Malgré le prestige d’écoles telles la London School of Economics, la London Business School ou le Central Saint Martins College of Art and Design, il faut quitter la capitale pour trouver celle qui, à 900 ans, est sacrée meilleure université du monde pour la quatrième année consécutive dans le classement du Times Higher Education en 2020. Etudier à Oxford signifie pénétrer dans un monde unique et privilégié, où savoir et excellence sont érigés en arts de vivre et de penser.

Dès l’arrivée en gare d’Oxford, après un voyage d’une heure depuis Londres, l’identité de la cité, intrinsèquement liée à l’université, s’impose. Des banderoles proclamant « Oxford, ville de recherche et de savoir » sont omniprésentes dans les rues ; des groupes d’étudiants au visage plus ou moins juvénile arborent leur blason impeccablement brodé sur leur doudoune et veste de survêtement, prouvant que l’uniforme s’adapte aussi aux mœurs contemporaines ; tandis que d’autres, en tenue de sport, se hâtent vers le parc le plus proche pour leur entraînement de crosse. Les cafés proposent des tarifs pour les étudiants et les tables sont prises d’assaut par des groupes de travail. Avec un total de plus de 24 000 étudiants, la communauté oxfordienne ne passe pas inaperçue dans cette ville qui compte près de 150 000 habitants.

L’université représente le principal employeur de la région, avec 28 800 emplois intramuros et 33 700 répartis dans le comté, et constitue un moteur économique de premier plan. Partout, le centre-ville grouille de cette énergie étudiante. Le décor urbain lui-même, composé de magnifiques bâtiments à l’architecture gothique, de places médiévales et de charmantes rues pavées, achève de donner à l’ensemble des airs de spots publicitaires. Si l’université d’Oxford semble imprégner toute l’atmosphère de la ville, c’est parce qu’elle est partout et nulle part à la fois. Elle ne possède ni bâtiments ni campus principaux, contrairement à ce que son nom indique. Elle est en réalité une entité collégiale présidée par un chancelier, tandis que l’administration centrale est dirigée par une vice-chancelière.

Niché dans un environnement bucolique, le Lady Margaret Hall dispose, à l’instar des autres colleges, d’un amphithéâtre et d’une librairie. Il a été le premier à accueillir des femmes étudiantes, il y a cent quarante ans.
Niché dans un environnement bucolique, le Lady Margaret Hall dispose, à l’instar des autres colleges, d’un amphithéâtre et d’une librairie. Il a été le premier à accueillir des femmes étudiantes, il y a cent quarante ans. ian-fraser

Confiance en soi et résilience

L’université est ordonnée en système fédéral composé de 38 « colleges » et de six « private permanent halls », des fondations religieuses accueillant un nombre plus limité d’étudiants. Tous sont indépendants les uns des autres et complètement autonomes quant à leur gestion administrative et financière. « L’université possède une structure unique, dont l’organisation complexe peut sembler assez complexe au néophyte », admet Hilary Boulding, présidente du Trinity College.

Les départements académiques, au nombre d’une centaine, sont regroupés en quatre pôles : sciences médicales, mathématiques et physiques, sciences humaines et sciences sociales. « Au cœur de cet écosystème, tous les colleges proposent la même base d’enseignement pluridisciplinaire, explique Hilary Boulding. Une petite communauté au sein d’un environnement universitaire plus vaste, centré sur une recherche intensive, un enseignement hautement personnalisé et un fort système de soutien pour nos étudiants et nos chercheurs. Notre enseignement vise à développer chez l’étudiant sa confiance en soi et sa résilience, l’amener à utiliser sa capacité de réflexion comme un muscle qui pourra s’adapter à toutes les situations. »

La prestigieuse Université d’Oxford est composée de 38 colleges. La rotonde de la Radcliffe Camera accueille des salles de lecture.
La prestigieuse Université d’Oxford est composée de 38 colleges. La rotonde de la Radcliffe Camera accueille des salles de lecture. dylan-garcia-photography-alamy-banque-dimages

C’est cette variation d’échelle de la pédagogie – allant du tutorat, où l’étudiant se trouve en tête-à-tête avec son enseignant, aux cours en amphithéâtre – qui permet à l’université d’Oxford de pousser l’approche interdisciplinaire et qui soutient le niveau d’excellence de sa recherche.

Bien choisir son college

Les bâtiments, au nombre de 260, répartis sur 13 sites, sont disséminés dans tout le centre-ville. L’impression de déjà-vu n’est jamais loin et le passage en revue des campus peut vite donner le vertige. « Parfois, sélectionner un college se joue à peu de choses, explique Eve, étudiante en deuxième année de littérature à Lady Margaret Hall (LMH). Je conseille toujours aux gens de venir pendant les portes ouvertes ou de suivre les programmes d’été pour les colleges qui en proposent. C’est la meilleure manière de choisir. J’étais partie pour un autre college, mais j’ai eu un coup de foudre pour LMH, pour son histoire, son héritage et pour l’atmosphère de ses bâtiments. » Ce qui distingue un college d’un autre est donc une affaire de détails et de sensibilité.

