©Guillaume Grasset

Gastronomie, business et chiffres clés : zoom sur Lyon, capitale de « l’industrie du futur »

Faisant partie des principales agglomérations industrielles de France, Lyon entend s’imposer comme référence européenne et se rêve en capitale de « l’industrie du futur ».

« Au-delà des voûtes ». C’est ainsi que les Lyonnais nomment encore le bout de la presqu’île où confluent le Rhône et la Saône. Ces voûtes, ce sont celles qui supportent les rails surélevés de la gare de Lyon‑Perrache, un obstacle séparant brutalement un centre-ville résidentiel et prospère et un site de 150 hectares qui a longtemps concentré les nuisances de Lyon : industrie, usines, abattoir, prison…

En une décennie, le quartier de la Confluence est passé de friche industrielle mal famée à quartier modèle du XXIe siècle. À l’origine de ce projet : la création, en 1999, par le Grand Lyon et la ville de Lyon de la société d’économie mixte Lyon Confluence. Un programme de réhabilitation est mis sur pied et, sous l’impulsion de Gérard Collomb (élu en 2001), se concrétise avec une première phase.

Depuis, le chantier n’a jamais cessé, avec la construction de bâtiments résidentiels et commerciaux, de sièges sociaux… formant une intéressante collection d’architectures contemporaines concentrées sur un petit territoire.

Le Musée des Confluences par Coop Himmelb(l)au.
Le Musée des Confluences par Coop Himmelb(l)au. ©Guillaume Grasset

La Confluence en quelques exemples d’architecture contemporaine :

• Ilôts ABC (2010). Un programme résidentiel en trois parties fonctionnant à 80 % aux énergies renouvelables. Une architecture variée réalisée par trois équipes distinctes. À l’intérieur de l’ilôt B, un élégant ensemble résidentiel tout de béton brut et de bois a été imaginé par Clément Vergely. En bordure de la place nautique se trouvent les bâtiments aux revêtements variés constitués de blocs en saillie ou en retrait du studio Fuksas, ainsi que le grand monolithe conçu par MVRDV, qui est, en fait, constitué de 5 sections, chacune réalisée par un architecte.

Les cubes orange (2010) et vert (2015). Certainement les bâtiments qui jalonnent le quai Rambaud les plus connus, car les plus visibles en raison de leurs couleurs flashy. Au bord de la Saône, ces deux œuvres sont signées Jakob + MacFarlane. Le cube orange, siège du groupe Cardinal, est revêtu d’une enveloppe perforée et profondément percé d’un cône laissant entrer la lumière au cœur du bâtiment. Pour le vert, siège d’Euronews, de semblables trouées ont été disposées comme deux yeux sur la façade. L’enveloppe-résille a été dessinée par l’artiste Fabrice Hyber.

• GL Events (2014). Avec son grand porte‑à‑faux doublé de rouge, la couleur fétiche de l’architecte Odile Decq, le siège de GL Events se trouve à l’extrémité du quai Rambaud. L’intérieur du lieu puise son caractère dans les énormes poutrelles exposées dans son atrium. À l’extérieur, l’artiste Felice Varini a habillé les façades de verre d’images fantômes des vues qu’il occulte.

• Hikari (2015). Conçu par l’architecte japonais Kengo Kuma, l’immeuble Hikari est à énergie positive, c’est‑à‑dire qu’il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme. Il s’agit du premier édifice d’une telle ampleur (12 800 m2) à avoir réussi cette prouesse, jusque-là réservée à des maisons individuelles. L’excédent d’énergie produit par chacun des trois bâtiments est stocké puis réparti au cours de la journée selon les besoins, d’où l’importance d’un usage mixte.

Ilôts ABC (2010).
Ilôts ABC (2010). ©Guillaume Grasset

• Ilôt A3 (2017). Le programme Ynfluence Square marque une nouvelle étape de la transformation de Confluence, le début de la phase 2 du projet, qui concerne son côté Rhône. Placée au centre du carré, une petite tour résidentielle signée Herzog & de Meuron (également concepteurs du plan d’ensemble de la seconde phase), montrait ainsi la voie à suivre : sobriété, rigueur, cohérence.

• Ycone (2019). C’est l’ultime projet de la première phase, une tour résidentielle confiée à Jean Nouvel. Une tour qui attire l’œil avec sa façade éclatée, irrégulière, qui s’élargit à mesure qu’elle monte, et qui est coiffée d’une structure prodiguant de l’ombre au toit‑terrasse et à sa piscine. S.B.

