Le palace le plus ancien de la ville, The Strand reste l’escale incontournable lors d’un voyage en Birmanie. Un lifting récent a dépoussiéré son charme old school, sans dénaturer son caractère rococo. Un régal pour les amateurs de luxe vintage.

Pas de clé, vous êtes ici comme chez vous. A l’étage où se trouve votre suite attend le majordome qui vous ouvrira la porte et l’accès à un room-service 24 h/24. Le long des couloirs aux parquets de teck datant de 1901, les murs bruissent de contes et de légendes. Rudyard Kipling et Peter Ustinov ont ouvert la voie, suivis par les grands noms de la finance et du show-biz, David Rockefeller et Mick Jagger en tête. En 2020, la magie opère toujours, subtilement entretenue par une alchimie qui associe une décoration vintage et un service aux petits soins. Les fans de l’hôtel The Strand, le plus ancien de la ville et l’un des plus iconiques du Sud-Est asiatique, avaient pourtant redouté l’annonce d’une rénovation en 2016. Les vieux ventilateurs et les sublimes escaliers allaient-ils succomber face aux démons de la modernité ?

Inauguré en 1901, The Strand est le palace le plus ancien de Rangoon.
Inauguré en 1901, The Strand est le palace le plus ancien de Rangoon. DR

Création d’une piscine et d’un spa

Assis dans le lobby, les habitués comparent l’ancien et le nouveau. Haro sur les gris tendance des murs, jugés plus froids que les anciennes patines ivoire. Les fauteuils en rotin repeints en noir laissent dubitatifs, le style colonial étant décidément peu soluble dans le design. En revanche, le salon de thé ne déçoit pas. Seul son papier peint a changé, une toile de Jouy rouge avec motifs de pagodes ayant remplacé le vert jungle des palmiers. C’est encore mieux au Sarkies Bar, où le changement est tellement subtil qu’on ne le remarque pas. Le billard existait-il avant ? On ne s’en souvient pas, ce qui signifie qu’il est bien à sa place.

Dans les 32 chambres, le lifting s’est limité à la peinture et au changement de rideaux.
Dans les 32 chambres, le lifting s’est limité à la peinture et au changement de rideaux. DR

Les conservateurs et esthètes qui affectionnent l’adresse voient toutefois leurs convictions passéistes ébranlées en découvrant la nouvelle piscine. Construite en 2017 à l’arrière de l’hôtel, on la croirait là de toute éternité, entre son jardin exotique et ses cabines de bains posées sur un deck élégant. Chauffée par le soleil à une trentaine de degrés, elle offre une détente quasi amniotique salutaire après les rudes excursions dans la ville surchauffée.

Le spa et la salle de gym, nouveaux eux aussi, font face au bassin sans que l’œil y trouve à redire. Dans les 32 chambres règne le même confort cosmopolite composé de subtiles nuances de gris. Seule la présence d’une grande boîte rouge laquée rappelle que nous sommes en Birmanie – pardon, au Myanmar. Le lifting ici s’est limité au coup de peinture et au changement de rideaux.

Les hôtels de GCP Hospitality

Le groupe hôtelier, fondé en Californie par Goodwin et Kenneth Gaw, a démarré son activité en rachetant des établissements historiques en faillite pour les rénover et les relancer avec succès. Le portfolio comprend aujourd’hui une trentaine d’adresses composées d’hôtels ou de clubs mythiques, situées principalement en Asie du Sud-Est. Outre le Strand, voici quelques joyaux de leur couronne.

• Hollywood Roosevelt Hotel, à Los Angeles : première rénovation et adresse iconique, un bâtiment Art déco datant de 1927 situé à deux pas du Walk of Fame.

• Pullman Hotel G Pattaya et Pullman Bangkok Hotel G, en Thaïlande : deux établissements emblématiques des années 50, gérés aujourd’hui par
le groupe Accor.

• Club Lusitano, à Hong Kong : le club privé et très chic des Portugais de la région, fleurant bon l’époque des colonies.

• Hotels G, Residence G et Hostels G : trois collections d’hôtels contemporains et urbains qui rassemblent une quinzaine d’adresses au design cosmopolite et visent une clientèle segmentée.

