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Design auto : Pierre Leclercq, le nouvel asset de Citroën

Riche d’un parcours nourri par des collaborations avec des géants de l’industrie automobile, le designer belge Pierre Leclercq est aujourd’hui le personnage clé du design chez Citroën. A n’en pas douter, son expérience internationale devrait permettre à la marque aux chevrons de renouer avec les grandes heures du style automobile.

Il y a des constructeurs automobiles chez qui le mot design revêt un sens tout particulier. Citroën fait partie de ce cercle d’industriels qui, très tôt, ont su mener une réflexion concomitante sur la forme et les usages, l’esthétique et la fonction. Et ce en dépit du style et des effets de mode alors en vigueur dans le reste du secteur. Inutile de rappeler le caractère innovant, pour ne pas dire le génie, de voitures telles que la Traction Avant, la 2CV, la DS, la SM, la GS, la BX ou bien encore la C6 qui ont jalonné l’histoire de la marque aux chevrons.

C’est évidemment avec ces informations à l’esprit que Pierre Leclercq a répondu positivement, en 2018, à la proposition de Jean-Pierre Ploué, patron du design du groupe PSA, de rejoindre Citroën en qualité de directeur du design. « Citroën occupe une place à part dans mon imaginaire automobile. Ma mère possédait une Dyane rouge, mon père, une CX, et mon grand-père a roulé Citroën toute sa vie, notamment au volant d’une DS, puis d’une GS. Toute mon enfance a été accompagnée par ces modèles et leurs lignes si caractéristiques », souligne le designer belge, originaire de Bastogne.

Dès le début de ses études supérieures, Pierre Leclercq sait qu’il s’orientera vers le design automobile. « Comme beaucoup de gamins, je dessinais des voitures. Mais lorsque vous avez un oncle et un cousin qui sont des dessinateurs de BD reconnus [Pierre Seron et Frédéric Seron, dit Clarke, NDLR], vous savez que le dessin peut être plus qu’un hobby. » Après un cursus en design industriel à l’institut Saint-Luc, à Liège, il s’inscrit à l’Art Center College of Design, à Pasadena, en Californie, qui possède une branche spécialisée dans le design de mobilité, et surtout dispose d’une filiale en Suisse… mais qui fermera trois mois après son arrivée.

Si la C4 électrique était quasiment finie à son arrivée, Pierre Leclercq l’assume néanmoins totalement en regard de ce qu’il compte mettre en chantier chez Citroën.
Si la C4 électrique était quasiment finie à son arrivée, Pierre Leclercq l’assume néanmoins totalement en regard de ce qu’il compte mettre en chantier chez Citroën. Automobiles Citroën

De BWM à Kia

Qu’à cela ne tienne, l’occasion est trop belle pour partir un temps en Californie, parfaire son anglais et vivre l’expérience d’un mode de vie très international. Une approche qui ne va, pour ainsi dire, jamais le lâcher. « J’étais très marqué par Pininfarina et les badges rectangulaires gris qui ornaient les Ferrari. Forcément, j’ai tenté ma chance à Cambiano, en Italie, où j’ai passé un entretien tout de suite après mes études. » Mais le choix se portera finalement sur BMW, chez qui il va rester une douzaine d’années.

Là encore, il n’hésitera pas un instant à s’installer à Munich, puis à retourner en Californie au studio de design de la firme. Durant toute cette période, on lui doit, notamment, le design du X6, alors très controversé, mais dont le concept va faire école, et la refonte du X5. En 2011, il prendra la tête du design du très sportif département M – pour Motorsport – de la firme allemande.

En 2013, Pierre Leclercq n’entend pas se reposer sur ses lauriers et relève un pari osé : intégrer le constructeur chinois Great Wall Motors en tant que patron du design. Cette entreprise n’est autre que le premier groupe automobile indépendant chinois qui appartient à Wang Fengying, soit l’un des dix hommes les plus riches de Chine.

