Nicolas Krief

Santander, laboratoire vivant de la smart city

Capitale de la Cantabrie, station balnéaire historique, Santander est aujourd’hui réputée pour sa nature luxuriante, sa gastronomie et sa superbe baie. Depuis 2010, grâce à son infrastructure inégalée de l’Internet des objets, elle est également devenue un laboratoire vivant unique de smart city, vocation que la ville ultra connectée tente d’asseoir et de pérenniser pour se réinventer durablement.

Située au centre de la côte nord de l’Espagne et abritée par une magnifique baie, la ville de Santander ne manque pas d’attraits. La capitale de la Cantabrie possède tout le charme d’une station balnéaire historique, un brin désuet. C’est en effet pendant les XIXe et XXe siècles qu’elle devient une destination touristique populaire pour la famille royale et l’aristocratie, qui la transforment en cour d’été.

Une période faste qui donne naissance à certains des édifices les plus emblématiques de Santander, comme le Palacio de la Magdalena, sur une presqu’île, ou encore le bâtiment immaculé du Gran Casino Sardinero. Aujourd’hui, Santander demeure une destination touristique prisée pour ses plages, sa nature environnante et sa gastronomie, attirant en premier lieu les Espagnols, puis les Français et les Britanniques.

Ces derniers bénéficient d’une liaison Santander – Plymouth dispensée par la compagnie Brittany Ferries. Depuis plusieurs années, la culture est l’un des piliers du développement touristique décidé par la municipalité. Sur la promenade longeant le port de plaisance et face à la rangée d’immeubles avec leurs galerías typiques de l’architecture du nord de l’Espagne, le Centro Botín, œuvre architecturale de Renzo Piano abritant le musée d’art contemporain, s’est rapidement imposé comme un repère visuel de la ville.

Sur la côte nord de l’Espagne, Santander possède tout le charme d’une station balnéaire historique. La ville compte une douzaine de plages, dont la Playa del Sardinero.
Sur la côte nord de l’Espagne, Santander possède tout le charme d’une station balnéaire historique. La ville compte une douzaine de plages, dont la Playa del Sardinero. Nicolas Krief

En face, l’imposant bâtiment historique de la banque Santander formant une arche – actuellement en travaux – accueillera également un musée. L’édifice marque par ailleurs l’entrée dans l’hypercentre de la ville, fait d’une succession de petites places et de ruelles se transformant en escaliers, voire en Escalator à mesure que les pentes se raidissent.

« Santander a les épaules pour devenir la ville de la culture du nord de l’Espagne, affirme Gema Igual Ortiz, maire de Santander. Nous sommes en train de créer un cercle culturel qui concentrera sept centres d’exposition dans un rayon de 500 mètres. Parmi les chantiers en cours, on peut citer le projet Pereda, la bibliothèque Menéndez Pelayo ou encore l’ouverture prévue de l’annexe du musée Reina Sofia, dont le siège est à Madrid. Les deux piliers stratégiques sur lesquels s’appuie le développement de la ville sont la culture et l’innovation. »

Santander, ville intelligente

Une nouvelle typologie de visiteurs a fait son apparition depuis une dizaine d’années, enrichissant de manière originale la faune touristique classique. À première vue, leur parcours dans la ville ne dévie pas du circuit traditionnel, et ces groupes, souvent accompagnés d’un guide, ressemblent en tout point à n’importe quel groupe de voyage organisé.

Néanmoins, leurs centres d’intérêt sont radicalement différents. Plutôt que de s’extasier sur la baie et son eau turquoise ou sur l’architecture des bâtiments, de profiter des boutiques de l’avenue principale ou des places ombragées, ce sont les ronds-points, le système d’éclairage public, les places de parkings ou encore l’installation de poubelles qui retiennent leur attention.

Le Centro Botín, conçu par l’architecte Renzo Piano, abrite le musée d’art contemporain.
Le Centro Botín, conçu par l’architecte Renzo Piano, abrite le musée d’art contemporain. Nicolas Krief

En effet, des délégations internationales de chercheurs se succèdent régulièrement depuis 2010, date à laquelle la ville de Santander est devenue un laboratoire grandeur nature de la smart city. « Les discussions ont commencé dès 2009 à l’échelle européenne, explique Verónica Gutiérrez, chef du projet Smart City de la ville de Santander. L’objectif était de pousser la recherche et l’expérimentation autour des technologies de la smart city en dehors des laboratoires, dans un environnement vivant et à l’échelle d’une ville. »

Popularisé dès les années 90, le concept de smart city (ville intelligente) repose sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le but d’améliorer la qualité des services urbains, de réduire leurs coûts et de se connecter aux citoyens. Il s’inscrit dans le champ de l’Internet des objets, à savoir l’interconnexion des objets, des lieux et des environnements physiques à Internet.

