En France, quand on pense à la mode du sud, on pense surtout à celle qui vient de Marseille. Il y a d’autres sources, bien sûr… mais il est certain que la Maison Mode Méditerranée (MMM), fondée à Marseille en 1988 à l’initiative de Maryline Bellieud-Vigouroux, a insufflé un élan qui a réussi à l’exporter… comme le jazz !

Pour animer les rives de la Méditerranée, il n’y a pas que le foot, le pastis et la baignade dans les calanques. Pépinière de talents, Marseille a, par exemple, vu grandir quelques créateurs de mode – tel Simon Porte Jacquemus, le chouchou de la presse mode – et naître des dizaines d’entreprises, dont les labels de prêt-à-porter Guess, HOM ou Le Temps des cerises.

De fait, l’environnement maritime, l’architecture, les friches, le port et son histoire millénaire servent admirablement un écosystème composé d’industries textiles, de marques et de créateurs de mode ou de déco. Il règne ici un je-ne-sais-quoi de nonchalant, de contemporain, un brin narquois, artisanal, fripe et récup liées à la vie à la mort à cet ancrage précis.

Un berceau (trop) confortable

Le revers de ce bel ancrage ? Il freine parfois un développement national, voire international. Jina Luciani, présidente de la Maison Mode Méditerranée (MMM) – qui repère les talents et soutient 700 créateurs de 22 pays – en convient. « L’identité régionale est très forte, mais on observe que la diffusion nationale et internationale réclame des forces supplémentaires. Se jeter dans le grand bain n’est pas si simple. » Depuis dix ans, la MMM a récompensé 117 lauréats de l’OpenMyMed Prize, qui leur offre une dotation d’accompagnement de deux ans (contre un an auparavant), incluant mise en lumière du savoir-faire, communication médiatique et formation à la gestion.

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Lauréats OpenMyMed 2020-21 : @tatachristiane 🇫🇷

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Jina Luciani nous annonce l’arrivée d’un nouvel expert, Ali Rakib, fondateur de l’entreprise ForWeavers. « Notamment fournisseur de LVMH, il édite des tissus rares et préserve des savoir-faire précieux. Ali Rakib sera l’un de nos conseillers et formera nos lauréats à des business- modèles qui fonctionnent. De plus, sa démarche durable intéresse les nouvelles générations de créateurs. »

Autre soutien de poids : l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise (AGAM), en phase avec les créateurs qui redonnent des couleurs aux rues commerçantes et savent valoriser la rade, le port, le Panier, le cours Julien, Belsunce ou le Mucem. Dans son Regards de l’AGAM n° 79 publié en novembre 2018, l’agence s’interroge néanmoins sur la possibilité pour Marseille de devenir la seconde capitale de la mode après Paris : « Marseille peine toujours à stabiliser un événement de renommée internationale, capable de l’inscrire durablement sur les radars des agendas mode. Aucune fashion week ici, ni de salons d’envergure, atouts indispensables pour figurer dans la géographie mondiale des villes de la mode. »

L’union des forces de la mode méditerranéenne

Pour sa part, l’ancien directeur général de la MMM, Jocelyn Meire, estime que les secteurs sont trop atomisés. Aussi a-t-il lancé, en 2019, le collectif Fashion Skills (FASK), dans le but de favoriser le développement de la filière dans la région : « FASK accompagne le développement économique des acteurs mode de la région, offrant une mise en réseau professionnel transversal mettant à égalité tous les acteurs et toutes les compétences. »

Nombre de marques sont nées sur les rives de la Méditerranée, à l’instar de Kiwi Saint-Tropez.
Nombre de marques sont nées sur les rives de la Méditerranée, à l’instar de Kiwi Saint-Tropez. clemence-leroy

En un an, FASK a réuni 40 membres. « Nous avons quatre actions en cours : une étude sur les besoins en formation dans la confection textile, dont FASK assurera le suivi pour que cela débouche sur de l’emploi, et nous poussons à relocaliser la production textile dans la région. Les deux derniers projets consistent à assurer la transition écologique de la filière, notamment industrielle, et à créer un forum de recrutement. »

Gageons que l’union de toutes ces forces permettra à Marseille de décrocher cette place de challenger si convoitée sur la planète fashion du XXIe siècle.

Chiffres clés

A Marseille, la filière de la mode représente 5 600 emplois salariés privés et plus de 4 700 établissements, soit environ 3 % du total des entreprises.


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