DR
The Good High-Tech

Patron confiné : rencontre (à distance) avec Thibault Chassagne, cofondateur de Virtuo

Virtuo est l'un des nouveaux acteurs les plus actifs de la location de véhicules. Un secteur forcément très touché par la crise sanitaire et le confinement...

En 2016, dans un ancien garage du 11e arrondissement de Paris, Thibault Chassagne et Karim Kaddoura, fondateurs de Virtuo, louent leur première voiture. Sans comptoir, sans « paperasse », une appli et un état des lieux suffisent à mettre le contact et s’envoler pour le week-end.

La baisse du nombre de voitures en ville – coût d’entretien, stationnement, bouchons… – n’empêche pas les citadins de vouloir louer une voiture pour rejoindre leur maison de campagne ou leur lieu de vacances. Une équation qui a fait le succès de la start-up. Depuis sa création, l’entreprise connaît une croissance multipliée par 3 chaque année et a récolté 29 millions d’euros en trois levées de fonds, dont 20 millions lors de la dernière, en février 2019.

Virtuo propose aujourd’hui 4000 véhicules dans 24 villes et quatre pays (la France, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Espagne). L’application, qui permet de réserver, prendre et déposer sa voiture (et de réaliser l’état des lieux), a été téléchargée un million de fois, pour 75 000 utilisateurs actifs.

L’application Virtuo, un million de téléchargements. www.govirtuo.com
L’application Virtuo, un million de téléchargements. www.govirtuo.com DR

Spécialisée dans les trajets longues distances, le confinement met donc un coup de frein à l’ascension de Virtuo… Pas de quoi entamer pour autant l’enthousiasme et l’efficacité de ses équipes, notamment ses deux fondateurs. Entre mise à disposition gratuite des voitures pour le personnel soignant, télétravail/babysitting et séances de sport en ligne avec ses équipes, Thibault Chassagne a pris le temps de répondre aux questions de The Good Life.

6 questions à Thibault Chassagne, cofondateur de Virtuo

Dates clés. « Je dirais qu’il y a eu 4 grands moments dans l’histoire de Virtuo. Naturellement, le premier client au volant d’une Virtuo en mai 2016 en fait partie. À l’époque, nous étions une petite équipe de moins de 10 salariés et nous mettions tous la main à la patte, Karim et moi étions en charge du service client y compris la nuit, et passions une partie significative de notre temps à laver des voitures ! Ensuite, notre levée de fonds Serie A en septembre 2017, de 7,5 millions d’euros et l’ouverture de notre première station à l’étranger à Londres quelques mois plus tard. Puis, en février 2019, nous avons conclu notre Série B et levé 20 millions d’euros. Ça y est, nous n’étions plus la petite start-up au fond d’un ancien garage du 11ème arrondissement. Nous étions devenus une scale up de 100 employés, 60 000 utilisateurs et encore beaucoup sous la pédale. Enfin le Covid-19 deviendra forcément une étape clé de notre aventure et marquera l’histoire de Virtuo comme celle de beaucoup d’autres entreprises. Depuis le début de la crise, nous avons mis nos voitures à disposition des soignants, gratuitement. Nous sommes fiers de les soutenir et de rejoindre l’effort national. »

L’après Covid. « Nous savons qu’une crise économique sans précédent nous attend. Les ménages seront amenés à réduire leurs dépenses, moins voyager et continuer à respecter des mesures plus ou moins souples de distanciation sociale. Ce qui n’est pas en contradiction avec notre activité, au contraire, cela renforce notre mission. Virtuo a pour mission de libérer les citadins du besoin de posséder une voiture. Il est estimé qu’avoir une voiture représente un budget annuel d’environ 7000 €. Une charge dont les ménages peuvent facilement se passer en optant pour d’autres solutions de mobilité. Nous espérons pouvoir conduire les citadins vers cette nouvelle « normalité », les aider à contrôler leurs dépenses et leur faire redécouvrir de belles destinations sur le territoire national. »

Thibault Chassagne (à gauche) et Karim Kaddoura (à droite), fondateurs de Virtuo.
Thibault Chassagne (à gauche) et Karim Kaddoura (à droite), fondateurs de Virtuo. DR

« Le plus important est d’essayer de préserver notre culture d’entreprise »

Le confinement. « J’essaye autant que possible de transformer cette période si singulière en opportunité. Nous étions dans un rythme effréné depuis 4 ans où il a fallu prendre des décisions très rapidement sans disposer de toute l’information nécessaire. Cette période de pause forcée nous donne l’opportunité de regarder dans le rétroviseur et d’évaluer la pertinence des grands choix que nous avons fait ces dernières années avec plus de recul et le temps de la réflexion. Je pense qu’on sortira de cette crise plus fort avec des convictions renforcées sur notre modèle. Côté vie privée je suis de fait un papa à la maison avec deux très jeunes enfants, un challenge qui génère aussi beaucoup de bonheur. Concernant l’équipe, c’est un peu pareil, avec le ralentissement du business nous avons diminué nos horaires de travail, cela donne aux collaborateurs l’opportunité de prendre du temps pour eux et de réfléchir au futur de notre société. Ils sont tous impatients de reprendre une activité normale ! »

L’organisation. « Les horaires réduits, nous permettent de maintenir la continuité opérationnelle de la boîte en s’adaptant au niveau d’activité actuelle. Le plus important est d’essayer de préserver notre culture d’entreprise, cette ambiance de travail qui nous caractérise. Nous avons mis en place des formations, des moments de partage de compétences, des ‘téléapéros’, et même des séances de sport via Zoom. »

Virtuo dispose de 30 stations en France (Paris, Marseille, Aix-en-Provence, Avignon, Bordeaux, Lille, Lyon, Nantes, Nice, Toulon, Toulouse), Belgique (Bruxelles), Espagne (Barcelone, Madrid) et Royaume-Uni (Edinburgh, Londres, Manchester).
Virtuo dispose de 30 stations en France (Paris, Marseille, Aix-en-Provence, Avignon, Bordeaux, Lille, Lyon, Nantes, Nice, Toulon, Toulouse), Belgique (Bruxelles), Espagne (Barcelone, Madrid) et Royaume-Uni (Edinburgh, Londres, Manchester). DR

La concurrence. « Virtuo évolue dans un écosystème en ébullition, certes. Mais à la différence d’autres acteurs, nous adressons un besoin auparavant peu adressé par la révolution de la mobilité : les trajets de longue distance. C’est principalement sur cet aspect que nous nous différencions des sociétés d’autopartage, en plus de proposer une flotte de voitures gérées, inspectées et nettoyées professionnellement entre chaque location. Sans mentionner tous les points qui nous différencient des loueurs traditionnels : pas de paperasse, pas de files d’attente au comptoir, choix de modèles garanti, disponibilité 24/7… »

La suite. « En tant que scale-up, notre prochain objectif est de montrer que nous sommes un business durable et que nous sommes là pour rester. Nous avons passé 3 ans à nous focaliser sur la croissance. Maintenant notre nouveau défi est d’atteindre la profitabilité sur tous nos marchés, comme c’est déjà le cas en France. Nous voulons également nous focaliser davantage sur des sujets d’environnement et d’écologie urbaine. Notamment en introduisant des modèles électriques à notre flotte et en augmentant notre impact sur la démotorisation citadine. »


The good concept store A découvrir dans le concept store