En 2010, la ville est ainsi choisie pour devenir un banc d’essai dans le cadre du septième programme-cadre de l’Union européenne, et le projet SmartSantander est officiellement inauguré. Porté par trois institutions de référence – l’université de Cantabrie, le gouvernement régional et la municipalité – et un acteur privé, Telefónica I+D, le projet réunit une quinzaine de partenaires publics et privés européens et internationaux, avec un budget de 8,67 millions d’euros.

Santander est une destination prisée pour ses plages, sa nature environnante et sa gastronomie.
Santander est une destination prisée pour ses plages, sa nature environnante et sa gastronomie. Nicolas Krief

Aujourd’hui, 20 000 dispositifs de capteurs sont déployés, majoritairement dans l’aire du centre-ville, pour une population d’environ 175 000 habitants. Grâce à cette infrastructure inégalée de l’Internet des objets, Santander se veut l’une des villes les plus connectées du monde.

« La municipalité a très vite intégré le projet SmartSantander à son propre plan de développement stratégique, car elle était convaincue que la technologie pouvait permettre l’offre de meilleurs services et la garantie finale d’une meilleure qualité de vie pour les citoyens », souligne Verónica Gutiérrez.

Les capteurs sont intégrés dans des services urbains précis, comme la collecte de déchets, le service des eaux, les transports publics ou encore l’éclairage public. Ces capteurs peuvent être fixes – installés directement sur le mobilier urbain –, dynamiques – lorsqu’ils sont sur des éléments en mouvement, comme les bus, les taxis ou encore les camions à ordures –, ou encore participatifs : les citoyens eux-mêmes peuvent signaler des événements depuis leurs smartphones ou accepter que les données concernant leurs déplacements, leur consommation d’eau ou d’énergie soient transmises de manière anonyme.

Le siège de la banque Santander marque l’entrée dans l’hypercentre de la ville.
Le siège de la banque Santander marque l’entrée dans l’hypercentre de la ville. Nicolas Krief

Le déploiement simultané de tous ces capteurs et les données engendrées ont permis de créer un terrain unique où les différentes expérimentations ont pu se faire en parallèle de la création de services associés. Taux de CO2 et de NO2, température, luminosité, humidité des sols, décibels, consommation d’eau… constituent autant de données captées en temps réel et en tout point de la ville.

D’importantes économies pour la ville

La municipalité collecte et traite plus de 200 000 données environnementales quotidiennes sur lesquelles elle s’appuie pour développer différentes politiques, optimiser et mettre en place de nouveaux services. « Depuis 2013, nous travaillons à une gestion plus intelligente des services publics, détaille la maire. Le renouvellement des contrats de ces derniers a rendu possible l’intégration de nouvelles technologies permettant d’améliorer la gestion et l’efficacité des services de l’eau, de la circulation, de la mobilité… et de réaliser des économies significatives pour la ville. Parmi celles-ci, on peut citer la réduction de 80 % de la consommation d’énergie pour l’éclairage public ou l’économie de 5 millions de mètres cubes d’eau. »

En effet, l’éclairage public à LED s’adapte à la luminosité présente en variant son intensité. Les capteurs d’humidité dans les jardins et dans les parcs déclenchent l’arrosage uniquement lorsque c’est nécessaire. En centre-ville, les places de stationnement disponibles dans les rues sont signalées en temps réel sur des panneaux indicateurs ou directement sur les GPS des conducteurs.

Le trajet des camions à ordures a, quant à lui, été optimisé grâce à des milliers de capteurs installés dans les poubelles et qui communiquent leur taux de remplissage. Le japonais NEC, qui a imaginé ce système de collecte intelligente en 2014, est l’un des principaux partenaires industriels. L’entreprise estime que les coûts de gestion ont été réduits de 15 % et que le temps perdu par les camions de ramassage a chuté de 30 à 60 %.

Le bâtiment néoclassique du Gran Casino Sardinero se dresse face à la mer depuis 1916.
Le bâtiment néoclassique du Gran Casino Sardinero se dresse face à la mer depuis 1916. Nicolas Krief

Depuis le début de l’aventure SmartSantander, la ville a également réservé un espace de 237 000 m² à la périphérie du centre-ville pour le développement d’un parc technologique et scientifique afin de consolider son écosystème de recherche et d’innovation. En effet, la ville a testé de nombreux projets issus de partenariats public-privé. En 2015, la municipalité a, par exemple, collaboré avec Microsoft pour créer un site web promouvant la transparence administrative et mettant à la disposition des internautes un certain nombre d’informations, comme l’évolution du budget municipal.

JCDecaux a, quant à lui, collaboré avec l’université de Cantabrie pour la mise en place de TusBic, le système de vélos en libre-service, ainsi que l’application correspondante indiquant leur disponibilité en temps réel. L’entreprise française s’occupe du stockage des données et l’université gère le traitement de ces dernières.

