Du baroque Purcell au plus récent Britten, en passant par le Philharmonia Orchestra, la musique britannique a su s’imposer au fil des siècles.

Naissance d’une légende. Un coffret d’une richesse exceptionnelle consacré à l’un des meilleurs orchestres anglais, créé il y a tout juste 75 ans à l’initiative de Walter Legge, qui travaillait alors pour le label discographique EMI. Walter Legge ambitionnait, durant la guerre, dans un Londres en proie aux bombardements, de créer un orchestre. Son rêve se concrétisa finalement en juin 1945. Ce coffret réunit des enregistrements célèbres ou méconnus des vingt premières années de l’orchestre, placé sous la direction de chefs tels qu’Herbert von Karajan, Otto Klemperer, Wilhelm Furtwängler, Carlo Maria Giulini – on y retrouve son légendaire Requiem de Verdi –, Paul Kletzki ou le trop tôt disparu Guido Cantelli. Sans oublier une magnifique intégrale des symphonies de Brahms, dirigée par le grand Arturo Toscanini. Et des solistes du calibre de Dinu Lipatti (pianiste), Edwin Fischer (pianiste) ou Dietrich Fischer-Dieskau (baryton), lequel nous offre un Mahler d’anthologie. Philharmonia Orchestra. Birth of a Legend (Warner).


A cappella

Le plus génial des compositeurs britanniques du XXe siècle, Benjamin Britten, nous a légué maints chefs-d’œuvre vocaux, au premier rang desquels on retrouve ses opéras et son War Requiem. On trouvera ici un répertoire vocal plus intime, dont la sublime cantate Ode à sainte Cécile, l’une de ses compositions les plus ambitieuses. Un beau bouquet d’œuvres chantées a cappella par un chœur exceptionnel… allemand, dirigé par le très anglais Justin Doyle. Benjamin Britten. Hymn to Saint Cecilia, RIAS Kammerchor, Justin Doyle (Harmonia Mundi).


Florilège anglo-saxon. La soprano française Adèle Charvet et la pianiste américaine Susan Manoff proposent un florilège anglo-américain de mélodies rares du XIXe siècle à nos jours, qui sont autant de petites planètes tournant autour des astres essentiels que sont les immenses Benjamin Britten et Aaron Copland. Un récital admirablement conçu autour de compositeurs qu’on a, pour certains d’entre eux, peu l’occasion d’entendre, interprété avec une classe et un naturel confondants. Long Time Ago, Adèle Charvet, Susan Manoff (Alpha Classics).


Florence Bolton et Benjamin Perrot

L’ensemble à géométrie variable La Rêveuse, dont Florence Bolton, violiste, et Benjamin Perrot, théorbiste, sont les créateurs et l’âme, a choisi de se plonger dans l’univers musical chambriste du Londres du XVIIIe siècle. Ce premier volume – trois autres suivront, consacrés aux années 1720, 1740 et 1760 – s’attache au Londres des années 1700 et à la musique sous le règne de Charles II. La musique d’Henry Purcell, le géant de l’époque, sert de fil rouge à ce disque dans lequel on trouve également des compositeurs moins connus aujourd’hui, tel son propre frère (ou cousin, on ne sait!), Daniel, ou encore le Morave Gottfried Finger, devenu Godfrey Finger lorsqu’il s’installa à Londres, en 1685.

The Good Life : Vous affectionnez cette période du tournant des XVIIe et XVIIIe siècles…
Benjamin Perrot : Oui, c’est une période qui nous passionne, et nous aimons interpréter les musiques européennes de cette époque, avec une prédilection pour certains compositeurs, tel Henry Purcell pour l’Angleterre, Dietrich Buxtehude pour l’Allemagne, ou Marin Marais pour la France. Purcell est un compositeur incroyable, exceptionnel. Et nous adorons explorer sa musique.
Florence Bolton : Les musiques enregistrées sur ce disque ont été composées après le Protectorat d’Oliver Cromwell, marqué par une grande austérité. Cromwell avait mis en place un gouvernement puritain. Il avait fait fermer les églises, les tavernes, les salles de concerts et les opéras, en réalité tous les lieux dans lesquels on pouvait faire de la musique en public. Son fils lui succédera brièvement, et sera remplacé par Charles II, lequel s’empressera de remettre sur pied une musique royale, et de faire revenir à Londres des musiciens qui s’étaient exilés. Londres va redevenir une capitale de la musique. On y inventera même les concerts payants. Des concerts destinés à un large public, et non plus exclusivement à des aristocrates.

TGL : Certaines des musiques les plus séduisantes de ce disque ont été composées par Godfrey Finger…
F.B.: C’est un musicien qui compose pour gagner de l’argent. Il écrit de la musique à la mode, dont beaucoup d’œuvres pour flûte à bec, un instrument populaire à cette époque en Angleterre. Mais Godfrey Finger peut également faire preuve de beaucoup de profondeur. Notamment lorsqu’il compose pour la viole de gambe, dont il jouait. Rappelons à ce sujet que Charles II n’appréciait pas cet instrument. Sans vouloir faire de la psychanalyse de comptoir, peut-être était-ce parce que son père, Charles Ier, mort décapité, en était un interprète de talent !

London circa 1700, La Rêveuse, Florence Bolton et Benjamin Perrot (Mirare).

Playlist classique 100 % musique britannique :


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