La capitale britannique, dont l’économie était moribonde dans les années 80, a retrouvé en trente ans sa prospérité. Malgré une légère baisse de tonus depuis le vote sur le Brexit, en 2016, le dynamisme de la City et des industries numériques et culturelles permet à la plus cosmopolite des métropoles mondiales d’aborder l’avenir avec confiance.

On s’y prépare en comité de direction, à la City comme dans les entreprises, mais on n’en parle plus en privé. Au moment où Boris Johnson négocie à Bruxelles la trajectoire de la Grande-Bretagne dans l’ère post-Brexit, les habitants de Londres – qui ont voté à 60 % pour rester dans l’Union européenne – ont cessé de s’écharper entre pro et anti : ils se réfugient dans le traditionnel « wait and see », en accueillant les déclarations contradictoires de leur Premier ministre avec inquiétude, mais aussi avec un certain flegme.

La puissance et le dynamisme de « la métropole la plus excitante et vibrante de la planète Terre », comme la surnomme le directeur du think tank Centre for London, semblent en effet la protéger contre un destin catastrophique. « Londres est une marque dont la force attire du monde entier des businessmen, des financiers, des étudiants, des entrepreneurs du numérique, des jeunes filles au pair et plus de 19 millions de touristes étrangers, soit autant que Paris », se réjouit Patricia Yates, directrice stratégie et communications à VisitBritain.

Aucune ville d’Europe n’a plus changé ni plus prospéré au cours des trente dernières années, ni réussi un tel retour au premier plan. Au début des années 80, Londres, qui a enduré depuis vingt ans une croissance dite « stop and go » (avec plus de « stop » que de « go »), subit en effet la terrible récession du début de règne de Margaret Thatcher. Depuis la guerre, la capitale a perdu 80 % de ses emplois industriels et plus du quart de ses habitants.

Londres, qui compte 8,9 M d’habitants, est le principal centre financier du monde, au coude-à-coude avec New York. Un million de londoniens travaillent dans les services financiers.
Londres, qui compte 8,9 M d’habitants, est le principal centre financier du monde, au coude-à-coude avec New York. Un million de londoniens travaillent dans les services financiers. JIM WINSLET

Ses docks, hier centre névralgique de l’Empire, pourrissent. Elle compte sept des dix arrondissements (boroughs) les plus pauvres du Royaume-Uni. Les bombes de l’IRA frappent Harrods, l’hôtel Hilton, l’aéroport d’Heathrow… Le vandalisme architectural de politiciens et d’urbanistes bornés a provoqué la destruction de plus de maisons victoriennes, de magnifiques entrepôts et de monuments que le Blitz d’Hitler, pour faire place à des tunnels routiers ou à d’affreux bâtiments – seul Covent Garden est miraculeusement sauvé grâce aux protestations des habitants. A la même époque, Paris prolonge déjà ses lignes de RER, érige des tours de troisième génération à la Défense et accueille des millions de visiteurs au Centre Pompidou…

Londres, qui compte 8,9 M d’habitants, est le principal centre financier du monde, au coude-à-coude avec New York. Un million de londoniens travaillent dans les services financiers.
Londres, qui compte 8,9 M d’habitants, est le principal centre financier du monde, au coude-à-coude avec New York. Un million de londoniens travaillent dans les services financiers. JIM WINSLET

Londres, une véritable résurrection

Mais soudain, cette léthargie et ce déclin font place à une fantastique métamorphose. En 1986, le Big Bang de la City – dérégulation, ouverture à l’étranger, transactions électroniques – remplace les banquiers empesés qui dansaient sur la tombe de l’économie britannique par de jeunes loups de la finance venus de New York, Francfort et Hong Kong. En quinze ans, près de 500 banques étrangères s’installent dans la capitale.

Cette résurrection, qui ouvre en Europe l’ère des banques d’investissement et des hedge funds, propulse Londres au rang de principal centre financier de la planète, au coude-à-coude avec New York. Sur le marché mondial des devises, la part de la City atteint aujourd’hui 43 %, contre 17 % pour Wall Street. En comptant les assureurs, les experts-comptables, les consultants et les juristes, un million de Londoniens travaillent dans les services financiers, dont les fleurons locaux sont HSBC, Lloyds Banking Group, Barclays et Prudential.

Londres, qui compte 8,9 M d’habitants, est le principal centre financier du monde, au coude-à-coude avec New York. Un million de londoniens travaillent dans les services financiers.
Londres, qui compte 8,9 M d’habitants, est le principal centre financier du monde, au coude-à-coude avec New York. Un million de londoniens travaillent dans les services financiers. JIM WINSLET

Soit près d’un salarié sur quatre, sans compter les emplois induits dans la restauration, l’immobilier et les services à la personne. Ce sont aussi les très grosses fiches de paie de la City qui ont transformé les rues du West End en immense exposition permanente de voitures d’exception. En 1993, un autre choc se révèle très bénéfique, n’en déplaise aux partisans du Brexit : l’ouverture du marché unique. Exerçant librement ses activités dans toute l’Union européenne, la City en tire un avantage tel qu’aucune place financière continentale ne lui arrive à la cheville.

