Si les Philippines sont un pays à grande majorité catholique (86 %), la liste des vices ne semble pas y être gravée dans le marbre. Les jeux d’argent y sont ainsi autorisés, et même encouragés, car particulièrement lucratifs pour le gouvernement.

En 2018, les revenus générés par les casinos traditionnels et en ligne se sont élevés à l’équivalent de 1,2 Md €. Une hausse de 18,5 % en un an. De janvier à avril 2019, l’agence gouvernementale Philippine Amusement and Gaming Corporation (Pagcor) annonçait déjà des revenus en hausse de 11,4 %.

Ayant découvert là une véritable mine d’or – en plus de ses propres réserves minières – le pays entend bien profiter pleinement de ce jackpot en devenant la première destination pour les jeux d’argent en Asie. Exit Macau, welcome Manila ! Le pays a ainsi accueilli, début décembre, The Global Gaming Expo Asia (G2E Asia), où une centaine d’exposants et directeurs de casinos du monde entier sont venus faire affaire.

Cet intérêt est d’ailleurs visible dès la phase d’approche de l’avion sur Manille : il suffit de jeter un oeil par le hublot pour découvrir, dans la baie et aux abords de l’aéroport international, la skyline de ce nouveau Macao : complexes tentaculaires et hôtels flamboyants. Entertainment City est la vitrine étincelante de cette course à l’argent facile lancée en 2007 par Pagcor. Et les candidats, malgré le billet d’entrée d’au minimum 1 Md $, se sont bousculés au portillon : quatre hôtels-casinos y ont depuis élu domicile, dont Solaire Resort & Casino, City of Dreams, Okada Manila et Resorts World Bayshore.

Les Philippines profitent de l’interdiction des jeux d’argent en Chine

Hôtels et boutiques de luxe, restaurants gastronomiques, spectacles, spas, boîtes de nuit… Comme à Las Vegas, version trottoirs de Manille. Ce boom des casinos-resorts est né de la décision du gouvernement, en 2008, d’ouvrir le marché du jeu philippin au reste du monde avec l’ambition de se frotter aux géants du secteur.

Binondo, le plus vieux Chinatown au monde.
Binondo, le plus vieux Chinatown au monde. Jilson Tiu

Mais ces établissements ne sont pas les seuls à se partager le butin, les casinos en ligne ont eux aussi envahi la ville. Car les Philippines profitent de l’interdiction des jeux d’argent chez leur voisin chinois pour héberger leurs parias de la roulette. Casinos et joueurs… Et ils sont nombreux : 57 POGOs (Philippine Offshore Gaming Operators) ont été autorisés dans le pays, ce qui devrait rapporter au secteur l’équivalent de 142 M € en 2019.

La Chine a récemment demandé aux Philippines d’interdire à son tour les jeux d’argent en ligne. Une requête rejetée par son allié Rodrigo Duterte, qui compte bien garder sa poule aux oeufs d’or, et même la taxer un peu plus.


Ralentissez : bouchons !

Malheureux record… Manille remporte la palme du pire trafic routier au monde selon le logiciel de navigation Waze. Entre 5 et 6 heures par jour, c’est le temps passé en moyenne dans les transports par les habitants. Et l’aventure n’est pas de tout repos, la majorité d’entre eux multipliant les moyens de locomotion pour se rendre au travail : d’abord le train – antique, bondé et jamais fiable –, puis la jeepney – ancienne Jeep héritée de l’occupation américaine qui a été agrandie, customisée et transformée en minibus ouvert pour remplacer les tramways détruits pendant la Seconde Guerre mondiale – pleine à craquer, et enfin le tricycle cahotant.

Les longues files d’attente qui serpentent autour des stations témoignent de la patience des habitants. La congestion est telle que même les services de secours restent coincés dans les embouteillages. Et cela a un coût, exorbitant : 67 M $ par jour ! Cette situation s’explique en grande partie par l’absence de planification urbaine.

« Par le passé, le gouvernement n’a pas été en mesure de mettre en place un système de transports publics, déplore Primitivo Cal, directeur exécutif de la Planning and Development Research Foundation rattachée à l’université des Philippines. Les administrations se sont concentrées sur des solutions à court terme, réalisables au cours de leurs mandats, plutôt que sur des projets à long terme qui répondraient à l’augmentation de la population. »

Et le déni du gouvernement est toujours d’actualité : « Il n’y a pas de crise des transports à Manille », a soutenu le porte-parole du président, Salvador Panelo, répétant aux habitants qu’ils n’avaient qu’à se lever plus tôt pour arriver plus tôt. Il s’agit bien d’un manque de volonté politique, car selon Primitivo Cal, « On ne manque ni de fonds ni de solutions. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, les personnes chargées de la gestion de ces fonds en ont fait autre chose. »

Le Greenbelt Mall, l’un des nombreux centres commerciaux de la capitale.
Le Greenbelt Mall, l’un des nombreux centres commerciaux de la capitale. Jilson Tiu

Les rues de Manille se destinaient pourtant à un plus bel avenir : le célèbre architecte et urbaniste américain Daniel Burnham, qui compara la baie de Manille à celle de Naples, le fleuve Pasig à la Seine et les rubans d’eau de la ville aux canaux de Venise, conçut en 1905 le premier grand chantier censé faire de la capitale des Philippines une ville moderne, verte, agréable à vivre et dotée d’un réseau de transport efficace.

