Imaginée par Louis Cartier et Edmond Jaeger en 1917, la montre-bracelet Tank a définitivement détrôné la montre de gousset, grâce à la modernité de ses lignes. Un siècle plus tard, ses multiples déclinaisons n’ont en rien amoindri son prestige, elle reste une montre indémodable et discrète.

Nous sommes au printemps 1904, 13 ans avant la création de la montre Cartier Tank. Tandis que s’éteignent les dernières braises d’un XIXe siècle qui s’apprête à réhabiliter Dreyfus, Paris boursicote et s’étourdit dans les fêtes. Son bois de Boulogne – où l’on porte chapeau, moustache et gousset – sent le crottin et le lilas. L’aviateur Louis Blériot n’a pas encore traversé la Manche, mais le goût de l’époque est à l’aventure, portée par les progrès de l’automobile et de l’aéronautique.

Les prémices : la Santos

Héros de ces temps modernes, le Brésilien Alberto Santos-Dumont enthousiasme les foules par ses sauts de puce en ballon dirigeable et en aéroplane. Il demande à son ami Louis Cartier d’imaginer une montre qui lui permettrait de regarder l’heure tout en pilotant des deux mains – manoeuvre impossible avec un gousset. Les montres-bracelets existent déjà depuis longtemps, mais la miniaturisation des mécanismes n’étant pas au point, ce ne sont à l’époque que d’inutiles bijoux.

Cartier pense au contraire qu’elles représentent l’avenir de la montre et trouve en la personne d’Edmond Jaeger, inventeur alsacien, le partenaire idéal pour développer cette recherche technique, esthétique et fonctionnelle qui aboutira à l’affirmation définitive de la montre-bracelet. Cette collaboration va se révéler rapidement très fructueuse. Dès 1904, la Santos, que l’on peut considérer comme la première montre- bracelet moderne et l’ancêtre de la Tank, voit le jour. Cadran à chiffres romains, silhouette géométrique, intégration des attaches : les jalons sont posés…

Tank Louis Cartier Grand Modèle, mouvement à quartz, boîtier 33,7 x 25,5 mm en or jaune, couronne perlée ornée d’un saphir cabochon, aiguilles en forme de glaive en acier bleui, bracelet en alligator, épaisseur 6,35 mm, 10 300 €.
Tank Louis Cartier Grand Modèle, mouvement à quartz, boîtier 33,7 x 25,5 mm en or jaune, couronne perlée ornée d’un saphir cabochon, aiguilles en forme de glaive en acier bleui, bracelet en alligator, épaisseur 6,35 mm, 10 300 €. DR

La montre Cartier Tank, un must dans les cercles mondains

C’est en 1917 que Louis Cartier – inspiré par le dessin de la section horizontale des chars d’assaut Renault – esquisse un boîtier qu’il baptise Tank. Au mois de novembre 1919, quatre montres de ce type sont mentionnées sur le registre des stocks Cartier. Le succès est immédiat. Au sortir de la grande boucherie, l’air du temps est au pacifisme moderniste et à son incarnation : la géométrie. Or, la Tank, un cadran carré dans un boîtier rectangulaire dont les « brancards » intègrent les quatre points d’attache, en est la représentation parfaite.

Rapidement, elle devient un must dans les cercles mondains, un accessoire indispensable que s’arrachent aristocrates, hommes d’affaires, vedettes du cinéma et de la variété… Une réussite qui, loin de satisfaire Louis Cartier, va l’inciter à poursuivre ses recherches autour de la montre- bracelet en multipliant les modèles de Tank, donnant naissance à un véritable arbre généalogique constitué d’une série de familles et de branches collatérales. Jusqu’en 1934, date de la rupture du contrat avec Jaeger-LeCoultre, pas moins de douze variations sont conçues.

Cartier et les innombrables versions de la montre Tank

Le sens de la déclinaison associé à la montre traversera les époques jusqu’à nos jours. La Tank saura s’inspirer du goût de chaque époque et résister aux aléas de la mode pour devenir l’une des icônes, toujours aussi actuelle et élégante, du luxe « à la française ». Malgré la mort de Louis Cartier en 1942, la vente des filiales de New York et de Londres, et les crises de l’industrie du luxe, la Tank n’a jamais cessé de séduire un public en quête de distinction.

Tant de modèles ont été imaginés, tant de personnalités les ont portés qu’il est impossible d’en faire un relevé exhaustif. Citons néanmoins Yves Montand, Richard Burton, Jackie Kennedy, Georges Pompidou, Brigitte Bardot, Alain Delon, Jean-Pierre Melville, Jeanne Moreau, Ingrid Bergman, Andy Warhol, Truman Capote… Ils avaient tous le poignet « tanké » au quotidien.


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