Lyon, industrie et… gastronomie !

« Lyon, capitale de la gastronomie. » Lancée dans les années 30 par le critique culinaire Curnonsky, cette phrase ne signifie pas grand-chose. Mais être chef aujourd’hui à Lyon, c’est être l’héritier d’un riche patrimoine culinaire. Elle relie bouchers de la Renaissance et « mères lyonnaises » du XIXe siècle, mâchons et bouchons, Eugénie Brazier et Paul Bocuse.

Cette histoire, certains ont voulu la raconter dans la Cité internationale de la gastronomie, tentative peu convaincante et vite suspendue. La cuisine se vit, se crée, se réinvente et se mange dans les restaurants, les classiques et ceux d’une nouvelle génération qui, sans renier le passé, dépoussièrent les clichés lyonnais.

Tabata et Ludovic Mey incarnent parfaitement ce nouvel esprit lyonnais. Ils se sont rencontrés devant les fourneaux du Marguerite, de Bocuse. Elle, Brésilienne candidate de « Top Chef » formée à l’institut Paul Bocuse ; lui, le Savoyard au parcours classique passé chez Christian Têtedoie. Après un long voyage qui les mène du Brésil à Copenhague, chez Noma, ils ouvrent, en 2016, à Lyon, Les Apothicaires, une étoile au Michelin.

« Ce qui a changé entre notre génération et la précédente, c’est la mentalité, constate Tabata Mey. L’ancienne était plus clanique, plus corporatiste. On parle de liens avec la franc-maçonnerie, d’associations ou de bandes parfois sectaires, y compris celle de M. Paul ! Notre génération a envie de faire des choses en commun avec une réelle sincérité. On échange nos recettes, on mutualise nos fournisseurs et nous sommes de vrais amis ».

Résultat de cet esprit collectif : Food Traboule, un food-court qui rassemble 12 chefs et leurs cuisines. Un concept déjà présent à Lyon avec des lieux comme La Commune ou Heat, mais qui trouve ici une forme nouvelle et atypique. Loin des friches industrielles, Food Traboule est situé dans le quartier Renaissance, avec ses ruelles et passages étroits : les traboules.

Dans cette Tour rose, les cuisines se découvrent à tous les étages, les tables s’infiltrent sous les boiseries classées. Un cocon dans lequel Tabata, chineuse, a déposé des objets anciens, des banquettes de train… Chacun est propriétaire de son fonds de commerce – ce qui est inédit dans ce genre de concept – et souvent d’un autre restaurant.

De bons produits, de bonnes pratiques (recyclage, compost, etc.) et de bons plats, il n’en fallait pas plus pour attirer les Lyonnais. Ils déambulent avant de se décider pour un croque-monsieur au jambon truffé du Bistrot du Potager, une pizza de Ludo, une galette de la Panifacture (satellite de Substrat), un baba à la Chartreuse de la Baraque à sucre…

Le préambule à d’autres expériences culinaires à découvrir dans cette ville où la gastronomie est primordiale. « Je n’ai jamais vu un lieu où la table est autant prise au sérieux. Ici, c’est ventral ! » conclut Tabata Mey. S. B. 

Chiffres clés de la métropole de Lyon  (2020)

• 59 communes.
• 1 385 927 habitants, soit 17 % de la population de la région Auvergne‑Rhône‑Alpes (dont 534 000 habitants dans la ville de Lyon).
• 74,6 Mds € de PIB (2016).
• 3,5 Mds € de dépenses d’investissement de 2015 à 2020.
• 140 480 établissements publics et privés.
• 29 471 créations d’entreprises, soit + 20,7 % en un an.
• 770 000 emplois (salariés et non-salariés), dont 594 300 dans le secteur privé.
• 21 582 € de revenu disponible médian par unité de consommation (France: 20 809 €).
• 7,6 % de taux de chômage (France: 8,3 %).
• 75 550 emplois dans l’industrie, soit 13 % du total des emplois, dont :
– 8 300 dans l’industrie chimique,
– 8 200 dans l’industrie pharmaceutique,
– 7 800 dans le secteur de l’énergie,
– 13 500 dans la métallurgie, les machines et équipements.
• 164 000 étudiants, dont 13 % internationaux. I. C.


Thématiques associées