Greg Williams

Pub et cinéma : Eric Nebot, le bon placement... de produit

C’est grâce à lui que Chopard s’invite chez James Bond et que Hennessy apparaît dans le dernier Tarantino… Une success‑story, menée depuis Los Angeles et New York, fruit d’une riche histoire personnelle et professionnelle.

Un pistolet-mitrailleur MP5 dans la main gauche, l’iconique Walther PPK dans la droite. Sur l’affiche du nouveau James Bond, ce qui magnétise pourtant le regard, c’est la luxueuse parure en diamants que porte Ana de Armas, la dernière conquête de Daniel Craig. Bracelet, collier, créole… L’ensemble est signé Chopard. Après Omega, Aston Martin et Bollinger, la nouvelle James Bond girl cède à son tour au charme du placement de produit. Derrière cette association se trouve Eric Nebot, fondateur de l’agence Hill Valley.

« Nous arrivons très en amont de la conception des longs métrages. Je suis toujours à l’affût des films qui vont être tournés dans les prochains mois et qui vont correspondre au positionnement des marques avec lesquelles nous collaborons. Nous devons comprendre le brief du client et trouver le bon écrin au bon moment, explique le Français de 43 ans installé à Los Angeles. Par exemple, je ne propose jamais à une marque d’alcool de s’associer à une scène où le héros noie son chagrin dans la boisson. »

Eric Nebot, fondateur de l’agence de placement de produit Hill Valley, a négocié la présence de Piper-­Heidsieck sur l’affiche du film Cats.
Eric Nebot, fondateur de l’agence de placement de produit Hill Valley, a négocié la présence de Piper-­Heidsieck sur l’affiche du film Cats. DR

Il négocie ensuite le montant que va payer chaque marque pour être insérée dans le film. A son actif, Al Pacino qui commande un verre de cognac Hennessy « on the rocks » dans le dernier Tarantino, ou Piper-­Heidsieck sur l’affiche du film Cats. Mais des entreprises aussi différentes que Ladurée ou Renault font également partie de ses clients… Son secret : que l’association ait du sens. « J’ai travaillé très tôt avec ­Piper-Heidsieck , un champagne de longue date associé au septième art. C’est un partenaire historique du Festival de Cannes et la boisson fétiche de Marilyn Monroe », détaille Eric Nebot, qui l’a associé récemment avec X‑Men et Café Society, de Woody Allen.

L’amour du cinéma

Son histoire avec le cinéma a démarré lorsqu’il était enfant. « Mon grand-père était producteur et distributeur, notamment du Mépris et des films d’Alain Resnais. Petit, je fantasmais sur cet univers, et j’ai toujours voulu faire comme mon grand-père », se souvient-il. Une culture enrichie par les sorties cinéma avec son père, qui l’emmène, à l’âge de 7 ans, découvrir les films d’Hitchcock… Mais à la fin de l’adolescence, il s’oriente vers des études de finance à la Sorbonne.

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En 1998, il lance la start-up Publibook avec ses trois meilleurs amis. Il réalise une levée de fonds de plusieurs millions d’euros pour cette société d’édition en ligne qu’il revend quatre ans plus tard. « J’ai alors eu la liberté de faire ce que j’aimais… et donc du cinéma. J’ai démarré comme stagiaire régie sur L’Esquive, d’Abdellatif Kechiche, puis j’ai monté les échelons au fur et à mesure des films. J’en ai profité pour réaliser mes propres courts métrages à la fin de chaque tournage. »

En 2010, Eric Nebot écrit le scénario du film La Désintégration, l’histoire d’un groupe de jeunes radicalisés, qui sera sélectionné en compétition officielle au Festival de Venise, en 2011. Son œil s’affine et il passe ensuite à la réalisation de publicités. « C’est en tournant des publicités pour l’agence Fullsix que j’ai entendu pour la première fois le mot brand content. » C’est cette somme d’expériences, ce regard fin et décomplexé qui le mène en 2012 à fonder Hill Valley et à s’installer à Los Angeles.

Portrait d’Eric Nebot.
Portrait d’Eric Nebot. DR

 

Trouver le bon accord

Depuis, il a collaboré à une centaine de films et vient d’ouvrir un bureau à New York. Il continue d’écouter son instinct et de laisser les plaisirs de la vie l’inspirer. Ce sont eux qui lui ont dicté de proposer au chef pâtissier du Ritz, François Peret, une série documentaire sur la pâtisserie en Californie, qu’il a réalisée. Ou bien de produire une comédie française dont le tournage démarrera cet été. Des projets qui ont autant de sens pour lui que le placement de produit, souvent décrié lorsqu’il s’invite sur un clip, une série ou un film.

Il a également négocié la présence d’une parure Chopard sur l’affiche du dernier James Bond
Il a également négocié la présence d’une parure Chopard sur l’affiche du dernier James Bond DR

« Ce n’est pas un gros mot pour moi. Imaginez une scène où des gens boiraient un verre autour de bouteilles anonymes… Ce n’est pas la vraie vie. Nous vivons dans un monde où nous sommes entourés par les marques. Les films doivent être le reflet de la vraie vie. » Eric Nebot est aussi discret qu’il est souriant, loin de s’être refermé sur sa success-story américaine. Il semble au contraire se questionner plus que jamais sur l’évolution du monde, et de la France. Pour nourrir, qui sait, son prochain film ?


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