Anik Labreigne
The Good Escape

Gruissan Plage des Chalets, une belle escapade méditerranéenne

Révélé par le film 37,2 le Matin, Gruissan et sa plage des chalets restent méconnus. Pourtant, ce petit bout de terre léché par les flots de la Méditerranée a bien des atouts à faire valoir.

Qui en France ou à l’étranger connaît Gruissan et sa Plage des Chalets ? Bien peu de monde en vérité. Et pourtant, cette station balnéaire a bénéficié d’une belle exposition dans le film 37,2° le Matin de Jean-Jacques Beineix. Sa pittoresque plage des chalets constitue en effet, le décor de nombreuses scènes et notamment de la suffocante ouverture avec une Béatrice Dalle incandescente. Le long métrage rencontre le succès à sa sortie en 1986, il fait près de 4 millions d’entrées.

Ce beau coup de projecteur ne suffit pas pour que cette discrète station languedocienne accède à la notoriété. Peut-être Gruissan traine-t-elle toujours les a priori d’une époque aujourd’hui révolue.

Patrimoine du XXème siècle

Implantée en région Occitanie sur le département de l’Aude, entre Béziers au nord et Perpignan au sud, Gruissan est surtout proche de Narbonne. Sur place, on découvre un charmant village ancien, de type « circulade » qui se déploie comme un escargot de pierres, surplombé par les restes de son château et de sa tour Barberousse.

Le long de l’étang qui sépare le village de la plage, on découvre le Port de Gruissan. Cette station balnéaire sortie de terre en 1974, compte quelques 50 000 lits. Elle fait partie de la Mission Racine lancée par le Général de Gaulle dans les années 60. Six stations dont la Grande Motte, Port Leucate ou encore Le Cap D’Agde, sont créées de toutes pièces.

Les cabanes de pêcheurs de l’étang de l’Ayrolle.
Les cabanes de pêcheurs de l’étang de l’Ayrolle. Anik Labreigne

Elles ont pour mission de capter le flot des touristes se rendant en Espagne. Gruissan fait partie du lot. Les architectes Raymond Gleize et Edouard Hartane imaginent des bâtiments « en voutains » inspirée du Maghreb. Les courbes de leur toit expliquent le surnom « des chameaux » qui leur est attribué. Longtemps dédaignée, cette architecture devenue vintage, est aujourd’hui tendance. Depuis 2011, elle bénéficie du label Patrimoine du XXème siècle.

Mais, il faut aller un peu plus loin vers la mer au bout du monde, pour découvrir la vraie pépite de Gruissan.

Chalets de plage, la pépite de Gruissan

Comme souvent dans la région, un étang ou plutôt une lagune (d’eau salée) peu profonde, sépare la ville de la mer. Cette étendue d’eau protège en isolant un peu, la zone de la plage qui fait penser à un petit désert, une sorte de far-west de sable et de dunes. A l’abri de la ville, des voitures, de la civilisation, elle est encore aujourd’hui préservée. On s’y sent un peu comme sur une île de Robinson Crusoé. C’est là qu’ont poussé 1400 « chalets », perchées sur leurs pilotis de bois posés sur le sable.

On en trouve trace dès le début du XXème siècle. Au départ, ce ne sont que des cabanes de bric et de broc destinées à entreposer le matériel pour la baignade. Elles sont construites directement sur la plage de Gruissan, les pieds dans le sable et parfois dans l’eau (d’où les pilotis), notamment lors des tempêtes hivernales. L’habitude de ne rien construire au rez-de-chaussée, hormis parfois des toilettes rudimentaires, entourés de quelques planches, provient de cette époque. La légende raconte qu’après une grosse vague, un habitant a sommé son voisin de venir chercher ses WC. « Ils ont émigré sous mon chalet », se serait plaint l’habitant.

La Plage des Chalets, Gruissan.
La Plage des Chalets, Gruissan. Anik Labreigne

Bien vite, des amateurs de nature sauvage s’y installent. Ils en font leur petit paradis d’été… Puis y vivent à l’année. Aujourd’hui, 120 familles, soit environ 400 personnes y résideraient à plein temps. Elles forment une petite communauté amoureuse de nature, de calme et d’espace. Il est loin aussi le temps des années 70, durant lesquelles les chalets sont un peu laissés pour compte. La légende raconte que des malfrats viennent « s’y mettre au vert ».

Pour éviter les coups de mer hivernaux qui détériorent ces fragiles habitats des digues sont érigées. Elles sont destinées à arrêter les grosses vagues hivernales. Les acque alte se transforment en lointains souvenirs. Seul bémol, les chalets ne sont désormais plus léchés par les flots.

Les Chalets bougent…

Alain Escande créateur de la micro-brasserie La Mer à Boire habite sur place depuis 1997. « Ici, l’ambiance hésite entre île déserte, camping et far-west, raconte-t-il. A l’époque, j’ai acheté mon chalet contre 240 000 francs. Aujourd’hui, un beau chalet d’une cinquantaine de m² se vend 350 000 euros ».

Il note que l’esprit des lieux évolue un peu ces dernières années. « Jusque-là l’ambiance était très popu, esprit “apéro, barbecue, pétanque entre voisins”. Aujourd’hui, une clientèle plus hype arrive, attirée par la beauté et l’authenticité des lieux », constate le chef d’entreprise. « Au pied des derniers chalets HQE, construits dans les années 2000, on croise plus des Porsche Cayenne dernier cri que des vieux breaks tout rouillés comme fut une époque », note le parton, un brin nostalgique.

