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Patrons confinés

Patron confiné : Jean-Marc Gallot, PDG de Veuve Clicquot (LVMH)

Alors que le numéro d'hiver de The Good Life en kiosque le 3 décembre, consacre un dossier au champagne, la rédaction a rencontré (à distance) le patron de l'une des maisons les plus influentes.

Veuve Clicquot, qui appartient au groupe LVMH, est l’une des maisons de champagne les plus célèbres. Son célèbre champagne rosé, son cordon jaune, plus de deux siècles d’histoire : la marque bénéficie d’une image de boisson qui accompagne les fêtes et les grands événements. Surtout, elle est l’une des rares grandes entreprises du XIXe siècle a avoir été géré par une femme.

Ainsi, en clin d’œil, Veuve Clicquot remet, tous les ans depuis 1972, un Bold Woman Award (anciennement Business Woman Award), a une femme entrepreneure. Le 9 novembre dernier c’est Juliette Levy, fondatrice de Oh My Cream ! En 2013, qui a remporté le BWA. Cette dernière a imaginé un réseau de boutiques de cosmétiques « propres » et a lancé sa propre ligne de soins de la peau. Dans la catégorie Bold Future Award, les lauréates sont Loubna Ksibi et Donia Amamra, fondatrices de Meet My Mama, un service de traiteur qui, depuis 2016, met en lien plus de 300 cuisinières migrantes ou réfugiées avec des entreprises. Elles comptent plus de 1500 clients.

Cet événement était l’occasion idéale pour organiser une rencontre, à distance, avec Jean-Marc Gallot. Diplomé de l’ESC de Rouen, il a fait ses armes chez Cartier, Christofle, Ruinart, Louis Vuitton, Fendi et Moët Hennessy, avant d’être nommé PDG de Veuve Clicquot en 2014.

6 questions à Jean-Marc Gallot, PDG de Veuve Clicquot :

The Good Life : Pourquoi est-ce si important pour Veuve Clicquot de mettre en avant des femmes entrepreneures ?
Jean-Marc Gallot :
Madame Clicquot était une femme d’avant-garde. Au décès de son époux en 1805, elle prit les rênes de la Maison à seulement 27 ans, à une époque où les femmes n’avaient pas leur place dans le monde des affaires. Au fil des années, elle a révolutionné le secteur et affronté beaucoup d’obstacles avant d’être respectée et appelée « la grande dame de la Champagne ». Ce Prix a été créé à l’occasion du bicentenaire de la Maison, en 1972 et ce sont 350 femmes dans 27 pays qui ont été honorées depuis. Des femmes qui redéfinissent le succès en leurs propres termes et inspirent par leur parcours. C’est important car le premier baromètre international Veuve Clicquot sur l’entrepreneuriat féminin publié en 2019, nous montre qu’aujourd’hui encore, trop de barrières structurelles et mentales freinent les femmes dans leurs ambitions entrepreneuriales. Nous souhaitons être un acteur moteur et apporter une vraie contribution sociétale pour ériger une nouvelle vision de l’entrepreneuriat.

TGL : L’actualité ne semble pas favorable à la création d’entreprises… Ce prix a-t-il une teinte différente cette année ?
J-M.G. :
Nous avons mené en France une étude avec l’institut Odoxa sur l’impact de la Covid-19 sur la création d’entreprise. Ces derniers mois ont freiné les ambitions entrepreneuriales des femmes, -6 % de femmes souhaitant entreprendre, et 79 % des cheffes d’entreprise ressentent un sentiment de solitude dû à la crise. En revanche, 82 % des entrepreneurs ont confiance dans leur entreprise pour surmonter la crise. Un message d’espoir donc, fidèle aux valeurs que porte Veuve Clicquot. C’est pourquoi il nous paraissait essentiel cette année de maintenir la remise du Bold Woman Award, pour continuer à leur donner une voix, pour continuer à mettre en lumière des modèles féminins pour inspirer les futures générations.

Jean-Marc Gallot, PDG de Veuve Clicquot.
Jean-Marc Gallot, PDG de Veuve Clicquot. DR

TGL : La pandémie ne doit pas non plus aider pour la vente de champagne…
J-M.G. :
Comme dans de nombreux secteurs dans l’économie, la Champagne et l’ensemble de ses acteurs ont été impactés, nous ne faisons pas exception. L’histoire de la Maison Veuve Clicquot dure depuis près de 250 ans. A son époque, Madame Clicquot a connu plusieurs revers, mais elle a toujours été résiliente et a su rebondir. Sa persévérance continue de nous inspirer aujourd’hui.

« Aujourd’hui, il est encore trop tôt pour faire le bilan de la situation »

TGL : Justement, quel a été l’impact des confinements sur Veuve Clicquot, et comment avez-vous réussi à retomber sur vos pattes ?
J-M.G. : 
La terre et la vigne n’attendent pas. De même, le champagne est un produit vivant qu’on ne peut pas laisser de longues semaines sans en prendre soin. Alors durant le premier confinement, nous avons poursuivi nos activités, avec des mesures de sécurité sanitaire renforcées. Ces derniers mois nous ont montré que personne ne peut prédire de quoi le futur sera fait, mais nous avons aussi vu naître dans le monde entier de grands élans de solidarité, de mobilisation individuelle ou collective. A notre niveau et à titre d’exemple, nous nous sommes alliés au collectif SISTA pour créer SISTA x BOLD, un programme pour accompagner les entrepreneures dans la reprise et préparer le futur. Cette plateforme met à disposition gratuitement l’expertise de 100 mentors pour proposer 1000 heures de conseils et d’échanges à des femmes d’affaires, pour préserver leur activité et d’appréhender l’avenir.

TGL : Comment allez-vous vous organiser pour éviter trop de pertes en cette fin d’année ? Les restaurants, les cadeaux d’entreprise, l’événementiel… Ressentez-vous l’impact de la pandémie sur vos clients et partenaires ?
J-M.G. : Aujourd’hui, il est encore trop tôt pour faire le bilan de la situation. Lorsque les restaurants sont fermés, l’incertitude plane et entraîne des doutes et des craintes. Je pense que nous sommes nombreux à attendre cette fin d‘année avec impatience, et les fêtes qui l’accompagneront…

TGL : Que retenez-vous de positif cette année ? Et à quoi ressemblerait, selon vous, l’année 2021 idéale ?
J-M.G. :
La nouveauté de cette année pour la Maison est la sortie du millésime 2012 pour notre cuvée La Grande Dame, vitrine de l’excellence de la maison. Je suis très fier de cette cuvée qui, a été créé en hommage à Madame Clicquot. Elle représente parfaitement notre amour du pinot noir. Pour ce nouveau millésime, nous avons eu l’honneur de collaborer avec l’artiste japonaise Yayoi Kusama, qui s’est inspiré de ses signatures emblématiques, les pois et la fleur, pour réinterpréter le nouvel étui et le flacon de La Grande Dame 2012. Je souhaiterais que 2021 soit une année à l’image de notre emblématique Jaune Clicquot : une couleur porteuse d’optimisme.

La Grande Dame x Yayoi Kusama.
La Grande Dame x Yayoi Kusama. DR

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