Ricardo Oliveira Alves

Art classique et moderne : 4 expos pour débuter 2021 de Grenoble à Genève

Les musées européens mettent à l’honneur, au cours de ces premières expos de 2021, des artistes ayant marqué leur époque grâce à leur génie et à l’utilisation de techniques innovantes.

Lisbonne, dans et hors du moule. La faculté des beaux-arts de Lisbonne possède une magnifique collection de moulages anciens, qui ont constitué pendant des siècles un moyen idéal de réaliser des copies d’œuvres d’art. Adossée à ces moulages en plâtre, cette expo se tourne aussi vers le futur en présentant d’autres technologies modernes – à commencer par l’impression en 3D –, en réunissant des œuvres de 18 artistes contemporains qui nourrissent une fascination pour le façonnage. Ils nous convient à un voyage entre l’ancien et le nouveau, et, chemin faisant, mettent en lumière les concepts de reproduction, de variation, de sérialité, d’échelle et d’hommage. Sculptures infinies, du plâtre à la 3D, musée Calouste Gulbenkian, jusqu’au 25 janvier. www.gulbenkian.ptNos expos d’art classique et moderne pour débuter 2021

Prague, face à Rembrandt. La Galerie nationale de Prague propose une exposition de Rembrandt centrée sur ses autoportraits et portraits. Le musée possède l’un des plus fameux, celui d’un savant assis à une table qui se détourne de sa lecture pour fixer le peintre. On voit dans le regard mécontent de l’homme qu’il est pressé de retourner à ses études. Parmi les nombreuses toiles prêtées par de grands musées, on trouve aussi l’image de Saskia, sa jeune épouse. Son portrait de profil rappelle les compositions des tableaux florentins du XVe siècle. Saskia sourit, sereine, presque badine. Peu de peintres sont capables de traduire avec une telle acuité les « mouvements de l’âme humaine», si bien que Rembrandt éclipse tout naturellement ses contemporains et ses disciples. Rembrandt: Portrait of a Man, National Gallery Prague, jusqu’au 31 janvier. www.ngprague.czNos expos d’art classique et moderne pour débuter 2021

Genève, genèse de l’art brut. Le voyage que Jean Dubuffet a fait en 1945 au musée d’Ethnographie de Genève (MEG) a été décisif pour élaborer son concept d’art brut. Au sortir de la guerre, l’artiste ressent le besoin de redéfinir l’art de son temps, mettant à mal les codes et les hiérarchies, s’ouvrant à de nouvelles techniques avec une liberté totale. Ce renversement de pensée, il le doit à sa rencontre avec Eugène Pittard et Marguerite Dellenbach, directeurs du MEG. L’exposition atteste de l’incroyable richesse de l’œuvre de Dubuffet et rend hommage à sa vigoureuse critique de la culture dominante. Jean Dubuffet, un barbare en Europe, musée d’Ethnographie de Genève, jusqu’au 28 février. www.ville-ge.ch/megNos expos d’art classique et moderne pour débuter 2021

Grenoble, dans l’antre de Morandi. En réalisant en 1941 l’unique peinture dont le sujet lui ait jamais été imposé, une Nature morte aux instruments de musique, Giorgio Morandi a failli se brouiller avec le commanditaire, le musicologue et collectionneur Luigi Magnani. Le tableau, finalement, a contribué à sceller une amitié durable dont on mesure aujourd’hui toute l’ampleur puisque Luigi Magnani a acquis un grand nombre d’œuvres du maître bolonais. Le musée de Grenoble en réunit plus de 50, complétées par celles conservées dans les musées français. Aux natures mortes dépouillées qui ont fait la légende de Morandi s’ajoutent des œuvres, rarement exposées, tels ses paysages, et notamment cette vue du Cortile di via Fondazza, où il habitait avec sa mère et ses trois sœurs. Se trouvait là aussi l’atelier qu’il a investi toute sa vie, œuvrant de façon obsessionnelle et monacale. Giorgio Morandi. Dans la collection de Luigi Magnani, musée de Grenoble, du 12 décembre au 14 mars. www.museedegrenoble.frNos expos d’art classique et moderne pour débuter 2021

Le peintre italien Giorgio Morandi dans son atelier, Herbert List, 1953.
Le peintre italien Giorgio Morandi dans son atelier, Herbert List, 1953. – HERBERT LIST MAGNUM PHOTOS