Avant même d’être définie comme étant une référence en matière de science-fiction, la série télévisée Doctor Who, à l’origine à but éducatif, est d’abord un patrimoine culturel national pour les Britanniques. Alors que l’univers des séries est réputé pour être normé, féroce et capricieux, cet ovni rompt avec les codes traditionnels et s’impose comme l’exception qui confirme la règle.

Au début des années 60, la BBC veut lancer un programme pédagogique à destination du jeune public et charge sa nouvelle re- crue, Sydney Newman, de trouver une idée de génie. Presque aussitôt, le genre de Doctor Who s’impose comme une évidence. La science-fiction possède l’avantage de combiner inventivité et flexibilité scénaristique. Concentrée sur les piliers du genre – les extraterrestres et les voyages dans le temps –, elle permet de jouer avec l’imagination du spectateur. Et lorsqu’elle choisit la subtilité, elle suggère, mais ne caricature pas.

Quant à la création des personnages, elle est fortement déterminée par l’ambition éducative de la chaîne. Le Docteur est un vieil homme excentrique, savant, ouvert et curieux. Partout où il va, il se fait le pourfendeur des valeurs occidentales – comme la liberté pour tous, par exemple – sous toutes ses formes. Accompagné de sa petite-fille, ainsi que d’un professeur de sciences et d’un professeur d’histoire, il voyage à travers le temps et l’espace à bord du Tardis, un engin spatial qui ressemble à s’y méprendre à une cabine de police anglaise des années 50.

Le logo de la 2e série.
Le logo de la 2e série. DR

La régénération, une idée géniale

Les épisodes alternent les aventures dans le passé historique et dans le futur scientifique. Immédiatement, la série fait un carton et l’aspect éducatif est rapidement supplanté par la science-fiction pure. Les scénaristes exploitent les potentiels de narration inhérents au genre et révolutionnent la forme.

Sous couvert du genre, les épisodes se font parfois l’écho critique de la société contemporaine. Des thèmes comme la sexualité et la politique sont subtilement abordés. Enfin, les codes traditionnels sont rompus dès la fin de la première saison de Doctor Who. Après le départ de l’acteur principal, les scénaristes ont la bonne idée de donner au Docteur la capacité de se régénérer après une blessure mortelle.

Bien qu’âgé de plus de 900 ans, Doctor Who fête cette année ses 57 ans de télévision.
Bien qu’âgé de plus de 900 ans, Doctor Who fête cette année ses 57 ans de télévision.

Il change d’apparence pour présenter une nouvelle facette de sa personnalité. Ce coup de génie devient emblématique. Des acteurs aux physiques et à l’interprétation différents se succèdent. Les compagnons du Docteur sont également très libres : certains arrivent, d’autres partent ou meurent. Malgré tout, la série a fini par s’essouffler au bout de vingt ans. Doctor Who se termine, mais la BBC n’a pas enterré le programme pour autant.

Doctor Who, un lifting réussi

Le phénix renaît de ses cendres en 2005. Russel T. Davies, scénariste dont l’enfance a été bercée par la série, est réputé pour ses choix transgressifs. Il réactualise le format de la série aux exigences de l’époque, mais garde l’essence du programme. L’équipe d’auteurs développe habilement cet héritage qui, loin d’être un fardeau, constitue une matière première de qualité.

Le personnage du Docteur se densifie et se complexifie. Débarrassés de la contrainte pédagogique, les scénaristes ont la voie libre pour développer l’intrigue. La nouvelle série réussit à la fois à combler les attentes des téléspectateurs de la première heure et à séduire un nouveau public. Et ça fait plus de cinquante ans que ça dure !


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