Fondé en 1555, le Trinity College est réputé pour ses jardins. DANS
Fondé en 1555, le Trinity College est réputé pour ses jardins. DANS andrei-nekrassov-alamy-banque-dimages

Certains, comme Exeter, Trinity, Lincoln ou Hertford sont en plein centre-ville, non loin des principales bibliothèques et des musées. Christ Church est légèrement en retrait, un pied dans la ville, un autre dans la nature, et possède l’une des bibliothèques les plus riches du panel. Lady Margaret Hall, quant à lui, semble bien excentré, mais il jouit d’un environnement pittoresque et bucolique. Les uns proposent des internats durant toute la scolarité, les autres seulement la première année. « Souvent, nos étudiants sont attirés par l’héritage pionnier de Lady Margaret Hall, explique Alan Rusbridger, président de LMH. Il s’agit du premier college à avoir ouvert ses portes, il y a cent quarante ans, pour permettre aux femmes de suivre un enseignement universitaire. Cette année, nous lançons la Foundation Year pour soutenir les étudiants issus de milieux sous-représentés. »

A Oxford, l’excellence se paie

En 2018, plus de 21 500 personnes ont postulé pour intégrer le premier cycle de formation (undergraduate) et plus de 26 000, pour le troisième cycle (graduate). Chaque année, l’université offre seulement 3 300 places pour les premiers et 5 500 pour les seconds. La compétition est âpre et l’excellence se paie. Pour un étudiant britannique ou européen, les frais de scolarité annuels, en 2020, s’élèvent à un peu plus de 11 000 euros, alors qu’un étudiant étranger (soit non européen, en tous cas jusqu’en 2020), doit débourser entre 30 600 et 43 000 euros.

L’Université d’Oxford dispose de son propre Musée d’Histoire Naturelle.
L’Université d’Oxford dispose de son propre Musée d’Histoire Naturelle. martin-bennett-alamy-banque-dimages

La mission de l’université d’Oxford est de produire du capital intellectuel et humain de très haut niveau, une élite capable d’appréhender les grands enjeux contemporains et de contribuer à trouver des solutions pérennes et innovantes. En près de neuf cents ans d’existence, elle compte une cinquantaine de Prix Nobel, trois lauréats de la médaille Fields, 28 Premiers ministres britanniques, une trentaine de dirigeants dans le monde et une flopée de personnalités distinguées dans les sphères culturelles et intellectuelles.

Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, l’université d’Oxford affiche le plus grand vivier de chercheurs internationaux et reconnus au Royaume-Uni, soit plus de 2 400 membres dans 31 disciplines académiques, avec une réputation particulièrement forte pour les sciences mathématiques, les sciences sociales, l’ingénierie, l’anthropologie ou la philosophie. L’université d’Oxford possède également deux parcs scientifiques (Oxford Science Park et Begbroke Science Park). « Nos chercheurs peuvent avoir une influence considérable dans le monde », assure Hilary Boulding. Des polymères durables, créés à partir de déchets plastiques biodégradables, des traitements sans antibiotiques pour soigner des infections bactériennes courantes, des modèles de sondages capables de prédire les élections et dont l’usage est déjà largement répandu dans les médias nationaux et internationaux sont autant d’exemples de ce qui s’élabore dans les enceintes bien gardées des colleges.

De longues tables en bois, des chaises en velours, un lustre imposant : bienvenue dans la salle à manger du Trinity College.
De longues tables en bois, des chaises en velours, un lustre imposant : bienvenue dans la salle à manger du Trinity College. david-humphreys-alamy-banque-dimages

Chiffres clés :

Fondé en 1555, le Trinity College est réputé pour ses jardins. Dans le bureau d’un professeur, quelques étudiants assistent à des cours sous forme de tutorial, loin des amphithéâtres bondés.

• 38 colleges et 6 permanent private halls.
• 260 bâtiments répartis sur 13 sites.
• 24 299 étudiants en 2018, dont 49 % d’undergraduate et 49 % de graduate.
• 43 % des étudiants viennent de l’étranger, Etats-Unis en tête, suivis de la Chine et de l’Allemagne.
• 11 000 € de frais de scolarité annuels pour un étudiant britannique ou européen (en tous cas jusqu’en 2020 ; après, nul ne sait), entre 30 600 € et 43 000 € pour un étudiant étranger.


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