Un emplacement de choix

Les frères Sarkies, qui fondèrent ce mythe hôtelier en 1901, apprécieraient sans doute. La destinée de l’hôtel reste à la hauteur des ambitions de cette fratrie arménienne, propulsée des coupoles d’Ispahan aux moiteurs d’une Asie où ils créèrent la première chaîne d’hôtels du continent. Après Penang (Malaisie), en 1884, vint Singapour, avec le Raffles, en 1887. Mais au tournant du siècle, dans Rangoon qui devenait l’étoile montante de l’Empire britannique, il manquait un bel hôtel digne d’accueillir hommes d’affaires et aventuriers fraîchement débarqués à l’embouchure du fleuve. Une adresse où siroter son gin and tonic entre happy few. L’emplacement de choix, sur le « strand », ce quai où accostent tous les ferries, est l’une des clés du succès.

Les récents travaux de rénovation n’ont pas altéré la magie de ce joyau de l’ère coloniale.
Les récents travaux de rénovation n’ont pas altéré la magie de ce joyau de l’ère coloniale. DR

La croisière aussi

Lancé en 2015, The Strand Cruise offre un prolongement au séjour urbain. On embarque pour une croisière de 3 ou 4 jours sur l’Irrawady (seulement 25 cabines-suites luxueuses), de Mandalay à Bagan, avec un programme de cabotage le long du fleuve et de ses milliers de temples. Le package comprend les visites culturelles avec guide, la table au même niveau gastronomique que celle du restaurant en ville, l’accès à la piscine et au spa, dont les cabines avec vue déroulent les visions de pagodes et de villages millénaires.
www.thestrandcruise.com

La beauté de la façade, blonde et victorienne, aussi, quoique à l’époque elle ait dû rivaliser avec les milliers de bâtiments coloniaux que comptait la ville. Des photos et quelques films muets visibles sur Youtube donnent une idée de la splendeur qu’a connue la capitale jusqu’à l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en 1962. Aujourd’hui, The Strand fait figure de rescapé au milieu des façades délabrées de ses contemporains. Un mouvement récent de sauvegarde du patrimoine tente à présent heureusement de les sauver.

Construite en 2017 à l’arrière de l’hôtel, la piscine semble avoir toujours été là.
Construite en 2017 à l’arrière de l’hôtel, la piscine semble avoir toujours été là. DR

Des concurrents sérieux

A bord de ce vaisseau amiral de l’hôtellerie locale, on trouve un groupe dirigé par une autre fratrie, les Gaw. Goodwin, Kenneth et leur sœur Christina ont aussi une histoire à la Sarkies. Leur père descend d’immigrants chinois en Birmanie, et fonde un début d’empire à Rangoon avant d’essaimer à Hong Kong et à New York. L’entreprise compte des actifs immobiliers qui dépassent aujourd’hui la dizaine de milliards de dollars.

Leur filiale GCP Hospitality gère l’hôtel, et opère les choix stratégiques. Spécialisés dans la sauvegarde d’établissements historiques, les Gaw jouent la carte de la tradition sans tapage. Premier bâtiment classé monument historique par le Yangon Heritage Trust, The Strand tient pour l’instant la dragée haute à son concurrent l’Excelsior, un joli 5‑étoiles qui a ressuscité l’an dernier un beau vestige Art déco du centre-ville.

Le Sarkies Bar, immuable.
Le Sarkies Bar, immuable. DR

La partie s’annonce plus rude contre le Rosewood. Ouvert en novembre 2019 dans l’ancien palais de justice, ce cousin du Crillon a déjà fait une entrée fracassante avec son restaurant français qui sert des fruits de mer de Bretagne, dans un décor signé des designers japonais du prestigieux Bond Design Studio. Au Strand, on préfère ignorer ce clapotis de l’actualité. La porte tambour continue de mouliner le même air feutré et les airs délicats d’un joueur de ­cithare. Le high tea reste le plus réputé de la ville, et le chef toulousain Patrick Périé, l’hiver dernier, a mis à l’honneur cèpes et girolles dans des classiques de la gastronomie provençale. Une valeur sûre, et pour longtemps.

Le Sarkies Bar.
Le Sarkies Bar. DR

Pratique

Y aller : Oovatu Voyages propose un circuit de 9 jours/8 nuits, dont 2 nuits à l’hôtel The Strand, à Rangoon, à partir de 3 440 € par personne. www.oovatu.com

Réserver : www.hotelthestrand.com


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