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Valeurs montantes de l'artisanat de luxe en France 3/3 : Nicolas Lévy, copropriétaire et directeur général de Lit National

Ils ont misé sur un savoir-faire d’exception qu’ils font briller en France comme à l’étranger. Pour eux, la crise du Covid-19 n’entamera pas l’ascension de leur artisanat bleu, blanc, rouge de haut vol. Rencontre avec trois dirigeants de trois PME emblématiques d’un made in France conquérant.

Après Luc Foin, cofondateur de Deejo, et Aymeric Duthoit, Président de Duvivier Canapés, le troisième et dernier épisode de cette série consacrée aux entrepreneurs de l’artisanat de luxe en France met en avant Nicolas Lévy, copropriétaire et directeur général de Lit National.

The Good Life : Est-ce vraiment facile, en ce début de décennie 2020, d’être perçu comme la Rolls du lit ?
Nicolas Lévy : Nos valeurs haute couture nous portent plus que jamais. Elles s’incarnent notamment dans l’intégration de l’ensemble de la fabrication au sein de notre atelier du Pré-Saint-Gervais. Nous ne travaillons que des matières naturelles nobles : pure laine vierge de mouton texel, duvet de poil de chameau, crin de cheval, duvet de chèvre cachemire et bois de peuplier blond de Picardie, issu d’exploitations durables. Aucune sous-traitance ni matière synthétique, à l’inverse de certains de nos concurrents. Si vous portez un pull en cachemire sur une chemise en coton, vous aurez un confort incomparable : il en va de même pour le meilleur lit du monde.

TGL : Le Lit National fait-il partie de ce très haut de gamme qui surfe sur les crises, y compris celle-là ?
N. L. : Nous sommes deux maisons, Le Lit National et Charles Paris. Cette dernière est, elle aussi, une entreprise du patrimoine vivant (label d’Etat EPV), qui s’appuie sur un savoir-faire artisanal extraordinaire, celui des luminaires en bronze d’art fabriqués à la main. Très vite, nous avons renoué avec les béné ces. Même en cette période, nous restons sur une forte courbe ascendante.

TGL : Revendiquer un savoir-faire ancestral, n’est-ce pas se placer en marge des exigences de notre époque ?
N. L. : Nous ne craignons surtout pas de communiquer sur la richesse de ce savoir-faire d’exception. Notre entreprise est à l’origine de la fabrication du matelas de laine en 1909. Imaginez : la tour Eiffel venait de fêter ses 20ans, et on circulait dans Paris en calèche ! Le Lit National, c’est cette magnifique histoire de François Péjaudier quittant son Allier natal pour venir vendre à Paris la laine de son frère, qui élevait des moutons, et réaliser ses premiers matelas. Nous sommes fiers de cet héritage qui nous relie à l’air du temps des années 2020, lesquelles alertent sur la nocivité du jetable de la production industrielle. Notre laine française est lavée en France, et non pas en Chine, où le lavage est chimique. Et tout est piqué à la main. Et travailler la laine ne nous empêche pas d’intégrer des matières plus modernes, comme le latex 100 % naturel.

Pour le garnissage des matelas, les matelassiers utilisent de la pure laine vierge « fleur de France », provenant de moutons texel.
Pour le garnissage des matelas, les matelassiers utilisent de la pure laine vierge « fleur de France », provenant de moutons texel. DR

TGL : Quel est le nerf de la guerre de cette fabrication ? Recruter d’excellents tapissiers ?
N. L. : Il n’existe pas de formation au métier de litier. Nos artisans sortent d’écoles réputées comme La Bonne Graine, l’école d’ameublement de Paris, ou la prestigieuse école Boulle. Ensuite, nous formons nos tapissiers en interne et les intégrons comme apprentis. La renommée de notre maison et notre bienveillance entrepreneuriale font que nous n’avons aucune difficulté à recruter.

TGL : Qui sont vos clients étrangers ?
N. L. : La clientèle internationale du Lit National, dont la boutique historique est implantée place du Trocadéro à Paris, et ce depuis bientôt un siècle, vit en partie dans la capitale. Toutes les commandes, ou presque, passent par la France. Pour Charles Paris, qui attire beaucoup d’Américains, de clients originaires des Emirats arabes unis et de Russie, nous partons à leur rencontre à travers le monde, grâce à nos prescripteurs, aux décorateurs et aux bureaux de design.

TGL : Pas de commandes venues d’Asie ?
N. L. : Nous n’avons pas encore attaqué le marché asiatique, car cela suppose une fabrication avec de gros volumes. Aujourd’hui, nous ne sommes pas encore structurés pour gérer ce flux.

TGL : Comment rester une entreprise familiale quand on a l’ambition de se développer et que son chiffre d’affaires progresse ?
N. L. : Vous venez d’identifier l’unique problème qui pourrait se poser à l’avenir : gérer notre croissance, poursuivre le développement tout en gardant notre âme artisanale. Mais nous avons hérité du travail d’une grande famille, et nous aussi, la famille Beaufour-Lévy, revendiquons notre statut d’entreprise familiale, qui investit avec passion dans le patrimoine vivant. Ce n’est pas parce que nous avons monté auparavant une chaîne de magasins, revendue depuis, que nous nous comportons comme des nanciers. Nous sommes des bâtisseurs, nous vivons et développons nos entreprises au quotidien. Et notre famille agit dans la continuité de celle des fondateurs.

Le Lit National et Charles Paris

• 23 employés.
• Nicolas Lévy, ancien propriétaire de la chaîne de meubles Monfils, et Nicolas Beaufour ont repris Le Lit National à la barre du tribunal en 2016, puis racheté Charles Paris, l’an dernier.
• Ambition : développer, sans l’industrialiser, le savoir-faire traditionnel du lit haute couture.
• Stratégie : taire son business-modèle. Nicolas Lévy ne divulgue ni chiffre ni sources, pas même le nom de ses artisans fournisseurs.


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