Nicolas Krief

Architecture, Swarovski et chiffres clés : zoom sur Innsbruck, la « capitale des Alpes »

Dans le Tyrol autrichien, Innsbruck constitue l’une des principales destinations touristiques du pays et s’appréhende comme une ville jeune, dynamique et à gros potentiel économique, avec la montagne au coeur de sa stratégie et de son identité. Ancienne ville olympique, elle se prend aujourd’hui pour la « capitale des Alpes ».

Des stations de téléphérique et un tremplin de saut à ski signés Zaha Hadid, un hôtel de ville et un supermarché conçus par Dominique Perrault, un centre commercial créé par David Chipperfield… En plus de ses emblématiques bâtiments Renaissance et baroques, Innsbruck, la « capitale des Alpes », possède une jolie collection d’architecture contemporaine.

Innsbruck, architecture au pied des Alpes

Contrairement à d’autres villes qui ont accueilli les JO – ici, deux fois plutôt qu’une (1964 et 1976) –, il ne reste rien, hormis quelques résidences et infrastructures. Il faudra attendre la fin des années 90 pour qu’Innsbruck invite, par le biais de concours, des architectes à intervenir dans la ville. Et tout s’est concentré en une décennie, celle des années 2000, celle des architectes stars.

Arno Ritter, directeur depuis 1995 du centre tyrolien d’architecture, a été le témoin de cette démarche : « Quelques‑uns ont créé le mouvement, tel le maire de l’époque, Herwig van Staa, puis c’est comme une avalanche, l’un commence et les autres suivent. Aujourd’hui, les choses sont différentes. La construction des bâtiments publics ne se décide plus que sur un budget. L’architecture n’est plus considérée comme un objet de représentation. Mais il faut faire attention à ce que la démocratie n’ait pas pour seul sujet l’argent. »

Les montagnes servent de toiles de fond au paysage urbain et donnent à la ville d’Innsbruck son atmosphère particulière.
Les montagnes servent de toiles de fond au paysage urbain et donnent à la ville d’Innsbruck son atmosphère particulière. Nicolas Krief

Avec un maire vert élu en 2018, Georg Willi, Innsbruck doit faire face à de nouveaux défis. « Pour construire vert, il faut commencer avec l’aménagement urbain, poursuit Arno Ritter. L’écoresponsabilité ne doit pas s’arrêter aux façades et à l’énergie. Si vous construisez au mauvais endroit, et qu’il faut deux voitures aux gens pour aller travailler, ça ne fonctionne pas ! » Même son de cloche chez Snøhetta, célèbre studio d’architectes norvégien qui a ouvert un bureau à Innsbruck en 2011. Construire, oui, mais pas trop, pas n’importe comment, surtout quand on doit le faire en pleine nature.

Un parfait exemple : le parcours d’observation conçu par Snøhetta à la station Seegrube. « Les clients nous ont d’abord demandé quelque chose de spectaculaire, explique Patrick Lüth, directeur du studio. Le site est grandiose et la destination, très touristique. Il fallait mettre le spectateur en communion avec ce qui l’entoure, sans ajouter du spectaculaire au spectaculaire. Il a donc suffi, avec de simples éléments architecturaux, de mettre en valeur ce que nous avions déjà. Certains locaux n’ont pas tellement apprécié : “Ah, mais c’est un simple banc ! J’avais la même vue sans”… »

Dans le centre, une place concentre toute l’histoire de la ville : la Landhausplatz, réaménagée en 2010 par le studio LAAC. D’un côté, un sévère bâtiment édifié en 1939. Au milieu, trois mémoriaux solennels et, parmi tous ces symboles, des skateurs naviguant sur une surface de béton dynamique de laquelle émergent des formes fluides en relief. Ces jeunes sont ici les bienvenus. Une architecture à la fois sociale et symbolique qui réconcilie les générations.

