Même s’il est habillé comme un milord, Mandrake n’est pas un dandy mondain mais un magicien, adepte d’hypnose et de télépathie. Fellini a longtemps rêvé d’adapter au cinéma cette figure légendaire de la bande dessinée américaine.

Il est fort, ce Mandrake ! C’est un maître de l’hypnose et de la télépathie. Il est capable de changer un visage en pierre, de suspendre un humain dans les airs (en lui mettant la tête en bas, position fort désagréable) ou de le transformer en un vulgaire morceau de bois. Surnommé « l’homme du mystère », il est le roi de l’illusion. D’un seul regard, il peut faire basculer ses adversaires dans un univers de cauchemar. « Il lui suffisait de lever sa canne pour qu’aussitôt les maisons dansent, les méchants s’envolent et les obstacles fondent comme neige au soleil », écrit Régis Maine dans l’introduction d’un album publié par Futuropolis en 1981.

Pourtant, à en juger par son apparence, on s’attend plutôt à le croiser dans une soirée mondaine ou sur la scène d’un music-hall. Vêtu d’un smoking assorti d’un nœud papillon, d’un chapeau haut de forme et d’une cape, il complète cette tenue d’homme du monde par une petite moustache finement taillée. Un vrai séducteur, ce Mandrake. Mais s’il se promène avec une canne, ce n’est pas pour faire bonne figure. C’est un accessoire indispensable pour jeter un sort ou pour ressusciter un sorcier de l’ancienne Egypte qui saura lui venir en aide.

Mandrake le magicien.
Mandrake le magicien. DR

« C’est un démon, il faut l’écraser ! »

Physiquement, Mandrake ressemble à son créateur, l’Américain Lee Falk. Celui-ci imagina le personnage en 1934, alors qu’il était encore étudiant. Il l’a ensuite proposé à King ­Features Syndicate, l’agence de presse chargée de placer des bandes dessinées dans les journaux du monde entier. Emballée par l’idée, elle l’accepta immédiatement. Lee Falk, qui avait dessiné les premières esquisses, préféra toutefois s’associer avec un professionnel du crayon, Phil Davis, qui dessinera Mandrake jusqu’à sa disparition, en 1964, avant d’être remplacé par Fred Fredericks. Lee Falk est aussi célèbre pour avoir donné naissance, en 1936, à un autre personnage légendaire de la bande dessinée, le Fantôme, mais ceci est une autre histoire.

Fiche technique

Personnage principal : Mandrake the Magician.
Date de création : 1934.
Auteurs : Lee Falk (scénario), Phil Davis (dessin, de 1934 à 1964), Fred Fredericks (dessin, de 1964 à 2013).
Fonction : magicien.
Pouvoirs : hypnose et télépathie.
Résidence : Xanadu.
Amis : Lothar, Narda, princesse de Cockaigne.
Principal adversaire : Le Cobra.
Adaptation : série de 12 films de 30 minutes produits par Columbia Pictures (1939).

Mandrake le magicien.
Mandrake le magicien. DR

Dans son combat au service du bien, Mandrake n’est pas seul. Il peut compter sur son fidèle Lothar. Ce ­colosse originaire d’Afrique a préféré mettre sa force physique au service du magicien plutôt que de devenir roi sur sa terre d’origine. Certains lecteurs seront tentés d’y lire une vision caricaturale du Noir, forcément costaud et jouant le faire-­valoir du héros blanc. Mais il fut le premier personnage de couleur à jouer un rôle de ­premier plan dans les comics, une situation originale et courageuse dans la bande dessinée de l’époque.

Mandrake est aussi accompagné par la belle Narda, sa fiancée, qu’il finira par épouser après une longue idylle – on le sait, la vie de couple n’est pas toujours compatible avec les contraintes qui pèsent sur un personnage de bande dessinée.

Comme tout héros, ­Mandrake doit affronter des malandrins de la pire espèce. Le Cobra est de loin le plus redoutable, à en croire le personnage de Lee Falk : « C’est un démon et sa magie est malfaisante, dangereuse pour le monde entier. Il faut l’écraser ! » A la tête de ses hommes sans visage réduits en esclavage, le malfaisant Cobra détient le Rayon de la mort et commande à la Mort volante un nuage de sauterelles.

Pour en venir à bout, Mandrake n’hésite pas à ­recourir à la magie noire, bien que celle-ci lui répugne et soit contraire à ses principes. Mais la fin justifie parfois les moyens, même pour un magicien.

Mandrake le magicien.
Mandrake le magicien. DR

L’autre Mandrake

Détail amusant, un véritable Mandrake a bel et bien existé. Prénommé Leon, cet illusionniste canadien se produisait sur les scènes d’Amérique du Nord. Il commença sa ­carrière quelques années avant le héros de Lee Falk. Celui-ci a pourtant affirmé ne pas le connaître et s’être inspiré de la mandragore. Une plante dont le nom se traduit en anglais par… mandrake et qui serait, selon certaines légendes, dotée de pouvoirs magiques.

Si Leon ­Mandrake n’est plus, le personnage de Lee Falk est toujours publié dans plusieurs journaux à travers le monde. Il aurait même pu devenir encore plus célèbre grâce à Federico Fellini. En effet, grand amateur de bande dessinée, le cinéaste a longtemps caressé le rêve de transposer au cinéma les classiques de la BD américaine.

Il songeait à confier le rôle de ­Mandrake à Marcello Mastroianni. « Si vous saviez à quel point j’en ai envie ! déclarait-il en 1965 dans un entretien publié dans Les Cahiers du ­cinéma. Mais je n’arrive pas à m’y résoudre. Je crois toujours avoir d’autres choses à exprimer, plus urgentes, plus graves. L’idéal, ce serait qu’il y ait une autorité en Italie qui m’oblige à mettre en scène Flash Gordon, Mandrake ou The ­Phantom. Ainsi ma conscience serait soulagée : je serais obligé de faire ce film… et je serais le plus heureux des hommes ! » Hélas, Fellini nous a quittés avant de s’y atteler. A se demander si ce satané Cobra n’était pas dans le coup…


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