RMN-GRAND PALAIS (MUSÉE DU LOUVRE) TONY QUERREC

Art classique et moderne : 5 expos pour le printemps de Roubaix à Bordeaux

Peintures charnelles et tendres portraits, paysages alpins ou sculptures minérales… les musées soufflent le chaud et le froid.

Paris, peintures à chaud. Chaud devant ! Cette expo explore le thème de l’amour dans ses formes les plus licencieuses, en se concentrant sur le XVIIIe siècle, qui signe l’avènement du plaisir des sens. Sont réunis peintures, dessins et estampes, qui traitent du désir, qui le suscitent aussi. Jean-Honoré Fragonard esquisse les amours voluptueuses dans le foin des étables ou le moelleux des draps et titre l’une de ses oeuvres les plus lestes La Résistance inutile. François Boucher peint les jeux de séduction des domestiques en cuisine et les chairs offertes des libertines en chambre. Antoine Watteau s’attarde sur les beautés retirant leur chemise au sortir du lit. À l’issue du parcours, un cabinet invite à découvrir des œuvres et objets à caractère pornographique provenant d’une collection particulière. On est loin de #metoo… L’Empire des sens, musée Cognacq-Jay, jusqu’au 27 mai. www.museecognacqjay.paris.fr

Paris, duo céleste. L’amitié qui lie Giacometti à Beckett remonte à 1937. Elle ne se démentira jamais et trouvera son acmé en 1961, lorsque Giacometti réalise un décor pour une mise en scène d’En attendant Godot. D’innombrables passerelles lient l’artiste et l’écrivain. Au-delà des « cages » – conçues par Giacometti à partir des années 50, elles font écho au huis clos sur scène –, la reprise inlassable d’un même motif et le thème du ratage sont présents chez les deux créateurs. Tandis que Beckett donne ses lettres de noblesse au bégaiement, Giacometti dessine à petits traits, passe et repasse ses lignes… Alberto Giacometti / Samuel Beckett. Rater encore. Rater mieux, fondation Giacometti, jusqu’au 28 mars. www.fondation-giacometti.fr

Evian-les-Bains, Alpes sur toiles. Dans le cadre d’une exposition collective sur le thème de la montagne suisse, on découvre d’Alberto Giacometti des toiles rarement montrées, des paysages accidentés et rocheux éclatants de couleurs et de lumière, des odes à cette région natale des Grisons où il a grandi. Ce canton suisse a constitué une terre d’accueil et d’inspiration pour de nombreux artistes. Au début du XXe siècle, la figure fédératrice n’était pas Alberto, encore jeune, mais Giovanni Giacometti, son père, peintre redoutable de talent lui aussi. Autour de lui : les amis que sont Cuno Amiet et Ferdinand Hodler, mais aussi la figure tutélaire de Giovanni Segantini. Toute une chaîne d’artistes, donc, qui ploient sous la beauté du paysage alpin et deviennent les représentants du renouveau de la peinture helvétique. La Montagne fertile : les Giacometti, Segantini, Amiet, Hodler, et leur héritage, Palais Lumière, jusqu’au 30 mai. www.ville-evian.fr

Roubaix, Dodeigne taillé dans le roc. C’est une pierre naturelle calcaire compacte, dont la teinte vire du gris-bleu au noir. On la trouve dans la région de Soignies, dans le Hainaut. Eugène Dodeigne a fait de cette pierre constellée de résidus marins fossilisés son matériau de prédilection, sculptant dans les années 50 des volumes lisses et denses, puis empruntant la technique de la pierre éclatée et délivrant, à partir des années 70, des œuvres abruptes et expressives. Ses sculptures ornementent nombre de places et de parcs à Lille, Dunkerque, Anvers et Roubaix. Roubaix, justement, lui rend hommage avec une expo qui réévalue l’ensemble de son œuvre, laissant place aux autres productions en plâtre, en bois, en bronze, ainsi qu’aux dessins et peintures. De quoi redécouvrir la poigne de cet artiste disparu en 2015, qui disait que « la sculpture est une lutte contre la matière. Il faut jouer des poings ». Eugène Dodeigne (1923-2015). Une rétrospective. La Piscine, jusqu’au 28 mars. www.roubaix-lapiscine.com

Bordeaux, saison britannique. Grâce à sa collection d’une trentaine d’œuvres et au prêt de 8 autres chefs-d’œuvre par le musée du Louvre, Bordeaux enclenche une année britannique. Une bonne part de l’accrochage est consacrée au portrait. L’œuvre phare est le Master Hare, de Reynolds, le portrait d’un garçonnet aux cheveux longs et bouclés revêtu d’un habit de mousseline. Cette merveille constitue l’une des illustrations obligées de l’art britannique. Quant au paysage chaotique de Macbeth et les trois Sorcières, de John Martin, il n’est pas sans rappeler les tumultes du Brexit… British Stories, musée des Beaux-Arts de Bordeaux, jusqu’au 19 septembre. www.musba-bordeaux.fr


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