Il y a eu les dockers, les dealers, les fêtards, puis… rien. Au cœur de Londres, tout un quartier semblait totalement livré à lui‑même. En dix ans à peine, il a fait l’objet de l’une des réhabilitations les plus importantes d’Europe.

En 1999, le grand photographe David ­Bailey réalise une série de portraits et d’images prises dans le quartier de King’s Cross. On y voit une population constituée essentiellement de sans-abri, des terrains abandonnés, des entrepôts en ruine… Un King’s Cross à des années-lumière de celui d’aujourd’hui. Publiées à l’époque par le magazine Big Issue vendu dans la rue par des itinérants, ces images sont aujourd’hui rééditées dans un coffret de luxe – qu’on peut se procurer chez COS, dans le complexe commercial Coal Drops Yard. Un grand écart qui symbolise le chemin parcouru en moins de dix ans pour faire sortir de terre un faubourg tout neuf au centre de Londres. En sortant de la gare de King’s Cross, il suffit de faire demi-tour pour entrer dans ce nouveau « domaine », dont les frontières sont physiquement marquées par des plots d’acier.

Nouveau domaine

L’aménagement de ce terrain de plus de 27 hectares a été confié au promoteur Argent, qui en a planifié et organisé la construction. Le projet est le fruit d’un partenariat entre Argent, Hermes Investment Management – pour le compte du régime de retraite de British Telecom – et AustralianSuper, le fonds de pension le plus important d’Australie. Première phase visible de ce programme de rénovation urbaine : Pancras Square, un ensemble de huit buildings édifiés dans un triangle situé entre les deux gares (King’s Cross et Saint-Pancras) et le Regent’s Canal.

Les terrasses du Lighterman, le restaurant tendance de Granary Square, offrent une vue unique au bord du Regent’s Canal.
Les terrasses du Lighterman, le restaurant tendance de Granary Square, offrent une vue unique au bord du Regent’s Canal. John Sturrock

Autour d’un parc en cascade se déploient des immeubles de bureaux, des boutiques et des restaurants. C’est là que Havas, Universal Music, PRS For Music ou encore Vevo ont établi leurs QG londoniens. C’est également là qu’un chantier géant est en cours pour installer les futurs bureaux de Google. Une tour horizontale, aussi longue que The Shard est haute, conçue par les architectes Bjarke Ingels Group et Heatherwick Studios. Capable d’accueillir plus de 4 000 employés, le bâtiment devrait ouvrir ses portes en 2022.

Avant de traverser le canal et de poursuivre la visite, retour sur l’histoire de King’s Cross. Cette zone fut, au début du XIXe siècle, un point stratégique de la révolution ­industrielle, lieu du déchargement du charbon acheminé à Londres grâce à la construction du ­Regent’s Canal. Puis c’est l’arrivée du chemin de fer qui façonne le site, le Great Northern Hotel (toujours en activité) ouvre en 1854, le Midland Grand Hotel (aujourd’hui le St. Pancras ­Renaissance), en 1876. A la même époque, la compagnie Gasworks y installe ses réservoirs, dont certains seront utilisés jusqu’en 2000. Si le transport ferroviaire continue de se développer, il ne concerne plus, au XXe siècle, que celui des passagers. Fini les marchandises, plus besoin d’entrepôts… Débute alors un inexorable déclin.

Pancras Square, une belle bouffée de nature au cœur d’un grand programme urbain regroupant bureaux, boutiques et restaurants.
Pancras Square, une belle bouffée de nature au cœur d’un grand programme urbain regroupant bureaux, boutiques et restaurants. John Sturrock

Soirées underground

Si, à la fin des années 90, David Bailey photographie King’s Cross, c’est parce que la nuit, les warehouses abritent de grandes fêtes underground où se presse le monde de la mode, de l’art et de la musique. La fête durera jusqu’au milieu des années 2000. En ­périphérie du site industriel, d’autres acteurs ont également contribué au changement du quartier : la ­British Library, inaugurée en 1997 ; ­l’Eurostar, qui s’arrêtait auparavant à la gare de Waterloo, arrive en 2007 ; Kings Place, où s’installent The Guardian et une grande salle de concerts, ouvre en 2008 ; la gare de King’s Cross, rénovée en 2012 ; le Francis Crick ­Institute, centre de recherche biomédicale, établi depuis 2016.

Une nouvelle vie qui gomme un passé industriel encore visible de l’autre côté du canal. Les plus beaux bâtiments ont été restaurés, comme The Granary auquel on a ajouté une construction contemporaine et qui abrite la prestigieuse école Central Saint ­Martins. En 2011, l’institution fut la première à emménager sur le site. Par leur seule présence, les 5 000 étudiants et employés ont contribué à dynamiser le lieu. Un peu plus loin, The Coal Drops est composé de deux longs édifices de brique et d’acier dont les toits ont été déviés pour se rejoindre au-dessus du vide.

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✴️FUN FACT✴️ • It’s that time again, ready for another King’s Cross fun fact? The former Coal Yard Office building was once home to ‘The Cross’ music venue from 1993-2007, flash forward to today and it’s a coal-fired theatrical collaboration between chef @assaf_granit__ and designer @tomdixonstudio, we love a transformation! • Serving up spicy, hybrid wonderstuff, inspired by Yemen, Morocco, and Israel, you can visit @coaloffice to pick up ingredients or opt for delivery as part of the TOMORROW fresh food hub. (Link in bio).🍽️ • Check back next week for another fun fact! • #KX2U #KingsCrossN1C #KingsCross #KingsCrossLondon #London #ThisIsLondon #funfact

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Rénovation

Ouvert en 2018, Coal Drops Yard est le volet commercial du projet, avec des enseignes de mode et de déco et une belle offre de restauration. Plus loin encore se déploie une grande partie du programme de rénovation. avec de nombreux immeubles de bureaux et d’habitations, dont les très surprenants Triplets et le ­Gasholder No.8, dont les 16 ­colonnes de fonte encadrent un parc. Juste à côté, c’est Facebook qui s’installera bientôt dans trois bâtiments encore en construction, occupant plus de 56 000 m2.

Preuve que King’s Cross est the place to be. N1C, le nouveau code postal londonien qui est attribué au projet urbain, s’affiche un peu partout tel un logo sur la signalétique et sur les panneaux de chantier. Une fierté visible pour les promoteurs, le bon code d’accès à un nouveau Londres.


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