« A mon arrivée, j’ai été le premier Occidental, et le seul durant quelques semaines, parmi les 60 000 employés du groupe. Mais en prise directe avec le patron qui m’a laissé le champ libre dans mon domaine. Autant dire qu’il m’a fallu six mois pour m’adapter et commencer à comprendre la culture du pays. On pense que l’on peut dupliquer un modèle allemand qui a fait ses preuves dans le monde entier, mais ce n’est pas forcément vrai. » Le designer y reste quatre années durant lesquelles il va concevoir pas moins d’une quarantaine de modèles. « Certes, je n’ai pas fait la révolution de l’automobile, mais je peux être fier de ce que j’ai mis en place, avec un vrai département design structuré et une gamme cohérente. »

Premiers pas chez Citroën

Fort de cette première expérience en Asie, il rejoint le constructeur coréen Kia, pour y prendre là encore la direction du design, en même temps qu’un autre designer belge, Luc Donckerwolke, nommé vice-président du groupe Hyundai-Genesis-Kia. « Ce n’est pas idéal de ne rester qu’une année à un poste. Notamment pour les équipes. Mais la direction de Kia a parfaitement compris ma décision et ce qu’elle signifiait pour moi. » Aujourd’hui, la cinquantaine approchante, Pierre Leclerc affiche toujours un visage aux traits presque juvéniles.

Son timbre de voix grave souligne un caractère posé et réfléchi, où la langue de bois n’a pas sa place. Si on lui demande à quel stade il est intervenu sur la nouvelle C4, il répond sans encombre : « Je vais être franc : l’auto était quasiment finie. Il faut savoir qu’on met cinq ans à développer une voiture. Les derniers dix-huit mois concernent surtout des questions de finition et de mise en production. » Un modèle qu’il n’entend pas signer, mais qu’il assume néanmoins à 100 % vis-à-vis de ce qu’il compte mettre en chantier chez Citroën.

« Jean-Pierre Ploué n’avait pas pu me montrer de dessins, confidentialité oblige, mais m’avait fait part des orientations souhaitées par la direction et, surtout, m’avait bien fait comprendre que j’aurais les moyens de faire bouger les choses C’est très important de savoir qu’on va être en phase avec ce qui est en route. Et c’est totalement le cas. » Ne pas simplement « mettre de l’eau dans la soupe », pour reprendre son expression quant au principe de dilution que certains constructeurs ont un peu trop tendance à pratiquer.

L’AMI est une microvoiture à deux places 100 % électrique, offrant 75 km d’autonomie, accessible sans permis voiture, dès l’âge de 14 ans.
L’AMI est une microvoiture à deux places 100 % électrique, offrant 75 km d’autonomie, accessible sans permis voiture, dès l’âge de 14 ans. Automobiles Citroën

Ce qui signifie aussi, dans sa bouche, ne pas aller chercher la facilité en jouant la carte du design rétro, avec, par exemple, une 2CV, version IIIe millénaire. « On sait d’où on vient, on sait où on veut aller. Il faut ensuite inventer une nouvelle histoire. C’est ce que Citroën a toujours fait en cherchant à innover. » Une déclaration qui peut surprendre, surtout si on se réfère à l’image que génère la clientèle sénior largement plébiscitaire de la marque.

« Aujourd’hui, il existe un nouveau public séduit par les voitures moins “bagnoleuses” »

« Oui, Citroën a une clientèle captive qu’il va falloir préserver et, en même temps, des études démontrent que l’image de la marque se rajeunit. Nous revendiquons clairement des valeurs comme le bien-être et le confort qui séduisent les jeunes générations. Aujourd’hui, il existe un nouveau public séduit par les voitures moins “bagnoleuses”. »

Ce constat corrobore sans aucun doute la décision prise par la direction à l’automne 2019 d’abandonner le rallye, où la marque a pourtant longtemps brillé, et plus encore de ne plus chercher à développer des modèles routiers aux accents clairement sportifs. En regardant l’actuel catalogue et la nouvelle C4, on comprend facilement que la tendance est plutôt en faveur des SUV et autre cross-over.

