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Les montres et les héros de cinéma, des couples pour l’éternité

Plus qu’un accessoire, les montres jouent un rôle de premier plan au cinéma. Chez James Bond, bien sûr, mais pas seulement… Une montre peut être un élément déterminant de l’intrigue ou, plus discrètement, aider un acteur à incarner son personnage.

En 1932, Marlène Dietrich crève l’écran dans Shanghai Express. L’actrice allemande, fraîchement débarquée à Hollywood, incarne une poule de luxe, femme fatale sulfureuse, en pleine guerre civile chinoise. Au poignet de cette belle intrépide : une Hamilton Lady. De mémoire d’horophiliste, c’est le plus vieux film dans lequel un personnage est associé à une montre… Depuis ces débuts, on ne peut plus glamour, les montres ont souvent accompagné les héros de cinéma dans leurs aventures sentimentales, d’espionnage, de règlements de comptes ou de voyage dans le temps.

Le couple le plus emblématique étant, bien sûr, James Bond et sa montre. « Je me souviens, dans Vivre et laisser mourir, sorti en 1973 – j’avais à peine 9 ans –, des Rolex et des Pulsar que portait Roger Moore. J’étais fasciné par l’allure de l’agent secret, mais aussi par les fonctions de ses montres qui lui ont sauvé la vie », se souvient Fréderic Liévain, auteur de l’ouvrage Les Montres au cinéma. Le Temps du 7e art (Le Cherche-Midi) et de James Bond, l’espion qui aimait les montres (Le Cherche-Midi).

Un premier rôle

Très rapidement, même si au début cela ne fait l’objet d’aucune négociation tarifée, les producteurs et réalisateurs comprennent qu’une montre peut devenir le véritable compagnon d’un personnage, le crédibilisant, lui donnant épaisseur et relief. « Par exemple, raconte Eric Nebot, spécialiste du placement de produit à Hollywood et également réalisateur, pour le biopic consacré à Jackie Kennedy, Pablo Larraín comptait sur la montre pour qu’elle renforce l’authenticité du personnage. Nous avons donc collaboré avec la maison Piaget pour retrouver dans leurs archives le véritable modèle que portait Jackie Kennedy. Même Natalie Portman nous a confié que son jeu avait été porté par sa tenue. Un accessoire peut véritablement aider à endosser un personnage, à ancrer une personnalité. »

Ce couple personnage-montre devient tellement fusionnel qu’on donne parfois aux montres des surnoms provenant de l’acteur qui l’a portée dans un film, comme c’est le cas de l’Arnie de Seiko, portée par Arnold Schwarzenegger dans Commando. Pour obtenir ce résultat, les réalisateurs et costumiers entament un travail de collaboration très poussé avec les marques.

Les manufactures vont prêter des modèles vintage pour des films en costume ou, à l’inverse, inventer un modèle qui n’existe pas. « A plusieurs reprises, nous avons réalisé des montres sur mesure, révèle Vivian Stauffer, président de la marque américaine Hamilton – désormais propriété du groupe suisse Swatch. Pour Interstellar, par exemple, nous avons créé une montre factice. Dans cette histoire d’amour à travers le temps et l’espace, un ancien pilote de la Nasa, Cooper, est prêt à tout pour sauver l’humanité et sa fille, Murph. Dans ce film, c’est à travers une montre Hamilton que le monde est sauvé, une montre dans laquelle, à travers la cinquième dimension, Cooper confie en morse l’équation qui sauvera l’espèce humaine. La montre est la seule alliée de Matthew McConaughey. »

Les montres ancrent le cinéma dans le réel

A la demande des fans, le modèle sera mis sur le marché cinq ans plus tard… Et tout le monde se souvient de cette scène mythique, dans Retour vers le futur, avec Doc arborant une Seiko A826 Training Timer au poignet qui lui permet de prendre des mesures pour ses recherches sur le temps. Un exemple symptomatique de ce qui rapproche le cinéma et l’horlogerie. « La montre est un accessoire indispensable au cinéma, car le temps est un acteur du film, il joue toujours en faveur ou contre les personnages », relève Arthur Lemoine, directeur général de la division horlogère du groupe Galeries Lafayette.

« La montre permet de raconter une époque, un milieu social, des valeurs de transmission », poursuit Eric Nebot. En effet, à l’époque où le téléphone a remplacé la montre pour consulter l’heure, celle-ci est là pour raconter des histoires. « Elle devient un levier pour ancrer le film dans le réel », explique Fréderic Liévain. « La montre est avant tout un objet statutaire, émotionnel. D’ailleurs, pour que l’émotion se prolonge et pour gagner en crédibilité, c’est bien que le partenariat se poursuive avec l’acteur après le film », raconte Oliver Müller, fondateur du cabinet LuxeConsult. Et que l’acteur se fasse offrir le modèle qu’il a porté pendant de longues et intenses semaines, poursuivant une bluette de plateau en histoire d’amour durable…


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