Landhausplatz;
Landhausplatz; Nicolas Krief

Incontournable Swarovski

C’est le fleuron industriel de la région. L’employeur le plus important aussi. A une quinzaine de kilomètres d’Innsbruck, à Wattens, difficile de manquer le site de fabrication de Swarovski. C’est là que Daniel Swarovski – fils d’un tailleur de verre de Bohême – s’installe en 1895 avec ses associés, Franz Weis et Armand Kosman. A mi-chemin entre Prague et Paris, mais aussi à proximité de l’Inn, la rivière qui fournit l’hydroélectricité indispensable à son activité.

Leur succès repose sur un savoir‑faire familial, mais surtout sur l’invention d’une machine à tailler électrique d’une précision inégalable. Le destin de Wattens est désormais lié à celui de l’entreprise. Y sont encore aujourd’hui concentrés tous les savoir‑faire de Swarovski : la fabrication des cristaux et, à quelques kilomètres de là, les branches Optik (jumelles, longues-vues, lunettes de visée et instruments optroniques) et Tyrolit (fabricants d’outils de tronçonnage, sciage, carottage…). Secret de fabrication oblige, l’accès à l’usine de Wattens est strictement interdit.

Seule la Manufaktur, atelier géant abritant les projets spéciaux, est ouverte aux créateurs désireux de collaborer avec la marque, ainsi qu’aux journalistes. Un peu de transparence – l’espace, signé par le studio Snøhetta, est totalement vitré et ouvert – de la part d’une entreprise qui verrouille sa communication… On assiste à la fabrication de pièces uniques et de prototypes, et on passerait des heures à consulter la matériothèque où sont classés toutes les tailles, formes, couleurs de cristaux imaginables ou non.

L’usine de Swarovski, fleuron industriel de la région, se trouve à une quinzaine de kilomètres d’Innsbruck, à Wattens.
L’usine de Swarovski, fleuron industriel de la région, se trouve à une quinzaine de kilomètres d’Innsbruck, à Wattens. Nicolas Krief

Pour les autres, c’est‑à‑dire le grand public, Swarovski a ouvert le Crystal Worlds en 1995, un parc d’attractions sur le thème du cristal qui a été entièrement rénové en 2015. C’est là que se trouvent les 17 Chambers of Wonder, chacune conçue par un artiste. Bien sûr, ça brille de mille feux, c’est coloré, flashy, kitsch… mais aussi poétique, magique et finalement bluffant. Même les plus cyniques et les grincheux se laissent gagner par la magie de ces mises en scène.

Et ce, sans doute parce que Swarovski a eu, au fil des ans, le don de bien s’entourer. On fait le tour du monde de la création contemporaine vue par le prisme du cristal, passant de la féerie d’un Tord Boontje au pop coloré de Manish Arora, de l’humour graphique de Studio Job à la mise en abyme de Yayoi Kusama. L’emballement retombe un peu quand il s’agit de traverser la boutique géante qui inévitablement clôt la visite. En vrac dans des petits sachets, sous la forme de figurines de chatons ou de Batman, les cristaux perdent un peu de leur magie…

Heureusement, l’expérience se prolonge à l’extérieur dans un parc paysagé avec un plan d’eau dans lequel se reflètent des nuages scintillants, une tour de jeux pour les enfants, et surtout un génial carrousel tout en noir et blanc imaginé par le designer Jaime Hayón et qui, de nouveau, fait tourner la tête.

Données clés : 

• Superficie : 104,81 km2.
• Altitude : 574 m.
• Population : 131 961 habitants en 2020 et 229 190 habitants pour son agglomération (Statistik Austria).
• PIB : 16 M € en 2018, soit une contribution de 4,2 % au PIB national et un PIB/habitant de 46 980 € (OCDE).
• Près de 98 400 personnes occupent un emploi.
• 35 000 étudiants.
• 21 % de la population possède un diplôme universitaire, soit le double de la moyenne régionale.
• Principaux employeurs : Tiwag (électricité), Tirol Kliniken (centre hospitalier) et l’université d’Innsbruck.
• 91,4 % de PME.


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