Si la C4 électrique était quasiment finie à son arrivée, Pierre Leclercq l’assume néanmoins totalement en regard de ce qu’il compte mettre en chantier chez Citroën.
Si la C4 électrique était quasiment finie à son arrivée, Pierre Leclercq l’assume néanmoins totalement en regard de ce qu’il compte mettre en chantier chez Citroën. Automobiles Citroën

« Mais pas seulement. Regardez l’AMI ; nous avons inventé une toute nouvelle typologie de véhicule, accessible dès 14 ans, sans permis, et qui privilégie une certaine ergonomie, notamment à travers un design ouvert et modulable. Mais là encore, on rejoint l’histoire : les intérieurs de Citroën ont toujours été extrêmement innovants et très différents de ce que les autres voitures proposaient à l’époque », souligne ce passionné de design d’intérieur et d’architecture qui a trouvé le temps de dessiner ses deux maisons.

« Chez Citroën, je suis convaincu qu’on a un incroyable potentiel de créativité »

En fin d’année, un peu en amont de la livraison de la prochaine berline Citroën, Pierre Leclercq révélera au public son vrai premier projet, un concept-car pensé autour du principe de la voiture automne et qui mettra en évidence que Citroën se pose bel et bien des questions en matière de mobilité et de design.

« Nous ne sommes pas là pour faire juste une autre belle voiture. Notre rôle est de faire avancer le secteur de la mobilité. Chez Citroën, je suis convaincu qu’on a un incroyable potentiel de créativité, d’ailleurs bien plus important que chez certaines marques haut de gamme, pour ne nommer personne. » On imagine aisément que Pierre Leclercq sait de quoi il parle.

Mais plus encore, son parcours très international, avec une bonne connaissance de plusieurs marchés, lui assure toute l’ouverture d’esprit nécessaire pour faire évoluer le style Citroën vers un design qui se veut ouvert au plus grand nombre. « Populaire ne doit pas être synonyme de mauvais design. Prenons l’exemple d’Ikea qui dispose d’un impressionnant catalogue d’objets relativement bon marché, mais extrêmement bien pensés et dessinés… » Pas de doute que Pierre Leclercq et Citroën sauront nous surprendre avec un nouveau design et des créations séduisantes et imaginatives que nous avons hâte de découvrir !

Une école belge du design automobile

Des marques belges comme Minerva, Imperia, Nagant, Excelsior… ont jadis fait briller la Belgique en comptant parmi les fleurons de l’industrie automobile européenne.

Si la Belgique a perdu, du fait de la concurrence mondiale montante, ces firmes prestigieuses, elle dispose en revanche d’un formidable vivier de designers dans ce domaine qui, forcément, sont amenés à travailler à l’étranger, au sein des plus grands constructeurs ou de bureaux de style prestigieux.

Le palmarès des modèles dont ils sont à l’origine est plutôt éloquent. Sont souvent cités dans les médias, au côté de Pierre Leclercq, des personnalités telles que Dirk Van Braeckel, qui s’est largement illustré au sein du groupe Volkswagen, notamment chez Bentley avec la Continental GT ; Luc Donckerwolke, auteur des Lamborghini Murcielago et Gallardo et, jusqu’à il y a peu, big boss du design du groupe Hyundai Motor ; Lowie Vermeersch, fondateur du studio de design Granstudio après une brillante carrière chez Pininfarina ; Louis De Fabribeckers, chef du design chez le carrossier italien Carrozzeria Touring ; Steve Crijns, design manager chez McLaren ; Luc Landuyt, auteur de la BMW Z1 et de la Twingo II ou encore Jochen Paesen, récemment nommé vice-président du design intérieur de Kia.


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