Pour remplacer son industrie automobile défunte, la Grande-Bretagne attire alors des usines de constructeurs étrangers qui veulent exporter leur production sur le continent européen. Ses entreprises aérospatiales et pharmaceutiques – dont GlaxoSmithKline, 6e laboratoire mondial, basé à Londres – trouvent aussi un deuxième souffle. C’est donc en partie grâce au marché unique que le PNB par tête britannique a augmenté de 53 % depuis 1993 (contre 29 % en France et 37 % en Allemagne).

Les très grosses fiches de paie de la City ont transformé les rues du West End en immense exposition permanente de voitures d’exception.
Les très grosses fiches de paie de la City ont transformé les rues du West End en immense exposition permanente de voitures d’exception. JIM WINSLET

Enfin, depuis le début du millénaire, la capitale a aussi vu exploser les industries créatives : place forte de la publicité et des médias, elle s’est tournée vers la postproduction de films dans des studios high-tech de Soho. Des ateliers de design et de mode et des centaines de start-up spécialisées dans la fintech, les sciences de la vie et les services ont régénéré les quartiers de Shoreditch, Southwark et Hackney.

« La métropole la plus excitante et vibrante de la planète Terre »

Au premier semestre 2019, Londres a attiré plus de capital-risque (5,3 milliards d’euros) que Paris et Berlin réunis. Et depuis dix ans, 40 % des licornes européennes (start-up valorisées à plus de 1 milliard de dollars) sont londoniennes. Deliveroo, TransferWise, Farfetch (mode de luxe) et les fintechs OakNorth (prêts aux PME) et Revolut (banque en ligne) y sont nées. Quant aux licornes potentielles (valorisées entre 250 millions et 1 milliard de dollars), Dealroom en recense 48 dans la capitale britannique, soit deux fois plus qu’à Paris et trois fois plus qu’à Berlin.

« Londres est devenue une “tech city” et un leader de l’innovation numérique, avec 250 accélérateurs et des dizaines de milliers de spécialistes de classe mondiale, affirme Laura Citron, CEO de London & Partners, l’organisme chargé d’attirer des entrepreneurs et d’aider les start-up locales à s’internationaliser. Outre les connexions que nous offrons avec des investisseurs et des centres de recherche universitaires, nous vantons aussi un style de vie. »

Dans le Londres de 2020, 2 habitants sur 5 sont nés à l’étranger, et les britanniques blancs sont devenus minoritaires. La plupart des immigrés sont les millions de jeunes occupant les emplois à bas salaires dans le BTP, les hôpitaux, les firmes de livraison, les fast-foods, les hôtels ou les demeures des banquiers.
Dans le Londres de 2020, 2 habitants sur 5 sont nés à l’étranger, et les britanniques blancs sont devenus minoritaires. La plupart des immigrés sont les millions de jeunes occupant les emplois à bas salaires dans le BTP, les hôpitaux, les firmes de livraison, les fast-foods, les hôtels ou les demeures des banquiers. JIM WINSLET

Auquel contribuent la nouvelle gastronomie – 67 étoilés Michelin et des centaines de bistrots –, la vitalité retrouvée des théâtres du West End, une scène musicale effervescente, un marché de l’art réalisant les deux tiers des transactions en Europe et, depuis 2000, la Tate Modern (5,9 millions de visiteurs, contre 3,5 au Centre Pompidou) et le nouveau British Museum revisité par Norman Foster. La renaissance de la capitale britannique lui a apporté une aura et une force d’attraction phénoménales.

Depuis les années 90, elle est devenue la ville la plus cosmopolite d’Europe, selon Eurostat. Près d’un demi-million de Français, Italiens, Australiens, Allemands et Américains y étudient ou travaillent à la City et dans les multinationales étrangères ou locales (BP, Unilever, Rio Tinto, Anglo American…). Et des centaines de milliers d’habitants des Midlands et du nord de l’Angleterre se sont aussi rendus à Londres pour retrouver un job.

Le marché de l’art londonien réalise les deux tiers des transactions en Europe, tandis que la Tate Modern attire 5,9 M de visiteurs par an.
Le marché de l’art londonien réalise les deux tiers des transactions en Europe, tandis que la Tate Modern attire 5,9 M de visiteurs par an. JIM WINSLET

Ghettos ethniques

Mais la plupart des immigrés sont les millions de jeunes occupant les emplois à bas salaires dans le BTP, les hôpitaux, les entreprises de livraison, les fast-foods, les hôtels ou les demeures des banquiers. Pour 320 000 Polonais et Roumains – dont l’arrivée en masse depuis 2004 et 2007, après l’adhésion de leur pays à l’Union européenne, a influencé le vote sur le Brexit –, on compte 700 000 résidents originaires du sous-continent indien et 340 000 Nigérians, Ghanéens, Kenyans, Somaliens et Sud-Africains.

