Fred Merz

Ecole d’horlogerie de Genève, la plus ancienne de Suisse

La meilleure école d’horlogerie suisse ? Culture du consensus oblige, les observateurs diront qu’elles se valent toutes. The Good Life a donc poussé la porte de la plus ancienne, celle de Genève, où l’on forme la jeunesse au tic-tac des montres depuis 1824.

Une fois n’est pas coutume, laissons de côté quelques vieux réflexes. Oublions les tops 10, les classements élitistes, la course à la performance et la compétitivité des écoles : au pays de l’horlogerie, on se targue de produire les plus belles montres du monde et de former les artisans les plus compétents, mais personne ne se risquerait à établir une quelconque hiérarchie entre les six écoles que compte la Suisse. « Il ne faut pas oublier que nous sommes dans le pays du compromis, rappelle l’historien spécialiste de l’horlogerie Grégory Gardinetti. On agit de manière collégiale, c’est culturel. Et la formation horlogère n’échappe pas à la règle. Le cadre est fixé à l’échelle de la Confédération, et la formation se doit donc d’être équivalente partout. » Qu’on choisisse d’apprendre les rouages de l’horlogerie traditionnelle à l’Ecole d’horlogerie de Genève, dans la vallée de Joux, dans le canton du Jura, à Bienne, à Neuchâtel ou à Soleure, le programme d’enseignement est strictement identique.

La valeur du diplôme également. Alors, d’où viennent les horlogers capables de développer de grandes complications, d’inventer de nouvelles techniques brevetées par les marques ou, tout simplement, de maîtriser les mécanismes horlogers les plus complexes ? « Peu importe l’école dont ils sont sortis, constate l’historien. Après, ce n’est qu’une histoire de talent et d’ambition. » Un doux mélange d’inné et d’acquis mâtiné de qualité suisse. Parce que la Suisse a beau être le pays du consensus, on n’y fait pas de compromis avec l’excellence.

Ouverte en 1824, l’école d’horlogerie suisse la plus ancienne compte de nombreux ateliers équipés comme ceux d’une manufacture horlogère. Trois cents élèves y sont formés aux différents métiers de production : micromécaniciens, qualiticiens, dessinateurs en microtechnique, horlogers, polisseurs…
Ouverte en 1824, l’école d’horlogerie suisse la plus ancienne compte de nombreux ateliers équipés comme ceux d’une manufacture horlogère. Trois cents élèves y sont formés aux différents métiers de production : micromécaniciens, qualiticiens, dessinateurs en microtechnique, horlogers, polisseurs… Fred Merz

Ecole d’horlogerie de Genève, après les munitions, la minutie

Cette culture de l’excellence mécanique est enseignée, entre autres, à l’Ecole d’horlogerie de Genève. « La Confédération nous donne la vision, les organisations du monde du travail déterminent les besoins, et les établissements définissent les métiers et les compétences à acquérir par les élèves pour y arriver, souligne son directeur, Pierre Amstutz. Ce fonctionnement fait que nous n’avons pas de grandes spécificités qui nous distinguent des autres écoles d’horlogerie helvétiques. » A cela près que l’Ecole d’horlogerie de Genève est la plus ancienne à avoir ouvert ses portes en Suisse.

C’était il y a bientôt deux cents ans, en 1824. Une longue histoire heurtée par plusieurs crises horlogères et rythmée par des ajustements continuels des formations, par l’apparition de nouveaux métiers, par la disparition de certains autres, ou par l’entrée des filles à l’école, tout d’abord dans des domaines à faible valeur ajoutée. Sans oublier des déménagements multiples dans des lieux plus ou moins prestigieux de la ville.

Depuis 1968, l’école est installée dans une ancienne usine de munitions, dans la toute proche périphérie de Genève. Le fronton de l’entrée principale, qui est flanquée de deux statues colossales de dieux guerriers, rappelle la première vocation martiale de l’endroit. Rien à voir avec le sujet qui occupe aujourd’hui les 300 élèves qui s’y pressent pour apprendre à maîtriser les rouages du temps. Mais entre munition et minutie, il n’y a que quelques lettres de différence, et l’austérité du bâtiment n’est pas sans évoquer la rigueur et la complexité qui caractérisent les disciplines qui y sont enseignées.