Tous les services sur une seule carte

« L’aspect collaboratif et l’implication des citoyens sont également des points fondamentaux du projet SmartSantander, poursuit Gema Igual Ortiz. Nous nous sommes efforcés de rendre les applications et les sites Internet accessibles à tous, et nous mettons en place de nouveaux canaux d’interaction afin que les citoyens ne soient pas simplement consommateurs, mais également producteurs et acteurs de la smart city. »

Gratuit, le funiculaire permet de monter sur la colline et de profiter d’une jolie vue sur la baie.
Gratuit, le funiculaire permet de monter sur la colline et de profiter d’une jolie vue sur la baie. Nicolas Krief

Depuis 2015, un centre de démonstration, situé dans les hauteurs de la ville et créé en partenariat avec Telefónica, propose une approche didactique et pédagogique aux habitants, et fait un état des lieux des technologies utilisées en expliquant leur fonctionnement et les différentes applications associées.

Des initiatives comme Santander City Brain tentent de développer l’aspect collaboratif en proposant de financer des idées émanant directement des citoyens. Par ailleurs, la création de la Santander Smart City Platform vise la centralisation des données récoltées par tous les services municipaux afin de franchir une nouvelle étape.

Des escaliers mécaniques permettent de remonter les rues en pente de la ville.
Des escaliers mécaniques permettent de remonter les rues en pente de la ville. Nicolas Krief

« La ville a modernisé ses infrastructures TIC et renouvelé ses systèmes de gestion, se félicite Gema Igual Ortiz. Nous avons ainsi jeté les bases pour permettre à des projets plus ambitieux d’être entrepris, comme l’initiative Santander Smart Citizen, dont la première phase va commencer cet été. » Le nouveau projet dispose d’un budget de 6,67 millions d’euros financés à 40 % par la municipalité et à 60 % par l’entité Red.es dépendant du ministère de l’Industrie et par un cofinancement du Fonds européen de développement régional.

« Le but est de développer un concept citoyen à 360° qui positionne les citoyens comme les véritables protagonistes de la ville intelligente, décrypte l’édile. Ce projet permettra, à terme, l’amélioration de la qualité des services municipaux tout en garantissant une facilité d’utilisation à ses usagers. »

Emblème de la ville, le Palacio de la Magdalena se trouve sur la presqu’île du même nom.
Emblème de la ville, le Palacio de la Magdalena se trouve sur la presqu’île du même nom. Nicolas Krief

Tous les services municipaux seront centralisés sur une carte personnalisée pouvant être physique ou dématérialisée sous la forme d’une application mobile. Réserver des billets d’entrée au musée, gérer ses emprunts à la bibliothèque, prendre son bus, payer ses impôts, consulter sa consommation d’eau et d’électricité, tout sera possible grâce à ce projet et à une unique interface.

« Nous allons commencer par mettre cette carte à la disposition des touristes dès cet été, explique Gema Igual Ortiz, car les services municipaux les concernant sont moins nombreux et plus faciles à gérer. Nous prévoyons une mise en service pour tous les citoyens à l’horizon 2024. » Le projet européen initial consacrant Santander comme laboratoire vivant de la smart city était prévu sur une durée de quatre ans.

La presqu’île de la Magdalena abrite des bassins artificiels avec des phoques et des otaries.
La presqu’île de la Magdalena abrite des bassins artificiels avec des phoques et des otaries. Nicolas Krief

Une décennie plus tard, la ville a bâti sa stratégie de développement autour de cette facette, et elle poursuit ses efforts d’intégration afin d’inscrire la smart city de manière durable. L’approche de la municipalité se traduit en effet par un temps long et l’ambition de pérenniser à la fois les services et les usages. La capitale de la Cantabrie a d’ailleurs été la pionnière d’un mouvement national en créant le réseau espagnol des villes intelligentes qui regroupe actuellement une soixantaine de partenaires. Une pionnière très smart !

Chiffres clés

• Population : 173 869 habitants.
• Superficie : 33 km2.
• 2010 : début du projet SmartSantander.
• Budget de 8,67 M € pour SmartSantander.
• 30 projets, plus de 340 partenaires internationaux, pour un budget de 154 M €.
• 20 000 capteurs répartis dans la ville.
• Économie de 5 M m3 d’eau (soit 23 %) et de 80 % d’énergie pour l’éclairage public.
• 120 km d’infrastructures de fibre optique.
• Plus de 90 catalogues de données accessibles depuis la plate-forme Smart City.
• 96,7 % de niveau de transparence.
• Budget de 1,5 M € pour Smart City Brain.
• Budget de 6,65 M € pour Santander Smart Citizen.


Thématiques associées