Les banlieues du Grand Londres sont devenues un patchwork de ghettos ethniques, où les vieilles tours d’habitat social et les rangées de maisons « faux-Tudor » désertées par les classes moyennes hébergent les nouveaux venus, souvent entassés à dix ou quinze par logis. Les Jamaïcains, les Afghans, les Philippins et les Turcs complètent l’univers des travailleurs de l’ombre. A la figure du « plombier polonais » succède aujourd’hui celle du « coiffeur-barbier turc », qui décimerait les salons traditionnels des Britanniques pure souche.

Dans le Londres de 2020, 2 habitants sur 5 sont nés à l’étranger, et les britanniques blancs sont devenus minoritaires. La plupart des immigrés sont les millions de jeunes occupant les emplois à bas salaires dans le BTP, les hôpitaux, les firmes de livraison, les fast-foods, les hôtels ou les demeures des banquiers.
Dans le Londres de 2020, 2 habitants sur 5 sont nés à l’étranger, et les britanniques blancs sont devenus minoritaires. La plupart des immigrés sont les millions de jeunes occupant les emplois à bas salaires dans le BTP, les hôpitaux, les firmes de livraison, les fast-foods, les hôtels ou les demeures des banquiers. JIM WINSLET

Dans le Londres de 2020, deux habitants sur cinq sont nés à l’étranger et les Britanniques blancs sont devenus minoritaires (40 %, contre 58 % en 2001). Mais l’énorme flot de nouveaux venus a permis à la population de la capitale de dépasser en 2018 le nombre d’habitants (8,8 millions) qu’elle comptait en 1939, à l’apogée de sa puissance. Et si 500 000 étrangers séjournent à Londres illégalement, la plupart y occupent un emploi : le taux de chômage n’excède pas 4 %.

Vaste mouvement de gentrification

Cette mutation de l’économie et du marché du travail s’est accompagnée d’une extraordinaire transformation du paysage urbain. Les années 90 sont marquées par la montée en flèche des prix de l’immobilier, l’arrivée de milliers d’investisseurs arabes et russes s’emparant des plus beaux appartements et hôtels particuliers de Mayfair, Belgravia, Chelsea et South Kensington – où ils ne logent le plus souvent que quelques semaines par an –, le début de la gentrification de quartiers de l’est de Londres et la naissance de Canary Wharf, une seconde base pour la finance construite sur les docks, qui compte aujourd’hui des dizaines de gratte-ciel et près de 180 000 salariés.

A partir des années 2000, l’ancien maire Ken Livingstone veut absolument que Londres « ressemble plus à Manhattan ». La City se couvre alors d’immeubles de grande hauteur baptisés Gherkin (« le Cornichon »), Talkie-Walkie, Cheese Grater, Can of Ham, Scalpel… en attendant le nouveau géant (279 mètres) construit au 22 Bishopgate, qui sera inauguré fin 2020.

Les universités britanniques dominent le monde de l’enseignement supérieur en Europe.
Les universités britanniques dominent le monde de l’enseignement supérieur en Europe. JIM WINSLET

Au cours de la dernière décennie, la préférence pour la verticalité s’est étendue aux immeubles résidentiels, et a gagné d’autres quartiers : Southwark, où s’élève The Shard (310 mètres, le plus haut immeuble du royaume), Southbank, Vauxhall et Nine Elms, sur la rive sud de la Tamise, Islington, Shoreditch et Stratford (le site du stade des JO de 2012), sur la rive nord. Comme à Tokyo, les clusters de gratte-ciel s’ajoutent aux quartiers traditionnels les plus fréquentés (Piccadilly, Knightsbridge…) pour dessiner une mégapole dotée de plusieurs centres.

Les effets du Brexit à Londres

En 2016, au moment du vote sur le Brexit, Londres est donc campée sur les quatre piliers de sa prospérité : la finance, les PME innovantes, l’immobilier et le tourisme. Hébergeant 13 % des habitants du Royaume-Uni, elle produit 25 % de ses richesses. Mis à part les banlieusards voyant arriver des immigrés dans leur quartier, peu de Londoniens souhaitent changer le statu quo en quittant l’Europe. Mais le Brexit est finalement voté, et il affecte vite la capitale. Les entreprises gèlent les nouveaux projets, le marché immobilier dévisse – diminution des transactions, prix en baisse de 20 % dans les bons quartiers, arrêt de la construction de certains gratte-ciel, comme Spire London (« flèche »), à Canary Wharf –, la croissance s’essouffle.