La suite fut tout autre : conflits armés, catastrophes naturelles et absence de gouvernance centrale transformèrent la ville en un gigantesque agglomérat désorganisé. Composé de 16 villes et gouverné par 17 maires disposant chacun de leurs propres politiques et régulations, le Grand Manille a souffert d’un manque de concordance. Ajoutez à cela des inondations répétées dans un pays en proie à la mousson, une population qui enfle un peu plus chaque année et vous obtenez le chaos urbain.

Le métro de Manille

Pour tenter d’améliorer la situation des transports, le gouvernement va consacrer 1,8 Md € en 2020 – soit 98 % de son budget réservé aux infrastructures – à la modernisation du réseau, notamment ferré. Un grand projet englobant Manille et les provinces alentour liste les chantiers annoncés pour remédier à l’inertie des dernières décennies, dont le plus important : le métro de Manille.

En grande partie financé par les Japonais, le premier métro de la capitale, dont le coût est estimé à près de 6,4 Mds €, devrait réduire le temps de transport de 3 heures à 30 minutes. Long de 35 km, il reliera le Grand Manille du nord au sud en passant par l’aéroport Ninoy‑Aquino.

Sa construction ayant débuté en février 2019, ce métro souterrain devrait être en partie opérationnel début 2022, et achevé en 2025. Il transportera chaque jour 365 000 passagers. En attendant, les visiteurs étrangers ont deux options : Grab – l’équivalent d’Uber, fiable, efficace et très bon marché – et Angkas, davantage utilisé par les locaux, pour un trajet à moto.

Fleurissement artistique aux Philippines

« L’Art Fair Philippines est le reflet de la scène artistique locale, autrement dit de l’intérêt grandissant pour les arts visuels », témoigne Trickie Lopa, l’une des trois organisatrices. L’événement artistique le plus important de l’année est passé de 6 000 visiteurs en 2013 à 30 000 l’an passé, incluant désormais 68 galeries locales et internationales.

La dernière édition aurait généré 4 M $, dont 1,6 M $ pour un Botero, et 900 000 $ pour un BenCab. En 2017, la réalisation de l’artiste philippino‑néerlandaise Martha Atienza, Our Islands, a remporté le prestigieux Baloise Art Prize. Le rendez-vous annuel paraît toutefois encore bien timide comparé à ses voisins régionaux – les Philippines se tiennent à la 6e position en Asie avec 5,3 M $ générés entre 2017 et 2018, contre 250 M $ pour le leader hong‑kongais. Mais il faut dire qu’il part de loin.

« Le marché était pratiquement inexistant il y a une quinzaine d’années, se souvient Trickie Lopa. Le paysage artistique était alors difficile à cerner et conventionnel. » Les galeries, peu nombreuses, étaient cantonnées aux centres commerciaux. « On allait acheter de l’art comme on achetait un tee-shirt », sourit l’organisatrice.

Trickie Lopa, l’une des trois organisatrices d’Art Fair Philippines.
Trickie Lopa, l’une des trois organisatrices d’Art Fair Philippines. Jilson Tiu

Mais les choses ont progressivement évolué : les artistes ont ouvert leurs studios, les galeries ont quitté les centres commerciaux pour créer des espaces indépendants, et les écoles d’art et les universités ont développé leurs propres programmes et musées, à l’image du MCAD de la Benilde School of Design and Arts. « Mais c’est aussi à l’émergence des maisons de vente, comme Salcedo Auctions et León Gallery, qu’on doit la croissance du marché de l’art de Manille », souligne Trickie Lopa.

De nouveaux foyers artistiques apparaissent, comme La Fuerza, regroupant Vinyl on Vinyl, Finale Art File ou encore Nova Gallery, et qui se prolonge jusqu’à Karrivin Plaza, où gravitent The Drawing Room et Artinformal. Le Pintô Art Museum, à Antipolo, créé par le Dr Joven Cuanang, neurologue et patron des arts philippin au milieu des années 2000, est la Mecque de l’art contemporain à Manille.

Il a même acquis une résonance internationale grâce à la création d’une branche new‑yorkaise, le Pintô International, à Manhattan. Implanté dans un superbe jardin luxuriant, le musée d’Antipolo est le plus instagrammé d’Asie. Dans un pays réputé comme étant le plus gros consommateur de réseaux sociaux, Instagram et ses semblables jouent un rôle majeur.

C’est un marché jeune, qui s’adresse aux jeunes. L’audience de l’Art Fair Philippines, composée à 30 % d’étudiants, en est l’illustration, sans filtre. Avec la création en 2018 de la 1re Biennale de Manille et l’émancipation d’une dizaine de galeries, habituellement présentes à l’Art Fair Philippines, désireuses de créer leur propre événement, la dynamique est lancée.


The Good Spots Destination Philippines

The good concept store A découvrir dans le concept store