieux ?
Fabio Tamburini :
L’industrie pharmaceutique, par exemple. Un accord est sur le point d’être signé entre cette industrie et le ministre du Développement économique [Giancarlo Giorgetti, NDLR] pour procéder à des investissements importants en faveur de ce secteur qui est très présent en Lombardie. Ces investissements serviront à la production de vaccins. À Milan, l’industrie de la santé et l’assistance médicale sont de grande qualité. Malgré l’épreuve de la pandémie, cette assistance médicale peut être un exemple pour le monde entier. C’est une source de fierté. Si je me trouvais à l’étranger et que je devais être soigné ou opéré, je viendrais le faire à Milan. Autre secteur se portant bien : celui de l’industrie mécanique, qui a son point d’ancrage en Lombardie ; quant à nos entreprises de construction, elles sont très confiantes dans l’avenir.

TGL : La construction et le dynamisme architectural sont également des points forts de Milan…
F. T. :
Oui, il suffit de voir les gratte-ciel aux lignes futuristes qui poussent un peu partout et le ciel milanais, hérissé de grues de construction. Nous avons récemment consacré un grand article dans notre journal à la carte des nouveaux chantiers et de cette « ville verticale » en plein essor, de la Maggiolina au parc Lambro, en passant par l’ex-Scalo Romana… Il y a, bien sûr, dans la skyline de Milan les tours du quartier d’affaires CityLife, mais aussi les trois tours résidentielles Solaria, Aria et Solea, et la tour UnipolSai, à Porta Nuova, ou encore le Park Towers du groupe Bluestone dans le quartier Feltre.

Le smart working va perdurer, en imposant de nouvelles exigences, soit pour le travail dans les bureaux, soit pour le travail à domicile. On estime ainsi que de 30 à 40 % des salariés continueront à travailler en smart working. En tant que modèle de ville, Milan doit être repensée, comme toutes les grandes villes du monde. Ces prochaines années, elle va donc se réorganiser à la suite des grands changements induits par la pandémie, en anticipant le changement pour l’Italie. La crise sanitaire marque un point de non-retour de ce point de vue.

Logé jusqu’à récemment dans un magnifique bâtiment dessiné par l’architecte Renzo Piano, le journal a réussi à redresser la barre et à enregistrer de bons résultats en pleine pandémie.
Logé jusqu’à récemment dans un magnifique bâtiment dessiné par l’architecte Renzo Piano, le journal a réussi à redresser la barre et à enregistrer de bons résultats en pleine pandémie. Mattia Balsamini

En tant que journal, nous avons ouvert le débat sur cette question. La pandémie passera, mais elle aura généré des changements qui resteront. La grande ville comme nous étions habitués à la penser avant ne sera pas le modèle pour le futur. Ni la concentration des activités dans les centres-ville. Il faudra également repenser nos modes de vie. C’est là notre plus grand défi : quelle sera la ville du futur ? À Milan, avant le coronavirus, 12 milliards d’euros d’investissements étaient prévus dans le secteur de l’immobilier… Plus rien dans l’organisation de la cité ne sera comme avant. Il faudra aussi repenser l’organisation des villes plus petites de la région lombarde.

Découvrez le reste de l’interview de Fabio Tamburini dans le n°48 de The Good Life spécial Lombardie, disponible sur The Good Concept Store.


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