« L’investissement s’effondre depuis cinq trimestres, le commerce reste structurellement déficitaire et la progression du montant des salaires plafonne : en 2020, la croissance atteindra donc au mieux 1,2 %, après 1,3 % en 2019 », explique Alpesh Paleja, économiste en chef à la Confederation of British Industry (CBI). Un signe : pour les magasins londoniens, la dernière saison des fêtes a été calamiteuse, et le nombre de commerces (y compris en ligne) en « détresse financière » a fait un bond, selon le spécialiste des faillites Begbies Traynor.

A partir des années 2000, la City s’est couverte de gratte-ciel.
A partir des années 2000, la City s’est couverte de gratte-ciel. JIM WINSLET

A la City, on entame le décompte des jobs déplacés sur le continent : 4 000 départs annoncés par HSBC, JP Morgan et Bank of America, les services financiers de certaines grandes entreprises… sans compter le déménagement, à Paris, de l’Autorité bancaire européenne et celui, à Amsterdam, de l’Agence européenne des médicaments.

En 2018, la City a perdu sa première place au Global Financial Centres Index, au profit de New York. En 2019, elle a vu Hong Kong la talonner pour la deuxième place et Paris, bien que classée 17e, gagner dix places. C’est dans ce contexte légèrement anxiogène que Boris Johnson, entouré de farouches Brexiters, a entamé les négociations avec Bruxelles en clamant que « la Grande-Bretagne est à l’aube d’une nouvelle ère ». Mais Martin Wolf, l’éditorialiste vedette du Financial Times, la CBI et les responsables de la City le suspectent de « se tirer des balles dans les deux pieds » en préférant une illusoire souveraineté à un accès sans droits de douane et sans formalités au marché européen.

Dans le Londres de 2020, 2 habitants sur 5 sont nés à l’étranger, et les britanniques blancs sont devenus minoritaires. La plupart des immigrés sont les millions de jeunes occupant les emplois à bas salaires dans le BTP, les hôpitaux, les firmes de livraison, les fast-foods, les hôtels ou les demeures des banquiers.
Dans le Londres de 2020, 2 habitants sur 5 sont nés à l’étranger, et les britanniques blancs sont devenus minoritaires. La plupart des immigrés sont les millions de jeunes occupant les emplois à bas salaires dans le BTP, les hôpitaux, les firmes de livraison, les fast-foods, les hôtels ou les demeures des banquiers. JIM WINSLET

Londres au pain sec

Sa volonté de mettre en balance l’exclusivité des droits de pêche dans les eaux britanniques avec la possibilité pour la City – une industrie 200 fois plus importante – de pouvoir opérer sur les marchés financiers du continent atterre certains patrons. Et sa décision d’instaurer un permis d’immigration à points (niveau d’anglais, études, revenus…) va pénaliser le marché du travail de la capitale, dont 14 % des salariés proviennent des pays de l’Union européenne : deux tiers de ces résidents seraient en effet refoulés aux frontières avec la nouvelle règle.

Enfin, le Premier ministre veut favoriser les régions défavorisées des Midlands et du nord de l’Angleterre – dont bon nombre d’électeurs hier travaillistes ont contribué à l’élection de sa majorité conservatrice en décembre 2019 – aux dépens de Londres. En février 2020, il a lancé le HS2, une ligne à grande vitesse vers Birmingham, Leeds et Manchester qui coûtera 102 milliards de livres, et il a aussi promis d’investir 100 milliards dans ces régions.

Londres est une ville extrêmement attractive. Le tourisme, qui emploie 1 salarié sur 7, repose sur 12 M de visiteurs nationaux séjournant au moins 2 jours, et sur 19 M d’étrangers. Le tourisme d’affaires se révèle particulièrement dynamique.
Londres est une ville extrêmement attractive. Le tourisme, qui emploie 1 salarié sur 7, repose sur 12 M de visiteurs nationaux séjournant au moins 2 jours, et sur 19 M d’étrangers. Le tourisme d’affaires se révèle particulièrement dynamique. JIM WINSLET

La capitale sera donc au pain sec : le développement de l’habitat social ne va pas s’y accélérer, et la deuxième ligne du RER Crossrail a été reléguée aux oubliettes. En fonction du résultat des négociations sur le Brexit, la croissance de l’économie du royaume, déjà amputée de deux points depuis 2016, pourrait diminuer de deux à cinq points supplémentaires d’ici à 2025, selon les prévisions des experts. « Mais en cas de “no deal”, Londres sera bien moins affectée que les régions où sont implantées les usines automobiles, chimiques et pharmaceutiques, qui sont précisément celles que Boris Johnson veut redresser », fait remarquer Alpesh Paleja. L’hypothèse la plus probable pour la capitale : quelques années de surplace ou une petite récession. Mais elle en a vu d’autres…


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