La Plage des Chalets, Gruissan.
La Plage des Chalets, Gruissan. Anik Labreigne

Patrimoine à préserver

Conscient de la singularité de ce lotissement unique en France, et en Europe, la Mairie a instauré un cahier des charges à respecter. En gros, les parcelles ne sont pas clôturées. Les chalets doivent s’appuyer sur des pilotis de bois, présenter un rez-de-chaussée libre, être dotés d’un étage disposant d’une grande terrasse en bois à laquelle on accède par un escalier extérieur. Dans l’ensemble, les chalets sont assez nombreux à souscrire à cette charte. Les habitants sont locataires. Ils possèdent juste le bâti. Le sol reste propriété de la commune, qui prélève un loyer symbolique.

Ces habitations paraissent bien fragiles face aux éléments. Elles résistent pourtant telles des David de planches face au Goliath marin surpuissant. Elles font de plus en plus d’adeptes.

« Il faut y aller, le TGV n’attendra pas ». Guide de l’office de tourisme, Nelly m’invite à prendre place dans sa Fiat 500 Electrique cabriolet. Direction la gare de Narbonne et le TGV pour rentrer à Paris. Après une journée à déambuler aux pieds de ses délicates habitations sur échasses, le charme agit. Et l’on est bien triste de devoir quitter ce petit bout du monde fort attachant.


Le guide de The Good Life à Gruissan :

Gruissan Plage des chalets

Des lieux cool ont éclos ces dernières années. Le Paparazzo, « vaste cantine de plage animée », à l’esprit hippie-chic fonctionne de pair avec le Grand Soleil à l’esprit plus bourgeois et la déco plus smart. Mais c’est à la Perle Gruissanaise, installée tout au bout de la plage des chalets vers le Grau, que l’on découvre l’établissement à ne pas manquer. Cette ancienne base conchylicole, transformée en criée aux fruits de mer et poissons, propose de se concocter son plateau et d’aller le manger directement au bord de l’eau dans les espaces aménagés. Un roof top, à la splendide vue panoramique, a poussé voilà quelques années. L’établissement instaure le concept de la pêche à l’assiette. Les deux bateaux du couple de marins pêcheurs, à la barre du resto, sont amarrés devant. Ils déversent leurs poissons qui se retrouveront dans votre assiette quelques minutes plus tard.

Manger au village historique de Gruissan

La Cranqette est une charmante table nichée au sein d’une belle demeure, ancien presbytère. L’irrésistible terrasse est agréablement ombragée par une tonnelle de vigne. On y mange presqu’exclusivement des produits locaux et notamment de la mer. Espadon, thon, poulpe et autres murex (des bulots moins caoutchouteux) délicieusement préparés par Julien Privat, un enfant du pays qui apprécie les mariages des produits de la terre avec ceux de la mer. Il est consternant qu’aucune étoile Michelin ne vienne saluer la cuisine élégante de ce jeune chef talentueux.

Dormir

Les Ilots de Gruissan viennent d’ouvrir. Ce lodge-boat (cabane flottante) d’une trentaine d’appartements sur l’eau, est amarré à un quai mobile du port de Gruissan… Très bien arrimé, les barges ne bougent quasiment pas. Depuis la terrasse, on a la vue sur la plage des Chalets, au loin. Pour une centaine d’euros l’on passe une nuit à ondoyer sur les flots.

Les Ilots de Gruissan.
Les Ilots de Gruissan. jean-michel-deguine-allianceplaisance

Boire

Les problèmes de dos d’Alain Escande le forcent à arrêter sa carrière de gendarme motocycliste. Devenu Plombier les douleurs le rattrapent. Pas question de rester à ne rien faire. Une nouvelle conversion conduit le cinquantenaire à la micro-brasserie. Il lance voilà 5 ans la Mer à Boire et surfe depuis sur la mode des bières artisanales. On raconte avec le sourire que ses bières auraient un petit goût marin qui fait la différence… Son atelier, installé au sein de la zone industrielle des chalets, dispose d’une charmante boutique pour la dégustation. « Je ne démarche pas. Mon problème c’est de produire suffisamment », explique le parton qui vit à proximité dans un authentique chalet.

Les bières artisanales de La Mer à Boire.
Les bières artisanales de La Mer à Boire. DR

Se promener

Les locations de e-trottinettes électriques tout-terrain Trottup permettent de découvrir la région de Gruissan d’une manière douce et écologique. Dotées de gros pneus passe-partout ces engins cool permettent de se promener dans des endroits inaccessibles en auto. La position debout autorise une vue plus panoramique qu’à vélo. Plusieurs balades fort agréables et instructives, sont proposées : A travers les vignes, Patrimoine, Bord de mer.

Visiter le Salin de l’Île Saint-Martin

Les bassins de décantation du sel prennent ici de surprenants tons roses. Une algue locale en serait la cause. Les salins se visitent. On découvre la nature de cette activité et notamment tout le processus d’évaporation qui mène à la fleur de sel. Sur place, on boit un verre en roof top à la Terrasse du Salin, on déguste les huitres locales. Un restaurant plus gastro complète l’offre culinaire.

Le Salin de l’Île Saint-Martin.
Le Salin de l’Île Saint-Martin. Anik Labreigne

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