Depuis 1968, l’école est installée dans une ancienne usine de munitions, dans la toute proche périphérie de Genève.
Depuis 1968, l’école est installée dans une ancienne usine de munitions, dans la toute proche périphérie de Genève. Fred Merz

Dans un dédale de couloirs dépouillés et ponctués d’ateliers équipés comme ceux d’une manufacture horlogère, on croise de futurs micromécaniciens, des apprentis qualiticiens, des dessinateurs en microtechnique, des horlogers, des termineurs en habillage horloger, des polisseurs, des opérateurs en horlogerie et des techniciens. Soit une bonne palette des métiers de production qui s’exercent au sein des marques, à l’exception des designers, des ingénieurs et de quelques spécialités. Age moyen d’entrée à l’école : 15-17 ans. Durée des études : entre deux et quatre ans selon les formations.

Alternance ou plein temps ?

Certains jours, de nombreux ateliers restent vides. « Nos élèves ne sont pas tous là au quotidien, explique Pierre Amstutz. Ils ont la possibilité de choisir entre une formation à plein temps, à l’école, ou en dual, c’est-à-dire une partie en entreprise et l’autre à l’école. » En Suisse, la formation par alternance est très répandue dans le cadre des formations validées par le certificat fédéral de capacité (CFC). « Dans la plupart des branches en Suisse, on constate que 80 % sont en alternance contre 20 % à plein temps, observe Pierre Amstutz. Pour l’horlogerie, c’est l’inverse, avec 30 % d’élèves en alternance et 70 % à plein temps. Cela s’explique essentiellement par la complexité du métier. »

Dans les entreprises qui accueillent des apprentis, les places sont chères. Chez Rolex, Patek Philippe, Vacheron Constantin, Chopard, Hublot et au Campus genevois de haute horlogerie (CGHH), qui concentre quelques marques du groupe Richemont, entre un et quatre élèves sont sélectionnés pour suivre une partie de leur cursus en entreprise. Ils y apprennent les rouages du métier, s’exercent aux techniques de production spécifiques à chaque griffe et s’immergent dans la culture de l’entreprise.

Comme dans les autres écoles d’horlogerie de la Confédération, on enseigne à Genève la culture de l’excellence mécanique. L’âge moyen d’entrée à l’école se situe entre 15 et 17 ans, pour une durée d’études de deux à quatre ans selon les formations. l’école dénombre 30 % de filles. Une partie des élèves est en alternance au sein d’une marque.
Comme dans les autres écoles d’horlogerie de la Confédération, on enseigne à Genève la culture de l’excellence mécanique. L’âge moyen d’entrée à l’école se situe entre 15 et 17 ans, pour une durée d’études de deux à quatre ans selon les formations. l’école dénombre 30 % de filles. Une partie des élèves est en alternance au sein d’une marque. Fred Merz

« Quand j’ai passé le concours pour entrer à l’école, j’espérais trouver une place d’apprentissage au sein d’une marque, raconte Timothée, élève en quatrième année de formation d’horloger. J’ai pris le plein temps par dépit. Mais avec le recul, je n’ai pas de regret. Le fait de changer de professeurs tous les semestres nous permet d’expérimenter beaucoup plus de manières de procéder. » Etudiante dans la même promo, Besarta acquiesce. Elle fait partie des 30 % de filles à avoir choisi de devenir horlogère. « Pour la partie très technique du métier, explique-t-elle. Ce que j’aime particulièrement, c’est le réglage de la montre, tout ce qui concerne le balancier spiral. »

Un goût pour la complexité qui la pousse à vouloir exercer un jour dans un atelier de grandes complications. En attendant, Besarta et Timothée retournent à leur établi pour fignoler leur « montre-école », qu’ils conserveront à l’issue de leur formation. Ils travaillent depuis le début de leurs études sur cette montre de poche. Ils ont confectionné la quasi-totalité des composants du mouvement et du boîtier, les ont assemblés avant de les décorer à la main. « Cette montre, c’est le fil rouge du parcours d’études des horlogers, souligne Pierre Amstutz. Maintenant que j’y pense, la montre-école est notre spécificité, nous avons les outils et les machines nécessaires pour fabriquer nous-même 287 composants. C’est unique en Suisse. » Comme une vraie petite manufacture où, plutôt que de concevoir des garde-temps, on met au point les maillons forts de la chaîne de production horlogère suisse.


Thématiques associées

The Good Spots Destination Suisse

The good concept store A découvrir dans le concept store